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21 novembre 2006

Populo

 

 

 

 

 

Ce nom est attesté à la fin du XVe s. Dérivé, comme poupée ou poupon, du latin populaire puppa, il a le sens, désuet aujourd’hui, de "petit enfant". De 1694 à 1835, il est enregistré dans les six premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française au sens de "petit enfant gras et potelé". En 1762, l’article populo est rédigé ainsi : "terme populaire, qui se dit d’un petit enfant gras et potelé". L’exemple qui l’illustre est "voilà un joli petit populo". Dans le Trésor de la Langue française (1972-1994), populo est mentionné comme vieux et il est défini ainsi : "petit enfant". Deux citations illustrent ce sens : "ces pertes-là (des enfants qui meurent) se réparent, et tant qu’il y aura sur la terre des hussards de mon calibre, et de jolies cocottes, un populo de plus ou de moins ne sera pas une affaire" (1809) et "je suis marié, j’ai trois populos" (Berlioz, 1859).

C’est ce sens qui est donné à populo dans le Dictionnaire de la Langue française de Littré (seconde moitié du XIXe s). Populo est relevé comme un terme familier dont le sens est "petit enfant gras et potelé". Les exemples sont "un joli petit populo", "une bande de petits populos", l’expression "elle a fait un populo", dont Littré précise qu’elle "se dit d’une fille qui a fait une faute". Très étrangement, Littré est le seul qui enregistre le sens "ancien nom d’une liqueur de table", l’illustrant d’une citation de Patin, auteur du XVIIe s : "du vin d’Espagne, du rossolis et du populo".

 

A partir de 1866, il est attesté un second emploi de populo qui n’a rien en commun avec le premier : c’est, dans l’argot des bourgeois, le mot condescendant qui désigne le peuple. Il est dérivé de l’adjectif populaire, le suffixe – aire étant remplacé par – o. Ce mécanisme de formation est commun : socialo, aristo, apéro, facho, métallo, etc. Dans le Trésor de la Langue française (1972-1994), ce mot, mentionné comme populaire ou familier, est relevé avec deux sens, l’un péjoratif (il a pour sens "peuple" et c’est un synonyme de populace), l’autre neutre : il signifie "foule", "multitude". Le premier sens est illustré par des phrases qui, généralement, ont un lien avec la politique : "flatter le populo", "il faisait l’admiration du populo avec ses larges épaules", "mais dites-moi donc à quoi il peut servir not’ député, un gros salaud qui est déjà millionnaire et qui se tape la tête avec l’argent du Populo", "les jeunes socialistes qu’il pouvait y avoir à Doncières quand j’y étais, mais que je ne connaissais pas parce qu’ils ne fréquentaient pas le milieu de Saint-Loup, purent se rendre compte que les officiers de ce milieu n’étaient nullement des "aristos" dans l’acception hautainement fière et bassement jouisseuse que le "populo", les officiers sortis du rang, les francs-maçons donnaient à ce surnom" (Proust, 1922). Les phrases qui illustrent le sens neutre de "multitude" sont certes familières, mais elles ne sont pas méprisantes : "il y a du populo", "c’est plein de populo", "des marchands des quatre saisons et autres glapissent et chantonnent, tout un populo s’écoule : mitrons, trottins et le reste" (Verlaine 1896), "le populo s’ameutait et loin de se fondre le nombre des bagarreurs grossissait à vue d’œil dans les deux camps" (Cendrars, 1948).

 

 

 

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