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23 décembre 2006

Dispositifs

 

 

 

 

 

En voici un mot qui sent son moderne, bien qu’il soit latin de formation. A dispositum, supin du verbe disponere, a été ajouté le suffixe - if : plus exactement, ce suffixe a remplacé la désinence um. En latin, le verbe a pour sens "mettre en ordre" (les œuvres d’Homère), "placer", "disposer" (les troupes, les soldats, les mots dans la phrase) ou "régler" (la journée).

En français, l’adjectif dispositif est attesté dès le XIVe siècle dans la langue de la médecine pour qualifier un remède qui "qui prépare à" ou "qui dispose à". Au tout début du XVIIe siècle, il est employé comme nom dans un sens juridique : c’est la "partie d’un texte législatif" dans laquelle il est statué de façon impérative sur tel ou tel point. Dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1762), il est relevé avec ce sens : "il est aussi substantif et signifie le prononcé d’une sentence, d’une déclaration, d’un édit, d’un arrêt rédigé par écrit", comme dans la phrase : "le dispositif de la sentence (…) porte que (…)". Les Académiciens précisent que, grâce à ce terme, le dispositif d’un arrêt est distinct du vu de ce même arrêt ou du préambule d’une déclaration ou d’un édit. Dans cette quatrième édition, le sens médical de l’adjectif est glosé. Quand il suit le nom remède, dispositif a pour sens "préparatoire, qui dispose à". Les Académiciens indiquent qu’il  "n’a guère d’usage que" dans cet emploi.

Dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1872), Littré distingue l’emploi d’adjectif de l’emploi de nom : adjectif, dispositif est "terme de médecine" ; il signifie "qui prépare, qui dispose". Littré précise qu’il est "peu usité". Il cite un seul exemple, datant du XIVe siècle (exemple qui a échappé aux auteurs du Trésor de la Langue française) : "des causes des ulcères, les unes sont matérielles, les autres dispositives". Quand il est employé comme un nom, c’est un "terme de jurisprudence". Ainsi les dispositifs d’une loi sont "la partie du jugement qui contient la décision des juges". C’est aussi un "terme de mécanique". Il désigne le plan suivant lequel une chose a été établie, comme dans la phrase : "on a fait à l’Opéra l’essai d’un nouveau dispositif de la rampe, destiné à éclairer les acteurs pendant les représentations", ou bien, dans les mots dispositifs de mines, les opérations exécutées pour établir des mines.

C’est en 1797 que le nom passe du droit (où il est d’un emploi rare) aux faits techniques. La date parle d’elle-même : c’est pendant les événements qui sont nommés Révolution. La Pérouse l’emploie dans le dispositif de la défense au sens de "ensemble d’éléments ordonnés en vue d’une certaine fin". Dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), dispositif a deux sens. Le terme de droit est connu des Académiciens : c’est la "partie d’une loi, d’un édit, d’un jugement, d’une ordonnance, d’un décret, d’un arrêté, d’un arrêt, etc. qui en contient la décision et les dispositions pratiques, par opposition au préambule, aux motifs, etc." et c’est aussi en "terme d’arts" (c’est-à-dire terme relative aux techniques) "toute manière de disposer les différentes parties d’un appareil ou des travaux exécutés en vue d’une exploitation de carrière, de mine, etc." C’est dans le Trésor de la Langue française (1972-1994) que ce nom est attesté dans un sens social ou relatif à l’administration sociale. Il est présenté comme une extension du sens "ensemble de mesures, de moyens, disposés en vue d’une fin stratégique" : le dispositif de la défense dont parlait La Pérouse en 1797. Ce sont les "moyens mis en œuvre pour assurer la défense de certains intérêts ou en vue d’assurer une intervention". Les exemples qui l’illustrent sont éloquents : "dispositif de sécurité" et "renforcer le dispositif en attribuant au conseil économique compétence pour examiner toutes les revendications" (1958). Dans la neuvième édition, en cours de publication, de leur Dictionnaire, les Académiciens relèvent ce sens comme une extension du sens militaire : "ensemble des moyens mis en œuvre en vue d’une intervention précise, dans un but précis", comme dans "dispositif policier", "de sécurité", "de contrôle", "dispositif secret", "lever un dispositif". Il ne se passe pas de jour sans que les administrations chargées d’éradiquer le chômage ou de réduire l’exclusion, ou des associations lucratives sans autre but que social, imaginent des dispositifs sociaux inouïs et sans cesse nouveaux de lutte, de défense, de préservation, de combat, d’insertion, etc. dont l’efficacité réelle est proche de zéro (s’ils étaient efficaces, il n’y aurait plus de chômeurs ou d’exclus), sauf pour assurer leur propre perpétuation ad vitam aeternam, grâce à un CCP destiné à brasser crédits, subventions, dons, aides…

 

 

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