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22 novembre 2006

Instruction

 

 

 

 

 

En latin, instructio, auquel a été emprunté instruction, est l’action de disposer quelque chose dans un lieu quelconque. En "bas" latin ou en latin tardif, il a pour sens "action d’instruire" et "enseignement".

En 1320, il est attesté pour la première fois en français non pas dans le sens latin ("enseignement"), mais dans celui de "directive" : ce sont les ordres donnés par un supérieur à ses subordonnés et, quand il est employé au pluriel, à partir du début du XVIe siècle, ce nom désigne les "ordres et renseignements donnés (par le souverain ou ses ministres) à un ambassadeur" (ou à un envoyé quelconque), et qui définissent l’objet ou le cadre de sa mission ou de son ambassade. Instruction est en usage dans la langue de l'informatique depuis 1968.

C’est à la fin du XVe siècle (un siècle et demi après la première attestation) qu’instruction commence à s’employer dans le sens latin, qui est aussi l’un des trois sens modernes : "action de communiquer à quelqu’un des connaissances". Montaigne l’emploie dans l’expression sans aucune instruction de lettres avec le sens de "savoir acquis par l’étude".

Le troisième sens, celui qui est en usage dans le droit et la justice et qui équivaut à inquisition ou enquête, apparaît assez tard (1636, instruction de procès) ; et c’est au début du XIXe s. que les juges chargés d’instruire une affaire criminelle (à charge ou à décharge) sont nommés juges d’instruction. L’inquisition ayant laissé des souvenirs horribles en Europe, il ne pouvait être question de ressusciter ce mot, même dans le sens précis d’enquête, pour en affubler des juges : c’eût été leur ôter tout crédit et les désigner à la vindicte du public, avant même que leur enquête n’ait commencé.

Ces trois sens sont relevés et exposés dans la quatrième édition (1762) du Dictionnaire de l’Académie française : d’abord "éducation" ("l’instruction de la jeunesse, des enfants") et "préceptes qu’on donne pour instruire" ; ensuite "on dit aussi l’instruction d’un procès pour dire tout ce qui est nécessaire pour mettre un procès en état d’être jugé" ; enfin "ordres et les mémoires qu’un prince donne à son ambassadeur, à son envoyé ou à ceux qu’il charge de quelque commission".

C’est ainsi que Littré dans son Dictionnaire de la langue française, publié dans la seconde moitié du XIXe s, définit instruction : d’abord "action d’enseigner diverses connaissances", "savoir, connaissances, précepte donnés pour instruire" ; ensuite "ordres", "avis", "explications qu’une personne donne à une autre pour la conduite de quelque affaire, de quelque entreprise, et dans ce sens il s’emploie surtout au pluriel" ; enfin, comme terme de jurisprudence, "ensemble des formalités et des informations nécessaires pour mettre une cause, une affaire civile ou criminelle en état d’être jugée".

Littré était républicain et positiviste. Il croyait dans les vertus du savoir. Il pensait que les hommes s’amenderaient, seraient moins brutaux et plus honnêtes, agiraient en toute occasion raisonnablement, s’ils avaient accès au savoir, à la science, aux connaissances. Il exprime ses idées et ses préférences idéologiques dans l’article qu’il consacre à l’instruction. Il ne rédige pas un article de dictionnaire, mais un hymne raisonnable. Il illustre le sens scolaire par "instruction primaire, instruction secondaire, instruction professionnelle, répandre le bienfait de l’instruction, instruction obligatoire et gratuite, système de distribution de l’instruction, dans lequel on oblige tous les enfants à fréquenter l’école, les dispensant de toute rétribution, l’instruction publique, celle que l’État distribue au public par l'intermédiaire de certains corps, le ministre de l’instruction publique et absolument, l’Instruction publique, le ministère de l'instruction publique, employé à l’Instruction publique". Littré précise que, dans ce dernier sens, "on met un I majuscule" à Instruction publique.

Ces convictions sont des "illusions perdues". Les Modernes ne les partagent plus. Ils ne croient plus dans les bienfaits du savoir, mais dans ceux de "l’éducation", surtout quand elle est, comme chez les fascistes, "nationale" - c’est-à-dire dans des comportements imposés, dans une morale bien pensante assénée, dans le dressage verbal à une langue fade et sans aspérités, dans les automatismes acquis.

 

 

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