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30 décembre 2006

Requérir

 

 

 

Requérir, requis, pré-requis

 

 

 

Ce verbe est attesté dès la fin du Xe siècle. C’est donc un très ancien mot de la langue française, qui était en usage au commencement même de la langue, un mot des origines en quelque sorte, mais qui a mal vieilli ou mal supporté les aléas ou les avanies de l’histoire. Aux origines, nos ancêtres ne disaient pas requérir, mais requerre, conformément aux lois phonétiques qui ont déformé ce mot issu d’un verbe du latin populaire requaerere, dont la forme résulte d’une altération du verbe classique requirere, et dont le sens est "chercher", "réclamer". Au XIIe siècle, requerre a été refait en requérir par analogie avec quérir.

Les Académiciens, dans la quatrième édition de leur Dictionnaire (1762), y donnent trois sens : un sens juridique ou de palais, un sens administratif et un sens général. Terme de jurisprudence, il signifie "demander quelque chose en justice". Comme terme d’administration de l’Eglise, dans requérir un bénéfice, il signifie demander à jouir d’un bénéfice vacant "sur lequel on a droit en vertu de ses grades ou d’un indult ou du serment de fidélité". Dans la langue commune, requérir signifie "demander" ou "exiger", comme dans les exemples "cela requiert célérité, diligence, cela requiert votre présence" ou "la nécessité requérait que "

La description qu’en fait Littré un siècle plus tard dans son Dictionnaire de la Langue française est un peu plus complète. Il distingue cinq sens : "quérir une seconde fois", "prier (quelqu'un) de quelque chose", "réclamer" (requérir la force publique), "demander en justice" (requérir l’application de la loi, le procureur a requis …), "demander ou exiger" (le sujet du verbe est un nom de chose). Les auteurs du Trésor de la langue française (1972-1994) qualifient beaucoup d’emplois de requérir de vieux, vieillis ou littéraires : ainsi (envoyer) requérir quelqu’un au sens de "chercher" ou requérir quelqu’un au sens de "solliciter quelqu’un", de "prier quelqu’un (de quelque chose)", de "demander respectueusement (quelque chose) à quelqu’un". Requérir n’est pas désuet dans la langue du droit : c’est "réclamer par voie de réquisition au nom de la loi" ou (à propos du ministère public : l’accusation ou le procureur) "demander oralement ou par écrit" l’application de la loi ou une peine de prison. Dans un sens général, ce verbe est encore employé dans le sens de "demander quelque chose dont on a besoin" ou de "nécessiter" ou "réclamer en vertu d’une nécessité pratique ou logique". Autrement dit, au fil des siècles, l'emploi de ce verbe s’est raréfié, soit parce qu’il s’est spécialisé dans le droit, soit parce que l’emploi qui en a été fait s’est limité à quelques contextes.

La raison en est double. Quérir, dont il est proche, est quasiment sorti de l’usage, entre autres raisons, parce qu’il est difficile à conjuguer. Comme quérir, requérir traîne comme un boulet sa propre conjugaison, que les Académiciens, dans la quatrième édition de leur Dictionnaire (1762), jugent urgent de rappeler : "je requiers, tu requiers, il requiert, nous requérons, vous requérez, ils requièrent ; je requérais ; je requis ; j’ai requis ; je requerrai ; requiers, requérez ; que je requière ; que je requisse ; je requerrais, etc."

On aimerait choyer ce verbe, le protéger, y donner de nouveaux emplois, afin qu’il ne disparaisse pas. C’est un vestige de l’ancienne langue française des origines, comme, dans certaines villes anciennes de Normandie ou d’Alsace, les maisons à colombage. Or, les emplois encore vivants sont le participe passé requis, employé comme adjectif, ce qu’ont noté les Académiciens dans la quatrième édition de leur Dictionnaire (1762) : "on dit "il a l’âge requis, il a les qualités requises pour posséder cette charge", pour dire l’âge convenable, les qualités nécessaires". Ressuscité sous la forme requis ou pré-requis, cet adjectif est employé comme un nom dans le charabia des pédagogues et autres spécialistes de didactique - directe, de biais ou transversale ou autre : peu importe. Les pré-requis ou les requis sont le savoir ou le savoir-faire préalable dont la maîtrise est exigée (requise en quelque sorte) pour accéder à un niveau supérieur de connaissances. Parler ainsi, c’est faire couler de belles perles d’encre sur le papier, certes, mais c’est couler définitivement ce mot et le rendre inutile ou ridicule. Si les didactateurs, didactitichiens, pédagogoloques avaient voulu donner le coup de grâce à requis, ils ne s’y seraient sans doute pas pris autrement. Ce sur quoi ils font main basse meurt peu à peu, mots et choses.

 

 

 

 

 

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