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05 décembre 2006

Avent

 

 

 

 

 

Voilà un mot propre à la religion du Christ que la sociologie n’a pas récupéré, mais qui tend à devenir désuet, comme tous les mots (et les choses) de la théologie, au point que le sens peu à peu se perd. En latin, adventus a pour sens propre "acte d’arriver ou fait d’arriver", comme dans "à l’arrivée de César en Gaule" ou dans Gallicus adventus, "l’arrivée (en fait l’invasion) des Gaulois" à Rome. Ce mot a été employé, dès le IIe et IIIe siècle, dans la langue latine en usage parmi les premiers chrétiens pour désigner la venue du Christ sur terre et, aux IVe et Ve siècles, la période de l’année liturgique qui précède Noël.

C’est dans ce dernier sens que avent est attesté, sous la forme advent, au tout début du XIIe siècle : "les quatre semaines qui précèdent Noël, pendant lesquelles l’Église catholique se prépare à cette fête". Par extension, ce nom désigne au XVIIe siècle les "sermons des dimanches de l’Avent".

Les dictionnaires qui relèvent tous avent y donnent ces sens, qui ne changent pas au cours des siècles. Dans le Dictionnaire de l’Académie française (quatrième édition, 1762), c’est "le temps destiné par l’Église pour se préparer à la fête de Noël". Parmi les exemples qui illustre cet emploi, celui-ci : "on dit prêcher l’avent, jeûner l’avent pour dire "pendant l’avent" ; et on dit au pluriel les avents de Noël, c’est aux avents qu’on a coutume de planter". Pour Littré (1863-1872), c’est le "temps pendant lequel on se prépare, dans l’Église catholique, à célébrer la fête de Noël". Littré rejette le pluriel. Il écrit : "ne dites pas : c’est aux avents que j’irai me confesser ; mais dites : c’est à l’avent. Les avents se disent de plusieurs avents, comme les étés, les hivers. Les avents pour l’avent, c’est un provincialisme, comme on le voit par le picard". En revanche, les Académiciens, dans la huitième édition de leur Dictionnaire en 1932-35 et dans la neuvième édition en cours de publication, reprennent la définition et les exemples de l’édition de 1762. La seule nouveauté est que, dans la neuvième édition, la durée du temps de l’avent est précisée : c’est quatre semaines, et que l’emploi d’avent au pluriel est mentionné vieilli, alors qu’il ne l’était pas dans la huitième édition.

De tous les dictionnaires consultés, le Trésor de la Langue française (1972-1994) est le seul où soit relevé un emploi non religieux, mais philosophique, du nom avent, et conforme au sens que ce nom avait en latin. Certes, il est précédé de trois mentions : vieilli, rare, littéraire. Il a pour synonymes avènement et venue, comme dans cette phrase de Jankélévitch qui illustre ce sens : "la liberté n’est pas quelque chose-qui-est. La liberté n’est rien. La liberté n’est pas, mais elle sera ; elle n’"existe" pas, mais devient. La liberté est chose à venir, futurum, c’est-à-dire non-chose, perpétuellement en instance et puissance d’avènement si l’aventure est d’affronter cet avènement ou avent de la chose-qui-advient mais qui sera toujours un pas-encore" (Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, 1957).

En revanche, le sens religieux est clairement exposé et il est illustré d’une longue phrase extraite de L’Oblat, roman de Huysmans, qui expose clairement la signification spirituelle de l’avent : "pour nous, le jour de l’an liturgique, qui est le premier dimanche de l’Avent, fut un sujet de peines. L’Avent, symbole d’Israël, qui appelait, en se macérant et en jeûnant sous la cendre, l’arrivée du Messie est, en effet, un temps de pénitence et de deuil. Plus de Gloria, plus d’orgue aux féries, plus d’ite missa est, plus de Te Deum, à l’office de nuit ; nous avons adopté comme marque de tristesse le violet (...). La liturgie de cette époque est splendide. Aux détresses des âmes qui pleurent leurs péchés, se mêlent les clameurs enflammées et les hourras des Prophètes annonçant que le pardon est proche ; les messes des Quatre-Temps, les grandes antiennes des O, l’hymne des Vêpres, le Rorate coeli du salut, le répons de Matines du premier dimanche peuvent être considérés parmi les plus précieux bijoux du Trésor des offices ; (...) l’Avent se réfère non seulement à la Nativité du Christ, mais aussi à son dernier Avènement, c’est-à-dire à cette fin du monde où il viendra, selon le Credo, juger les vivants et les morts. Il sied, par conséquent, de ne point oublier ce point de vue et d’enter sur la joie rassurante du Nouveau-Né, la crainte salutaire du Juge. L’Avent est donc à la fois le Passé et le Futur ; et il est aussi, dans une certaine mesure, le Présent ; car cette saison liturgique est la seule qui doive subsister, immuable, en nous, les autres disparaissant avec le cycle qui tourne ; (...) nous devons toujours vivre en un éternel Avent, car, en attendant la suprême débâcle du Monde, il aura son accomplissement en chacun de nous, avec la mort".

Voilà une longue citation qui a le mérite de rappeler ce que fut l’avent (et ce qu’il est encore parfois) pour des milliards de chrétiens.

 

 

 

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