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05 mars 2006

Lumière des livres 3

 

 

L’astre noir

 

 

A propos de Suite française d’Irène Némirovsky, Denoël, 2004, Prix Renaudot

 

 

Le roman Suite française d’Irène Némirovsky, écrit en 1941 et 1942, est fait de deux parties. La première a pour titre Tempête en juin (pp 27 à 229), la seconde Dolce (mis sans doute pour dolce vita, pp 233 à 390). La "tempête" dont il est question est celle qui a balayé en juin 1940 la France et a failli la faire disparaître dans les poubelles de l’histoire ; la dolce vita est la vie menée, au printemps de 1941, par un régiment de l’armée allemande cantonné à Bussy, un bourg de la province profonde. Dans la première partie, Mme Némirovsky traite de l’exode apeuré de familles bourgeoises ou aristocratiques, de Paris à Tours ou à Nîmes ou dans le Morvan. La France se désagrège, l’armée se débâcle, l’administration se cache, les hommes politiques se terrent. Chez les bourgeois, les nantis, les aristos, les snobs, c’est le sauve qui peut général : on sauve son or, ses bijoux, ses valeurs, ses titres, son argenterie, sa porcelaine, avant de congédier les bonnes à tout faire, mais après qu’elles ont fait les bagages et fermé l’hôtel particulier ou l’appartement de luxe. Qu’elle soit bourgeoise, aristocratique, banquière, paysanne, ouvrière, de Ménilmontant ou d’Auteuil, parisienne ou provinciale, la France de juin 1940 est veule, lâche, dissimulée, surtout si elle est catholique, croyante et pratiquante, hypocrite, pleutre, xénophobe, ne pensant qu’à ses biens et à son argent, volant son prochain dans la détresse ou lui refusant tout secours, et mourant sur la route comme un troupeau de porcs. Ce n’est pas mieux en 1941. A Bussy, les Allemands passent leur temps à bâfrer, boire, courir le guilledou. Quant aux Françaises, leur obsession est de se faire sauter par un Allemand en uniforme caca d’oie, fermé d’un ceinturon doré, sur lequel est écrit "Dieu est avec nous", gratuitement, pour rien, se faire sauter pour se faire sauter, même pas pour une paire de bas ni pour connaître le plaisir ou assouvir les instincts. Pendant l’occupation, les Françaises n’auraient pas eu d’autre occupation que de passer sous tous les soldats allemands. La vision de la France de cette Suite française est effrayante. Le pays s’enfonce dans le néant. Mme Némirovky n’exprime aucune pitié. La France a mérité ce qui lui arrive, punie pour on ne sait quels crimes et par on ne sait quelle puissance maléfique ; elle a mérité d’être défaite, battue, occupée, humiliée ; elle a mérité de disparaître. Seuls Hitler qui ressasse dans Mein Kampf sa haine de la France ou les collabos, à qui la divine surprise de la défaite a offert le pouvoir, ont jubilé avec la même méchanceté en constatant le désastre français qui signifiait leur victoire.

