Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26 décembre 2006

Théologie

 

 

 

 

 

En latin, theologia signifie "science des dieux" ou "mythologie" ; plus tard, dans le latin chrétien, "science de Dieu" ou "étude de Dieu" ; enfin au Moyen Age, "doctrine théologique" et "explication rationnelle du Révélé". Ce mot latin est lui-même grec. Chez Platon et chez Aristote, la theologia est la "science de la divinité". Dans la langue grecque en usage chez les premiers chrétiens, il a pris le sens de "doctrine de la divinité de Jésus-Christ".

En français, ce nom est attesté dès le milieu du XIIIe s. au sens "d’étude des questions religieuses fondée sur l’Écriture et la Tradition". En 1265, elle est définie comme ce par quoi "nous avons la foi catholique et la loi de la sainte Eglise" et ce qui "nous enseigne tout ce qui appartient à la divinité". A la fin du XVIIe siècle, le mot désigne aussi la "classe où on enseigne la théologie" et en 1798 le "recueil des ouvrages théologiques d’un auteur". Jusqu’à Pascal, le mot n’est employé qu’à propos de la religion chrétienne. Dans le texte des Pensées, Pascal l'utilise à propos d’autres religions et dans le sens de "doctrine religieuse" ou "d’étude religieuse" : "Les Grecs et les Latins ont fait régner les fausses déités, les poètes ont fait cent diverses théologies".

Dans le Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1935, de même que dans le Trésor de la Langue française (1972-1994), la théologie a pour hyperonyme "science". C’est la "science qui a pour objet Dieu et les vérités que Dieu a révélées" (quatrième édition, 1762), la "science qui a pour objet les choses divines, les dogmes et les préceptes religieux" (huitième édition, 1935), la "science de Dieu, de ses attributs, de ses rapports avec le monde et avec l’homme" (Trésor de la Langue française, 1972-94). En revanche, Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1872), renonce à science et y préfère doctrine. Littré est positiviste et anticlérical. Il ne croit ni à Dieu, ni à diable. Pour lui, le monde de l'esprit se résume à "deux et deux sont quatre". La théologie est "1° doctrine des choses divines" et "2° en particulier, doctrine de la religion chrétienne". Dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35), les Académiciens, après avoir défini la théologie comme "la science de Dieu", relèvent le sens de "doctrine" : "théologie, écrivent-ils, signifie aussi doctrine théologique", comme dans "suivant la théologie la plus reçue", "la théologie des Pères", "une théologie sublime".
Le terme science suppose un savoir, des connaissances, des expériences ; doctrine, des dogmes et des croyances. Il n’y a pas de raison, sinon l’idéologie, qui n’est pas une raison, mais une bête, pour que doctrine soit préférée à science, d’autant plus que l’élément grec logie sert à former des termes qui désignent des sciences : la géologie n’est pas une doctrine de la terre, la biologie n’est pas une doctrine de la vie, la physiologie n’est pas une doctrine de la nature de l’homme. Pourquoi le sens du nom théologie ne serait-il pas restitué, impartialement, honnêtement, sans parti pris, dans le sens qui a été établi par des millions de personnes avant le "stupide XIXe siècle" ?

Ce qui caractérise aussi les définitions de ce nom, telles qu’elles sont exposées entre le XVIIe siècle et aujourd’hui, c’est le relativisme croissant dont font preuve les auteurs de dictionnaire, comme si, au fil des décennies, ils s’éloignaient de plus en plus de la "science de Dieu". Est-ce un fait de langue ? Ou l’effet de leurs propres croyances ? Quand les Académiciens, en 1762, définissent la théologie comme la "science qui a pour objet Dieu et les vérités que Dieu a révélées", il n’y a, selon eux, de "Dieu" que chrétien et de "science de Dieu" que du Dieu des chrétiens, comme le montrent les exemples cités. La seule autre théologie qui ait une existence selon eux est celle des païens. Le mot "se dit aussi en parlant de la science qui chez les anciens païens avait pour objet les choses de leur religion". Dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), il est précisé que la "science qui a pour objet les choses divines, les dogmes et les préceptes religieux" se dit "proprement en parlant de la religion chrétienne". Il est ajouté que ce mot "se dit, par extension, des dogmes admis dans les religions autres que la religion chrétienne". Les Académiciens citent "la théologie des païens", "la théologie des mahométans", "la théologie des Indiens". Ils vont même jusqu’à admettre l’existence d’une théologie naturelle, à savoir "ce que la raison nous apprend de l’existence et des attributs de Dieu, et des vérités premières et fondamentales de la philosophie", comme dans l’exemple "les philosophes païens ont enseigné la théologie naturelle".

Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994) illustrent de sens de "science de Dieu" par les exemples "théologie chrétienne, juive", "la théologie musulmane a reconnu formellement le principe de l’existence des saints, mais en se refusant tant à en canoniser aucun de façon expresse qu’à fixer le rituel de leur culte". L’ordre dans lequel sont citées les théologies est "chrétienne, juive, musulmane". Le quatrième exemple est pris hors du monothéisme : "les théologies hindoues sont faites d’un tissu dont la chaîne est métaphysique et la trame mythique". Il est si obscur qu'il exige de nouvelles définitions pour être compris.  

Littré se démarque de tous ces auteurs de dictionnaires en se forçant au relativisme : il va jusqu’à citer en premier, pour illustrer le sens "de doctrine des choses divines", les exemples "la théologie païenne", "la théologie des mahométans, des Indiens" et même à recruter l’écrivain catholique Pascal dans son combat relativiste : "les Grecs et les Latins ont fait régner des fausses déités ; les poètes ont fait cent diverses théologies". Les exemples "la théologie catholique", "la théologie protestante" sont cités en second pour illustrer le sens "particulier" de "doctrine de la religion chrétienne". Que Littré ne prenne pas parti dans les querelles religieuses se justifie : il écrit un dictionnaire de langue, pas un traité d’apologétique. L’impartialité est tout à son honneur. Mais c’est d’autre chose qu’il s’agit dans les définitions de théologie : le relativisme forcé est tout à l’opposé de l’impartialité ou de la science. Tout relativiser, c’est aussi rebaisser ce dont on rend compte, c’est prendre parti, entrer dans une polémique, s’engager dans un combat. Ce n’est pas comprendre, c’est s’exposer à ne rien comprendre.

 

 

 

Les commentaires sont fermés.