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31 décembre 2006

Manipulation

 

 

 

 

 

Ce nom est enregistré dans la quatrième édition (1762) du Dictionnaire de l’Académie française, mais le verbe manipuler dont il semble dérivé n’est enregistré que dans la sixième édition, celle de 1835. La plus ancienne attestation du nom date de 1716 (manipulation du minerai) : elle apparaît dans le récit qu’un polygraphe a écrit de son voyage dans les Amériques du Sud, alors que le verbe manipuler apparaît plus tard, en 1765, dans l’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot au sens de "faire des manipulations de laboratoire", manipulation étant attesté en 1762 dans le sens de "manière d’opérer en chimie (alchimie) et en plusieurs arts". L’histoire de la langue montre que le nom manipulation n’est peut-être pas dérivé du verbe manipuler, mais qu’il a sans doute été emprunté à la langue des travailleurs des mines espagnoles d’Amérique du Sud (cf. la première attestation de manipulation de minerai).

Longtemps, les auteurs de dictionnaires ont ignoré le sens figuré. Dans la quatrième édition (1762) du Dictionnaire de l’Académie française, manipulation n’a qu’un sens : "manière d’opérer en chimie et en plusieurs arts". Un seul exemple est cité : c’est "la manipulation du minéral". Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (seconde moitié du XIXe siècle), définit la manipulation comme "l’exécution de diverses opérations manuelles, en chimie, en pharmacie et dans les arts", citant Buffon pour illustrer ce sens : "M. Jars s’est donné la peine de suivre toutes les manipulations et préparations de ces mines, jusqu’à leur conversion en métal raffiné". Dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35), les Académiciens ajoutent à manipulation, "terme de physique et de chimie, action de manipuler", le second sens "l’exercice scolaire où les étudiants manipulent" : ainsi dans "la mesure des longueurs d’onde est une manipulation délicate" et "salle de manipulations". Entre 1762 et 1935, la seule différence touchant manipulation ne tient pas au sens du mot, mais à la nature de la science dans laquelle il est en usage : en 1762, la chimie est de l’alchimie ; en 1935, c’est, comme la physique, une science moderne.

Ce nom s’est étendu au XXe siècle à d’autres domaines que la physique, la chimie ou l’école. Le phénomène est décrit avec précision dans le Trésor de la Langue française (1972-1994). Le mot s’emploie en génétique, dans les spectacles de music-hall (prestidigitation), en kinésithérapie, dans les télécommunications et même dans le vocabulaire général, au sens de "action de toucher, tenir, transporter avec les mains" ou "action de mettre en œuvre". Les Académiciens, dans la neuvième édition de leur Dictionnaire, en cours de publication, sont moins précis que les auteurs du Trésor de la Langue française dans la description des emplois de manipulation : "action de manipuler certaines substances chimiques, certains appareils de physique", "opération par laquelle on manipule", "action de se servir d’un instrument, d’une machine ", "exercice de prestidigitation qui repose sur l’adresse manuelle", "traitement manuel consistant à rendre plus mobile une ou plusieurs articulations, notamment celles de la colonne vertébrale, par des pressions ou des étirements modérés".

Le sens figuré de "manœuvre visant à abuser autrui" est attesté en 1852, chez Sainte-Beuve dans la phrase "art de manipulation humaine et de corruption consommée", alors que le sens figuré du verbe, à savoir "arranger par des moyens subtils ou coupables", est attesté en 1842 dans la phrase éloquente suivante : "pour réussir, il fallait s’aider soi-même, manipuler l’élection". Il est possible que ce sens soit un néologisme sémantique emprunté à l’anglais, où le nom manipulation est attesté dans le sens "d’intrigue" depuis 1628. Ce sens est relevé dans le Trésor de la langue française et il est mentionné comme péjoratif : c’est la "manœuvre occulte ou suspecte visant à fausser la réalité". Les synonymes en sont tripotage et tripatouillage. C’est aussi la "manœuvre par laquelle on influence à son insu un individu, une collectivité (le plus souvent en recourant à des moyens de pression tels que les mass media)". Les auteurs de la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication) font précéder l’exposé de ce sens des mentions figuré et péjoratif : c’est la "manœuvre par laquelle on tente d'imposer une vision fausse de la réalité en recourant à la falsification, à la fraude", comme dans "la manipulation des chiffres d’une comptabilité, d’un bilan", "la manipulation des sondages à des fins électorales", et, par extension, c’est "l’action par laquelle on cherche à influencer (les Académiciens veulent dire sans doute influer sur) l’opinion, les décisions, la conduite d’une ou de plusieurs personnes, à des fins non avouées et par des moyens détournés".

Les lecteurs de ce blog ont ajouté aux domaines dans lesquels la manipulation s’opère de façon insidieuse la langue frelatée, les sens contaminés, les mots factices, les torsions sémantiques qui font la NLF ou Nouvelle Langue Française.

 

 

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