A la page 328, Mme Némirovky écrit : "Après tout, on ne juge le monde que d’après son propre cœur. L’avare seul voit les gens menés par l’intérêt, le luxurieux par l’obsession du désir. Pour Mme Angellier, un Allemand n’était pas un homme, c’était une personnification de la cruauté, de la perversité, de la haine. Que d’autres eussent un jugement différent était impossible, invraisemblable". C’est aussi, en fonction de ces critères, que la France est jugée. Mme Némirovsky est imprégnée de cette mauvaise littérature néoréaliste et bien pensante qui, dans les années 1920 et 1930, recueillait les lauriers littéraires. A la manière de Perrochon, Bourget, Maupassant, elle célèbre, dans la tradition faussement aristocratique des Goncourt, la laideur sans borne de la nature humaine par des ricanements insolents ou des insultes obscènes. Alors que les villes ont faim, à la campagne, "les enfants (de paysans) qui accompagnaient leurs mères (à un après-midi de charité) étaient tous gras et roses, gavés et barbouillés comme de petits porcs". Voici comment, dans cette même page, la vicomtesse de Montmort réagit à l’après-midi de charité (en fait, de solidarité en faveur des soldats français prisonniers en Allemagne) qu’elle a organisé : "Elle soupira, non de fatigue, mais d’écœurement. Que l’humanité était laide et basse ! Quel mal il fallait se donner pour faire palpiter une lueur d’amour dans ces tristes âmes. "Pouah !", se dit-elle tout haut, mais, comme le lui recommandait son directeur de conscience, elle offrit à Dieu les fatigues et les travaux de cette journée". Pendant que Mme Némirovsky, telle, au couvent, Emma Rouault, future épouse Bovary, se graissait les mains à la poussière des mauvais livres de ces écrivains honorés jadis et oubliés aujourd’hui, Joyce, Faulkner, Proust bouleversaient le vieil ordre du roman, en y réintroduisant l’ambiguïté humaine, l’ambivalence de la morale, une esthétique de l’indécidable ou du discontinu, en expulsant de leurs œuvres tout manichéisme et en reléguant l’idéologie au second plan ou tout à fait derrière, loin. Hélas, ce ne sont pas ces romanciers qui ont inspiré Mme Némirovsky, mais Mazeline.

En effet, Suite française est un roman idéologique, au sens où il assène un point de vue unique, partial, partiel, méprisant aussi, sur la tragédie que vit la France et, plus grave, sur la France. Ce n’est pas le monde tel qu’il est ou la France telle qu’elle se désagrège qui sont restituées, mais l’idée fruste et primaire ou mécanique que l’auteur s’en fait. Le comique est de la mécanique plaquée sur du vivant. De la même manière, on peut définir l’idéologie comme des idées toutes faites vissées sur le réel. Pour Mme Némirovsky, le réel n’a pas d’importance, il n’a même pas d’existence, elle l’efface derrière la forteresse de ses idées reçues et préconçues, sclérosées et étouffantes, haineuses et sèches. Ses personnages ne sont pas à l’image de personnes vivantes, réelles, humaines ; ce sont des pantins désincarnés. Ils n’errent, simples ombres de papier, entre les lignes que pour être les porte-parole d’une idée. Ils sont la France bourgeoise, la France aristocratique, la France paysanne, la France parisienne, la France provinciale, et toujours, de quelque classe qu’ils soient les étendards, ils sont les salauds de Français. Voici un autre portrait (page 286) de la vicomtesse de Montmort : "Naturellement, elle ne fréquentait pas les bourgeois du village ; elle ne les invitait pas plus chez elle que ses fermiers, mais, quand elle avait besoin d’un service, elle venait le demander à domicile, avec une simplicité, une ingénuité, une insolence naïve qui prouvaient qu’elle était bien "née". Elle arrivait en voisine, habillée comme une femme de chambre". Ou encore, page 288 : "Au début de la guerre, elle s’était montrée ardemment patriote et anti-allemande, non qu’elle détestât les Allemands plus que les autres étrangers (elle les englobait tous dans un même sentiment d’aversion, de défiance et de dédain), mais il y avait dans le patriotisme et dans la germanophobie, comme d’ailleurs dans l’antisémitisme et, plus tard, dans la dévotion au maréchal Pétain, quelque chose de théâtral qui la faisait vibrer". Dans ce brouet de haine, seuls les Allemands s’en sortent à leur avantage. Ils sont forts, cultivés, jeunes, énergiques ; ils sont les vainqueurs, ils dominent le monde, ils aiment la musique, ils apprécient ce qui est beau, ils sont désintéressés. Ils ont à foison tout ce qui fait défaut aux Français : sensibilité, goût, morale, courage, force, énergie.

