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11 décembre 2006

Créatif

 

 

 

 

 

Cet adjectif est attesté au XVe siècle. Il a pour sens "qui produit quelque chose". Il résulte de la francisation de l’adjectif, en usage dans le latin médiéval, creativus, qui servait à caractériser Dieu ou un de ses attributs. Pourtant, en dépit de cette attestation ancienne, le mot n’est pas relevé dans le Dictionnaire de l’Académie française (1694-1935). Littré le relève dans le Supplément de son Dictionnaire de la Langue française (1877). Il y donne le sens de "qui a la vertu de créer" et l’illustre de la phrase "si les chemins de fer étaient, comme on l’a dit si souvent, doués d’une force impérieusement créative de trafic…", qui atteste l'extension à d'innombrables réalités du monde d'une "vertu" qui était, jadis, spécifique de la divinité.

Dans le Trésor de la langue française (1972-94), deux sens sont distingués, suivant que créatif se rapporte à une personne et à une faculté spécifiquement humaine ou qu’il se rapporte à une chose ou à un fait. Dans le premier emploi, il qualifie celui "qui présente une tendance notable à la création imaginative", comme chez les Goncourt : "l’affaiblissement des vérités constitutives de l’ordre moral, la dégradation du bon sens primordial et l’oubli du catéchisme des principes naturels, entraînent à leur suite l’affaiblissement, je dirai plus, la viciation du sens créatif, de l’imagination" (1860). Dans le second emploi, il signifie "qui a pour résultat une création", comme dans "acte, principe, force créatifs".

Dans la neuvième édition en cours de publication de leur Dictionnaire, les Académiciens ne relèvent que le premier emploi : "qui a le goût de créer, des dispositions pour créer", comme dans "cet enfant est très créatif", "un tempérament créatif", "un sens créatif".

Aucun dictionnaire ne relève l’emploi de créatif comme nom dans le jargon des publicitaires. Le créatif est celui qui trouve le slogan qui fasse vendre les yaourts brassés par la maison Riboud et que boudent les clients. Il faut donc que la pub embellisse l’expérience et que l'imagination déforme le réel.

Adjectif ou nom, créatif empeste la modernité de pacotille. Il semble que son succès soit dû à deux facteurs : son emploi plus ancien en anglais ("having power to create ; useful and creative work : requiring intelligence and imagination, not merely mechanical skill"), une simple origine anglaise suffisant parfois à acclimater un mot frelaté et à le franciser ; et surtout les emplois croissants de ce mot dans les sciences humaines et sociales, lesquelles ont réussi à rendre aimables les horreurs de l’inhumanité : le marxisme, le racisme, le métissage, le culturalisme et autres monstres. Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1984) prennent parti en faveur de créatif, évidemment : ils sont modernes et éclairés. Dans une remarque de l’article créatif, ils écrivent ceci : "cet adjectif paraît aux puristes doubler inutilement créateur. Ils oublient que les psychologues, les sociologues peuvent avoir besoin d’un terme spécifique qui se démarque d’un terme courant. Or imaginatif, sensitif, etc., justifient l’existence de créatif à côté de créateur". Encore faudrait-il démontrer en quoi le point de vue des experts en société a plus de valeur, et surtout dans un pays où tout se vaut, que celui des grammairiens, fussent-ils dits puristes par mépris. En Arabie, l’imposition d’un dogme est la règle. En France, on est tombé presque aussi bas.

 

 

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