Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04 décembre 2006

Résistance

 

 

 

 

Encore un mot dont les racines se trouvent dans la religion du Christ. Il est emprunté au latin resistentia, dérivé du verbe resistere, dont le premier sens est "s’arrêter" et qui a pour second sens "tenir tête à". En usage dans l’Eglise des premiers siècles, il est attesté à la fin du IVe siècle. Saint Augustin l’emploie dans un ouvrage sur les péchés. La resistentia consiste à "faire face" aux péchés, aux tentations ou aux pulsions.

En français, résistance est attesté à compter de la fin du XIIIe siècle, d’abord dans un sens physique : c’est la "qualité par laquelle un corps résiste à l’action d’un autre corps". Le sens moral ou militaire, "action de se défendre par les armes, de s’opposer par la force à une personne ou un groupe qui emploie la force ou la contrainte physique", apparaît au début du XVe siècle.

Dans le Dictionnaire de l’Académie française, quatrième édition, 1762, et huitième édition, 1932-35, il a pour sens "qualité par laquelle une chose (la pierre par exemple) résiste, et ne saurait être pénétrée que difficilement". C’est aussi "la défense que font les hommes, les animaux contre ceux qui les attaquent" ou "l’opposition aux desseins, aux volontés, aux sentiments d’un autre". Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1872), relève en premier les sens physiques ("qualité par laquelle un corps résiste à l’action d’un autre corps", "résistance des solides", "force qui agit en sens contraire d’une autre, dite puissance, dont elle détruit ou diminue les effets", "obstacle" ou "difficulté"), avant d’exposer le sens militaire et moral propre aux humains ("défense de l’homme et des animaux contre ceux qui les attaquent", "défense contre ce qui est comparé à un assaillant", "opposition aux desseins, aux volontés d’un autre", "force avec laquelle on se défend contre la fatigue, la faim"). Dans le Trésor de la Langue française (1972-1994), les sens de résistance sont distingués suivant que le mot se dit de choses ("tout phénomène physique qui s’oppose à une action ou à une force") ou d’êtres animés et surtout d’êtres humains ("énergie qui permet de supporter sans dommage grave des atteintes et des agressions diverses" et "refus de subir violences ou vexations exercées par une autorité contre une personne, les libertés individuelles ou collectives").

Le nom résistance est aussi en usage en politique. De Gaulle, dans le célèbre discours du 18 juin 1940, y a donné du lustre, quand il a évoqué la "flamme de la résistance française" qui jamais ne devait s’éteindre et qui, hélas, semble bien être à jamais éteinte. De fait, le mot a été écrit, à partir de 1940, parfois avec une majuscule pour désigner "l’action clandestine menée en France et en Europe contre les armées allemandes d’occupation : la Résistance du Vercors, entrer dans la Résistance, passer à la Résistance" ; "si cette bataille de France est sombre nous pouvons dire, cependant, que jamais la résistance française n’a tant fait ni tant subi" (De Gaulle, 1956) ; "mes tâches dans la Résistance n’avaient d’ailleurs aucun intérêt en elles-mêmes. Mais je voulais accélérer l’issue, je ne voulais pas rester les bras croisés en attendant qu’on me délivre" (Jankélévitch, 1979), "je leur donnai pour instruction de hâter la formation, autour de Jean Moulin, du Conseil national de la résistance qui comprendrait les représentants de tous les mouvements, syndicats et partis" (De Gaulle, 1956).

De Gaulle ne mettait pas de majuscule au nom résistance, ni même à Conseil national de la résistance. Seul Conseil porte la majuscule. Le premier et sans doute le plus grand résistant de France n’a pas cherché à transformer la résistance en absolu pour la faire servir à des objectifs politiques à court terme - à l’instrumentaliser, comme on dit de nos jours. Sans lui, le nom résistance aurait gardé le sens détestable qu’il a longtemps eu et que relèvent les Académiciens dans le complément de 1842 à la sixième édition de leur Dictionnaire : "Parti de la résistance (dans le domaine politique) : se dit des hommes d’État qui craignent de s’engager dans des voies nouvelles et qui opposent une force d’inertie aux tentatives de réforme". Littré reproduit mot à mot cette définition, à laquelle il ajoute "on dit aussi absolument la résistance". Dans le Trésor de la Langue française (1972-1994), ce sens est précédé de la mention "histoire (XIXe siècle)" : "le parti de la Résistance est, au début de la monarchie de Juillet, le parti des orléanistes conservateurs". C’est sans doute dans ce sens ancien que l’on employait, il y a trente ans, le nom résistance à propos de Mitterrand, de Marchais et des communistes de 1939 à 1942 : "ils craignaient de s’engager dans des voies nouvelles". Sans De Gaulle, qui a sauvé le mot et la chose, résister serait resté le propre d’affreux réactionnaires et de cyniques nantis.

 

 

 

 

Les commentaires sont fermés.