Mme Némirovsky est née à Kiev, en Ukraine. Ses parents se sont réfugiés en France pour échapper aux pogroms et pour jouir d’une immense fortune, sur laquelle les bolcheviks rêvaient de faire main basse. Ce qui est désolant, ce n’est pas que ce roman, exhumé d’un âge esthétique révolu et de la pire des réactions, ait été publié (c’est un témoignage de la haine viscérale dont la France était accablée aussi bien outre-Rhin qu’en deçà du Rhin), c’est qu’il ait été couronné. Qu’est-ce que le jury Renaudot a voulu célébrer ? Une vision pitoyable de la France ? La vision qu’il partage avec l’auteur ? La mémoire de l’auteur ? Hélas, ce prix aura mis en lumière une facette peu ragoûtante de Mme Némirovsky, femme admirable et écrivain de talent (le talent a beau être gâché, il n’en est pas moins réel), que la France, hélas, n’a pas su protéger d’une mort horrible. En effet, dans les années 1930 et jusqu’à sa mort, Mme Némirovsky a publié des articles, des textes, des nouvelles dans Gringoire (journal xénophobe dirigé par Carbuccio et qui a cessé de paraître à la Libération), dans La Revue des deux mondes (revue nationaliste qui a eu pour collaborateur, entre autres, le Maréchal Pétain) et dans Candide (journal qui s’est rallié à la politique de Pétain en 1940). Le sordide de l’affaire est qu’on a fait passer pour "progressiste" cet écrivain, uniquement parce qu’il a été victime de la barbarie socialiste nationale. Il faut vraiment que les "progressistes" se soient abîmés dans le néant de la pensée pour user de ces subterfuges.

 

 

 

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04 mars 2006

Respect

 

Il y a deux ans, sur une maison d’une petite ville paisible de province, un graffiti en anglais intimait aux passants "Respect the African Race". Le crétin qui a maculé ce mur n’a aucune idée de ce qu’est l’Afrique : il n’y a pas, il n’y a jamais eu de "race africaine". Ou bien, s’il est africain lui-même, il borne l’Afrique à sa seule tribu. Ce qui est suspect dans african race, l’est aussi dans respect : non pas les emplois du nom respect ou du verbe to respect en anglais, mais la signification de ce nom en français et l’utilisation abusive qui en est faite aujourd’hui par les jeunes de banlieue ou leurs représentants ou ceux qui se prétendent tels ou les hommes politiques qui croient complaire à ces populations en répétant leurs mots fétiches et frelatés.

Dans le Dictionnaire de la Langue française, Littré donne à respect trois sens. Le premier est "considération, motif" ou "égard, relation, rapport". Dans ce sens, respect est sorti de l’usage : Littré précise qu’il est "vieilli". Le deuxième sens est celui qui est courant en français moderne. Littré le glose ainsi : "déférence que l’on a pour quelqu’un ou pour quelque chose". Dans le troisième sens, respect est suivi de l’adjectif humain et l’expression ainsi formée signifie "crainte qu’on a du jugement et des discours des hommes, mauvaise honte". Il semble que, dans ce sens, respect soit, comme dans le premier sens, désuet en français moderne. Ce n’est pas seulement le mot qui semble avoir disparu de l’usage actuel, c’est aussi le sentiment de "mauvaise honte" que le mot désigne. Il faut lire les romans publiés dans la première moitié du siècle dernier, ceux de Mauriac par exemple, pour rencontrer des personnages qui ressentent la "crainte qu’on a du jugement des hommes".

Dans le Dictionnaire de l’Académie française, quatrième édition (1762), il est indiqué que respect "signifie plus ordinairement, la vénération, la déférence qu’on a pour quelqu’un, pour quelque chose, à cause de son excellence, de son caractère, de sa qualité". L'important est "à cause de" : le respect se mérite. Les exemples qui illustrent ce sens sont "avoir du respect pour les choses sacrées, pour les choses de la Religion" ; "on doit porter honneur et respect à l’âge" ; "vous avez peu de respect pour le lieu où vous êtes" ; "on appelle lieu de respect un lieu où l’on doit être dans le respect"; "les Églises sont des lieux de respect, le Palais du Roi est un lieu de respect". Ce qui est digne d’être respecté, c’est le sacré ou ce qui est sacralisé : "les églises", "les choses de la religion", "le Palais du Roi", "les personnes âgées".

