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02 décembre 2006

Quota

 

 

 

 

Voici un mot qui empeste sa modernité. Il n’est enregistré ni dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1935, ni dans le Dictionnaire de la Langue française de Littré (seconde moitié du XIXe siècle).

Il est attesté la première fois en 1927 dans un ouvrage d’André Siegfried, professeur à l’Ecole libre des Sciences politiques. L’ouvrage a pour titre Les États-Unis d'aujourd'hui. C’est un emprunt à l’anglais quota, attesté en 1668 et qui est utilisé par abréviation de quota pars (en français quote-part : "fraction d’une chose ou d’une masse indivise" et, au figuré, "part proportionnelle"). Il a été introduit en français à propos de la loi de 1921 sur le contingentement de l’immigration aux Etats-Unis, nommée loi du quota ; puis en économie, à propos du contingentement des films en Grande-Bretagne et, enfin, dans les méthodes appliquées dans la mesure de l’opinion.

En français, les domaines dans lequel il est en usage sont sensibles : c’est l’économie et la politique. Quota y a le sens de "contingent" et de "pourcentage déterminé, imposé ou autorisé" (in Trésor de la Langue française, 1972-1994). Etablir un quota d'immigration consiste à limiter le nombre d’immigrants admis dans un pays : le quota est établi en fonction de la nationalité des impétrants ou de leur qualification professionnelle. Une phrase de Paul Morand (in New York, 1930) illustre dans le Trésor de la Langue française ce sens : "depuis la nouvelle loi d'immigration de 1921, dite loi du quota, le ministère du travail fait examiner dans chaque consulat américain d’Europe les candidats à l'immigration ; le visa ne leur est accordé que lorsqu’ils ont été reconnus dignes d’entrer". Fixer un quota d’importation, c’est limiter en volume ou en valeur, les biens et les services autorisés à être importés dans un pays. Quant au quota de vente, c’est le chiffre d’affaires que doit réaliser un représentant, un VRP, un agent, un attaché de clientèle, un service quelconque dans une zone ou dans un territoire donné.

Le nom quota est aussi employé par les sociologues : dès que la sociologie met le nez à la fenêtre, comme la belette de la fable, le temps commence à se gâter, comme dans les romans d’aventure. La méthode des quotas consiste, dans un sondage, à choisir les individus à sonder, en fonction de leur âge, de leur profession, de leur niveau d’études, etc., en veillant à ce que le pourcentage de chaque catégorie de la population réelle (actifs, non-actifs, jeunes, vieux, professions diverses, etc.) se retrouve dans "l’échantillon", à savoir la liste des individus dont l’opinion a été sondée. Cette méthode est distincte de la méthode aléatoire où les individus à sonder sont choisis au hasard.

En français actuel, quota est tantôt diabolique, tantôt angélique. Il est le Mal quand il se rapporte à l’immigration : fixer des quotas d’immigration, ou plus innocemment des quotas d’importation, comme les Américains l’ont fait en 1921 ou comme Jobert a tenté de le faire en 1982, c’est du "racisme", s’indignent les antiracistes et leurs affidés. On ne sait ce que le "racisme" vient faire là-dedans. En revanche, quand quota a un sens sociologique, comme pour ce qui est de la représentation des  minorités visibles à la télévision ou dans la haute fonction publique ou dans les grandes écoles ou pour ce qui est de la représentation des femmes à l’Assemblée nationale ou au gouvernement, alors quota est le deux ex machina, l'antiracisme viscéral, la panacée, la manne céleste, la solution ultime et finale, etc. donc le Bien absolu - sauf, bien entendu, s’il s’agit, non pas de l’exiger, ce qui serait obscène et même suicidaire, mais de suggérer qu’il fût appliqué dans les équipes nationales de sport. C’est une idéologie de pacotille qui décide donc, comme la théologie jadis, de ce qui est le Bien et de ce qui est le Mal et qui, ce faisant, contamine la langue et ses pauvres mots – lesquels, en théorie, n’ont rien à voir ni avec le Bien, ni avec le Mal.

 

 

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