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16 décembre 2006

Diversité

 

 

 

 

 

 

En latin, diversus, du verbe divertere "se détourner", "se séparer", "divorcer", "être différent", dont dérive le nom diversitas, est relevé dans le Dictionnaire Latin Français de Félix Gaffiot avec deux sens : "à l’opposé d’un point" et "allant dans des directions opposées ou diverses". Le nom diversitas a pour premier sens "divergence" ou "contradiction" et pour second sens "variété" ou "différence".

En français, diversité est attesté dans la seconde moitié du XIIe siècle.

Dans les dictionnaires consultés, ce nom a un seul sens. Dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1762), c’est "variété", "différence" ; dans les huitième (1932-35) et neuvième (en cours de publication) éditions, "état de ce qui est divers" : Littré y donne aussi ce sens dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1872). Les exemples qui l’illustrent sont favorables : "Telle est la loi du ciel dont la sage équité / Sème dans l’univers cette diversité" (Corneille) ; "Diversité, c’est ma devise" (La Fontaine) ; "Je vous plains de ne pas aimer les histoires ; on est si aise de se transporter un peu en d’autres siècles ; cette diversité donne des connaissances et des lumières" (Madame de Sévigné) ; "Chaque jour le génie et la diversité / Viennent nous enrichir de quelque nouveauté" (Gresset). Il en va de même des exemples choisis par les Académiciens dans la neuvième édition de leur Dictionnaire : "la diversité des formes, des couleurs, des goûts, des opinions, des religions", "il y a une très grande, une infinie diversité dans les caractères".

En revanche, dans le Trésor de la Langue française (1972-1994), le nom diversité est relevé avec les deux mêmes sens qu’en latin. Le premier est précédé de la mention vieilli : c’est le "caractère de ce qui est opposé, contradictoire". Les synonymes en sont divergence ou opposition. Chez Maine de Biran, contrariété est le synonyme de diversité : "cette diversité ou contrariété des besoins" (1816). Une phrase du philosophe Maurice Blondel (1893) illustre ce sens vieilli : "par l’action s’entretient donc et se resserre l’unité du mécanisme vital, qui, formé d’un assemblage de parties, n’a de cohésion que par le concert idéal des fonctions ; par elle, la diversité des tendances antagonistes, sans être abolie, se fond en un accord au moins passager".

Or ce sens pourtant qualifié de vieilli n’est relevé ni par Littré, ni par les Académiciens.

Dans le Trésor de la Langue française, diversité au sens usuel de "état de ce qui est divers", a pour synonymes différence, hétérogénéité, variété – trois noms qui s’ajustent si parfaitement aux prescriptions des puissants qu’ils semblent sortis tout droit du bréviaire multiculturel d’un prêtre de la modernité arc-en-ciel, comme l’attestent les emplois relevés : "diversité des aspects, des caractères, des choses, des circonstances, des éléments, des fonctions, des intérêts, du monde, des objets, des opinions, des régimes, des situations".

Une citation, pourtant, infirme le caractère moderne de cette diversité. Elle est extraite des Principes de géographie humaine (1921), ouvrage du géographe Vidal de la Blache, honni des idéologues bien pensants, parce que, auteur des Cartes de France qui étaient jadis accrochées aux murs de toutes les salles de classe, il est accusé d’avoir alimenté chez les Français pauvres l’amour de leur pays, les riches et les nantis, comme chacun sait, n’ayant pas d’autre patrie que le capital. Voici la phrase citée : "l’homme s’intéresse surtout à son semblable, et, dès qu’a commencé l’ère des pérégrinations et des voyages, c’est le spectacle des diversités sociales associé à la diversité des lieux qui a piqué son attention". La date, 1921, est éloquente : l’ère des voyages et des pérégrinations commence en 1492 avec les découvertes de nouveaux territoires, aussitôt conquis, et la constitution des empires. De fait, c’est dans les empires coloniaux, quels qu’ils soient ou aient été, que la diversité est de règle. En Algérie, la diversité n’a pas résisté à la purification ethnique. La Russie, qui continue tant bien que mal l’immense empire colonial tsariste, puis soviétique, a gardé de cette grandeur enfuie un peu de l’ancienne diversité de l’empire qu’elle a longtemps contrôlé.

La diversité des mœurs, coutumes, religions, etc. se marie à merveille à la tyrannie impériale : tous divers, pourvu que ce soit l’échine courbe et la tête basse. La diversité est la règle, à condition que les diversités fassent allégeance. Il en allait ainsi à Vienne du temps de l’Empire austro-hongrois. Hitler s’accommodait de toutes les différences, surtout si elles étaient islamiques. Le Reich pouvait être divers et varié, aux couleurs de l’arc-en-ciel, à condition qu’il fût sien. Il est donc dans l’ordre des choses que la diversité soit le mot d’ordre de la pensée unique, de l’idéologie dominante ou des tout puissants de l’empire pub com media. Les candidats à la servitude volontaire répètent en chœur que la diversité (écrit même divers-cités : ça en jette) est l’horizon indépassable de la France, à condition que la diversité soit autre que française ou chrétienne ou gréco-latine ou européenne. Ainsi va le monde. Naguère, on disait "diviser pour régner".

Est-ce pour ne pas jeter la suspicion sur la diversité et ne pas ébrécher la belle statue pittoresque et coloniale qui en est sculptée que les auteurs de dictionnaires oublient le premier sens de ce nom, le plus ancien, celui qui existe en latin, à savoir "contradiction, divergence, contrariété", sens qui est attesté en français et que relèvent les auteurs du Trésor de la langue française ? La diversité cache aussi la guerre de tous contre tous. Des religions, des coutumes, des mœurs incompatibles ou situées à l’opposé les unes des autres, qui ont été importées de très loin pour coexister artificiellement sur un territoire exigu, lequel n’est pas le canton d’un empire colonial, sont les germes de haines inexpiables et les facteurs de conflits larvés sans fin.

 

 

 

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