De cela, il ne faut pas inférer que ce qui fait le génie de la France soit la "déférence" ou la "condescendance mêlée d’égards" ou la vénération pour les puissants. Pour beaucoup de grands écrivains qui font l’éloge de l’irrespect et en ont chanté les vertus, le respect est suspect. Ils ne respectent pas le respect avec la même ferveur que les auteurs du Dictionnaire de l’Académie française. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les philosophes du XVIIIe siècle - Montesquieu : "rien ne servit mieux Rome que le respect qu’elle imprima à la terre" ; Voltaire : "j’ai toujours pensé que le respect des Chinois pour leurs ancêtres, qui est chez eux une espèce de religion, était une paralysie qui les empêchait de marcher dans la carrière des sciences" ; "cette saine philosophie qui a fait tant de progrès depuis quarante ans, philosophie sublime et circonspecte, qui apprend à ne donner que des respects extérieurs à toute espèce de grandeurs et de puissances, et à réserver les respects véritables pour les talents et les services" ; Buffon : "un respect aveugle serait superstition ; la vraie religion suppose au contraire un respect éclairé" ; Duclos : "le respect n’est autre chose que l’aveu de la supériorité de quelqu’un". Dans ces extraits, Le respect est une "paralysie" (Voltaire), une "superstition" (Buffon, le respect "aveugle"), une "tyrannie" (Montesquieu, à propos des victoires de Rome), "l’aveu" d’une "supériorité" (Duclos). De toute évidence, ces écrivains préfèrent l’irrespect au respect : plus exactement, leurs sentiments sont modulés en fonction de ce sur quoi ils portent. Ils expriment leur irrespect des "grandeurs" et des "puissances" (Voltaire). S’ils marquent de la déférence, c’est "pour les talents et les services" (Voltaire encore). Ce n’est pas la position sociale ou l’autorité qui impose le respect, mais les mérites.

Dans le Dictionnaire de la Langue française, Littré distingue, dans le mot respect, deux sens : "actif" et "passif". Pris dans un sens "actif", le respect est le sentiment de déférence "ressenti par quelqu’un" ; au sens "passif", c’est le respect "ressenti pour quelqu’un ou quelque chose". Dans le graffiti "Respect the African Race", il est exigé, non pas que les Africains s’imposent à eux-mêmes le devoir de respecter les autres, la loi, la France, l’Afrique, les Français, leurs hôtes, les femmes, et je ne sais quoi d’autre, mais que les Français, puisque ce sont eux qui sont interpellés, éprouvent du respect pour les Africains (la race africaine), quoi que ceux-ci fassent ou aient fait, disent ou aient dit, quels que soient leurs mérites, uniquement parce qu’ils sont africains. S’ils avaient ressenti eux-mêmes le respect, le sens serait "actif". Comme ils exigent des autres qu’ils le ressentent, le sens est "passif". L’auteur de ce graffiti exige d’être respecté de celui dont il souille la maison. Il impose le respect à ceux dont il ne respecte même pas les biens. Ce "respect" forcé et contraint n’est qu’une imposture.

Ce que disent les philosophes du XVIIIe siècle, c’est que le respect, pour qu’il soit respectable, doit être actif : c’est un devoir que chacun s’impose à soi-même. Dans les autres cas, l’irrespect est préférable. Le respect au sens passif est une vénération que tel ou tel impose arbitrairement en faveur de quelqu’un ou de quelque chose : "sa" religion, "sa" race, "son" Dieu, "son" prophète, "son" chef, "sa" famille, etc., non pas, parce que ces choses ou ces personnes méritent d’être respectées, mais parce qu’elles appartiennent à celui qui ordonne. C’est le germe de la tyrannie. C’est pour cette raison de fond que Fontenelle critique le respect : "La seconde chose qui favorise beaucoup les erreurs est le respect de l’antiquité ; nos pères l’ont cru ; prétendrions-nous être plus sages qu’eux ?".

