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13 décembre 2006

Légende dorée 4

 

 

 

Légende dorée 4 : Saint Front populaire

 

 

 

 

L’Eglise catholique célébrait jadis Saint Front chaque 25e jour du mois d’octobre. Il y a très longtemps, au premier siècle de notre ère, un dénommé Front, évêque, aurait été envoyé par Saint Pierre en personne dans le Sud-Ouest de la Gaule romanisée chez les Petrocorii ou habitants du Périgord, autrement dit département de la Dordogne, 24, pour y encadrer les premiers chrétiens. En Dordogne, c’est un Saint Front populaire : l’église cathédrale du chef-lieu y est consacrée et, autour du chef-lieu, trois villages portent son nom : Saint-Front d’Alemps, Saint Front la Rivière, Saint Front de Pardoux. En Italie aussi, ce Saint serait célébré : à Bolzano, il est présent dans la légende de Sainte Christine ; à Frontone, il est représenté dans un vitrail de l’église, et aussi à Sanfron.

Pourtant, le Saint Front le plus populaire de la France socialiste n’est pas l’évêque envoyé par Saint Pierre, mais celui de 1936 : c’est pourquoi son nom est toujours suivi de l’adjectif populaire. Il est donc naturel que la nouvelle religion occulto-socialiste l’ait intégré à son synaxaire et que, chaque année ou tous les dix ans, les bien pensants du haut clergé et les très puissants de la télé publique célèbrent sa fête : cela se fait en juin, et non le 25 octobre. En juin 2006, ce fut la soixante-dixième célébration de ce Saint Front Populaire et, comme toujours, la cérémonie s’est déroulée de la même manière convenue : diffusion d’images en noir et blanc de tandems ou de bicyclettes roulant vers les plages, de feux de camp, de tentes, de bals musette et de casquettes et de fichus sur la tête, et mêmes discours : les ouvriers et les ouvrières, les travailleurs et les travailleuses, le peuple et la populace, le courage et la dignité, etc.

Ce Saint Front Populaire mérite sans aucun doute d’être vénéré, puisque les fidèles de la religion socialiste répètent depuis soixante-dix ans des mots d’ordre usés jusqu’à la corde (la vocale, bien entendu) : congés payés, 40 heures, vacances, découverte de la mer, camping et camps de toile, colonies de vacances au grand air, etc. En Géorgie, des fidèles célèbrent Staline ; l’effigie de Mao, dans la Chine capitaliste, est couverte de fumée d’encens : c’est le Grand Ancêtre de tous les Chinois. Il a fait assassiner 65 millions de malheureux, il est donc célébré. Le Saint Front Populaire qui nous occupe n’a tué personne, encore que… Il n’est donc pas scandaleux qu’il soit célébré.

En 1936, la France avait, à ses frontières, des voisins haineux qui rêvaient de s’emparer de ses quelques richesses. En Italie, Mussolini revendiquait comme lui appartenant les deux départements de la Savoie, celui des Alpes maritimes (le comté de Nice) et la haute vallée de l’Ubaye. Il était prêt à en découdre pour obtenir satisfaction, ce qu’il a fait en juin 1940. En Allemagne régnait Hitler. Le programme exposé dans Mein Kampf ne laissait planer aucun doute sur ce qu’il allait faire : c’était delenda est Francia (il faut détruire la France) ou, pour que l’Allemagne soit un grand pays, il fallait plonger la France dans le grand silence de la mer. En Espagne, Franco se préparait : il considérait que le pays catalan et le Pays basque faisaient partie depuis toujours de l’Espagne et que le Béarn devrait être rattaché à la Navarre espagnole. Mussolini et Hitler fourbissaient leurs chars, leurs avions, leurs canons ; Saint Front populaire faisait bruire musettes et accordéons. La guerre, annonçaient Hitler et Mussolini de concert, serait totale : la France vaincue serait dépecée et partagée en sept ou huit principautés croupions, vassales du Reich. Le Nord et le Pas-de-calais seraient intégrés à une Flandre fasciste ; la Bretagne serait indépendante, mais dans le giron du Reich. La Lotharingie serait ressuscitée et l’Occitanie créée : les volem viure al païs en seraient comblés. Les morceaux de France que Mussolini tenait pour siens lui seraient cédés, en échange d’un quignon de pain.

Voilà ce qui se préparait.

En 1936, le Saint Front Populaire ne l’entendait pas de cette oreille. Il était différent. C’était aussi son droit d’être sourd et aveugle. Vive le droit à la surdité et à la cécité. Il tenait les menaces fascistes et racistes pour pets de lapin ou pour des inventions de la bourgeoisie vorace qui aurait rêvé d’une autre guerre pour empocher les milliards du peuple. Ah, ce Saint Front populaire, si cher aux intellos, comme il était beau et fier, courageux et lucide : grèves, congés payés, défilés dans les rues, usines occupées, bal musette, accordéon, 40 heures et nationalisations. Les compagnies de chemins de fer croulaient sous les dettes : la République se les est appropriés. Les pauvres ont réglé la note colossale laissée par les actionnaires. C’est le progressisme. Saint Front populaire fut une resucée de 1793 et de 1871, mais tragique. Alors que les Français étaient menacés dans leur vie, leur être, leur liberté, Saint Front populaire les faisait danser et chanter, leur apprenait à faire du vélo, les allongeait sur le sable de la plage, etc. Ah la belle vie. Les nazis fabriquaient des armes, les Français dansaient dans les guinguettes.

En 1940, ce fut la défaite. Pouvait-il en être autrement ? Des blindés contre le bal musette ? Bien entendu, les élus du Saint Front populaire ont imité les communistes qui, depuis 1939, étaient alliés à Hitler : ils ont voté comme un seul homme la loi constitutionnelle du 10 juillet et ils ont donné de fait les pleins pouvoirs à un maréchal à demi gâteux. Le pacifisme bêlant faisait d’eux les alliés objectifs des fascistes, la défaite a fait d’eux des complices des nazis. Le résultat est connu : ce fut la collaboration et la honte, dont seul a tiré gloire Mitterrand. Voilà pourquoi il a fait le président durant quatorze ans.

Saint Front populaire est une verrue sur l’histoire de France. Les fidèles de la religion occulto-socialiste aiment les verrues. Ils célèbrent donc ce Front. A chacun ses Saints.

 

 

 

 

 

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