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14 novembre 2006

Populisme

 

 

Lundi 13 novembre, de 6 à 7 heures du soir, sur la 5, quatre intellos, dont deux sociologues au QI de grenouilles voulant se faire plus grosses qu’un troupeau de bœufs et sans aucun doute racistes, au sens où de toute évidence, ils sont persuadés d’être d'un sang supérieur, ont disserté du populisme sans jamais définir à l’intention de ceux qui les écoutaient (que ces QI de grenouilles doivent tenir pour des bougnoules) le mot populisme.

Faisons-le à leur place.

 

 

Ni populisme ni populiste ne sont enregistrés dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française (de 1694 à 1935), ni dans le Dictionnaire de la Langue française de Littré publié dans la seconde moitié du XIXe s. Ce sont des mots modernes. La première attestation de populisme date de 1912 dans l’ouvrage intitulé La Russie moderne, alors que le nom populiste est attesté en 1907 au sens de "membre d’un parti prônant en Russie des thèses de type socialiste".

En 1929, populiste qualifie des romanciers qui refusent de représenter des bourgeois ou des aristocrates et qui, pour atteindre cet objectif, situent l’action de leurs romans dans le peuple. De fait, le populisme est une "école littéraire qui décrit avec réalisme, dans des romans, la vie des milieux populaires". Ce sens est illustré dans le Trésor de la Langue française par un article d’encyclopédie : ce "mouvement, pour lequel le nom de populisme en vaut un autre, a donné annuellement d’excellents tableaux de la vie petite bourgeoise et populaire de Paris avec Léon Lemonnier La femme sans péché, Eugène Dabit Hôtel du nord, Henry Poulaille Le pain quotidien, et Antonine Coulet-Teissier Chambre à louer qui a consacré le nom et le genre en fondant le prix du roman populiste" (in Arts et littérature, 1936). C’est aussi un "courant pictural et cinématographique qui s’attache à dépeindre la vie des milieux populaires". Il n'y a rien de détestable dans ces mots.  

Pour ce qui est de l’histoire, populisme et populiste ont été fabriqués en Russie dans les années 1860 pour désigner un "mouvement politico-social qui voulait entraîner l’ensemble de la paysannerie, du peuple, dans la lutte contre le pouvoir tsariste". Une citation de Camus (in l’Homme révolté, 1951) illustre cet emploi : "on a cru (...) avec le renouveau du populisme en 1870, que ce mouvement révolutionnaire issu des tendances religieuses et éthiques qu’on trouve chez les décembristes (...) allait freiner l'évolution vers le cynisme politique que Netchaeiv a illustré".

Or, à partir du moment où Lénine a réussi son coup d’Etat, les populistes, jusque-là alliés des communistes, en sont devenus les ennemis. Ils ont donc été éliminés. Et surtout, il a été décidé en très haut lieu que leurs idées étaient inspirées par Satan. C'est cet oukase qui a fait des gentillets populisme et de populiste des mots suintant la haine que les intelligents vouent au peuple. Bien entendu, sociologues, vigilants, intellos de tout poil ont avalisé, le doigt sur la couture du  pantalon, l'oukase du Parti.     

De là, ce nom est passé dans la politique pour désigner, à l’instar du populisme russe, "tout mouvement, toute doctrine faisant appel exclusivement ou préférentiellement au peuple en tant qu’entité indifférenciée" (in Trésor de la Langue française). Cette entité indifférenciée n’appartient pas à la langue habituellement claire des définitions de dictionnaires, mais à la logorrhée engagée. Pour en entendre le sens, il faut décrypter le dictionnaire, lequel est censé expliquer la langue et qui ne peut être utilisé comme un outil, puisqu’il faut d’abord le rendre transparent. Prendre le peuple pour une "entité indifférenciée" est un mal pour les seuls marxistes. Pourquoi ? C’est que, dans indifférencié, les classes sont niées et que la lutte des classes est impossible avec une "entité" de ce type. Les exemples cités attestent que populisme est défini à partir de la détestable idée que les marxistes se font du peuple : "le populisme est dénoncé comme l’idéologie du "petit producteur" utopiste et réactionnaire ; il nie la lutte de classes et substitue au matérialisme historique et dialectique une sociologie subjectiviste". Ce charabia est dans le Trésor de la Langue française, que ses auteurs transforment, dès que l'occasion s'en présente, en encyclopédie soviétique, c’est-à-dire en monument de la Bêtise à la gloire de la stupidité marxiste. Il est extrait d’un ouvrage intitulé Marxisme (1982) et reproduit tel quel, sans ironie de la part de nos glorieux lexicographes.

Outre la haine que les marxistes y vouent, la tare qui fait de populisme et de populiste des mots bas et méprisants vient de l’emploi fréquent de ces mots en anglais, où ils sont attestés dès 1892, pour désigner des partis politiques ou des idéologies. Dans le Oxford Advanced Learner’s Dictionary of Current English (1974), populism est défini ainsi : "government or politics based on an appeal to popular sentiments or fears".

Il ne faut donc pas s’étonner que des mots pourvus de tels pedigrees soient dans les gueules au QI de grenouilles des mots de détestation.

 

 

 

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