On impose le respect par la force, la menace, le chantage, la crainte, etc., mais on prend soin de s’en exonérer.

03 mars 2006

Nationalisme, nationaliste

 

 

 

 

Jacques Rossi, ce Français polyglotte qui fut un agent actif de l’Internationale communiste pendant une dizaine d’années, a été condamné en 1937 à cinq années d’internement au Goulag, puis à vingt années supplémentaires, pour avoir "espionné" la patrie soviétique au profit de la France et de la Pologne. Il n’a pu quitter l’URSS pour la Pologne qu’en 1961 et il a retrouvé son pays, la France, à la fin des années 1980. De son expérience, il a tiré un ouvrage admirable, Le Manuel du Goulag, écrit en russe, traduit d’abord en anglais, et dont une version française réduite a été publiée en 1997 au Cherche Midi. Dans cet ouvrage, qu’il présente sous la forme d’un dictionnaire encyclopédique, Rossi examine les mots, les idées, les faits du communisme. Il n’est pas de mensonge qui résiste à l’examen : les mots du communisme, qui forment la TFT ("toufta") dissimulent les réalités les plus atroces. Leur seule raison d’être est de nier les crimes commis.

Le Manuel du Goulag comprend l’article nationalisme (ou nationaliste) bourgeois que voici : "Dès le lendemain du coup d’Etat bolchevique de 1917, on trouve dans les prisons et dans les camps des gens condamnés pour "nationalisme bourgeois". Si au début il y a parmi les coupables des Russes de "race pure", à partir du début des années 1920, on ne rencontre plus parmi eux que des non russes. L’auteur, qui a connu des dizaines d’établissements pénitentiaires soviétiques de 1937 à 1958, n’a jamais rencontré de Russe avec ce chef d’accusation. En revanche, le nombre de nationalistes bourgeois non russes n’a cessé d’augmenter". Après 1945, même des Japonais ont été condamnés au Goulag. Ils résistaient à la tyrannie, ils ont été contraints aux travaux forcés. Sous l’inculpation de nationalisme, se cache le racisme : le nationaliste, c’est l’autre. Ce n’est pas le bourreau, c’est la victime. Au Goulag, les nationalistes sont donc des hommes et des femmes qui ont résisté, par la désobéissance ou en faisant preuve de mauvaise volonté, aux armées qui avaient envahi leur pays. Avant d’être condamnés ou exécutés, ils ont été étiquetés ennemi du peuple, bourreau de l’humanité, nationaliste bourgeois ou Finlandais blanc. Ce dernier terme, précise Rossi, "apparaît lors de la tentative d’annexion de la Finlande par l’URSS en 1917-1918, et réapparaît en 1939, au moment de l’agression de la Finlande par les Soviétiques". L’accusation justifie une vaste purification ethnique.

Littré ne consacre aucun article à nationalisme, bien que ce mot soit attesté pour la première fois en 1798, près de trois-quarts de siècle avant qu’ait été publié le Dictionnaire de la langue française. Dans le Trésor de la Langue française (1972-1994), il est consacré un assez long article à nationalisme. Le nationalisme est entendu dans un sens qui varie suivant les lieux et les moments, tantôt favorable, tantôt très défavorable. En 1798, l’abbé Barruel, qui était hostile aux Jacobins, le définit comme "l’exaltation du sentiment national". Pour lui, le mot est péjoratif. Il a le sens de "chauvinisme" ou de "xénophobie". Quelques années plus tard, en 1834, il est attesté chez Lamartine dans le même sens, mais le nationalisme est jugé positif. Ce n’est plus une opinion criminelle. En 1865, il est employé au sens positif "d’aspiration à l’indépendance politique et économique d’une nation opprimée" (Dictionnaire Larousse du 19e).

Le nom nationalisme est donc problématique, dans la mesure où le sens premier en relation avec l’article 3 de la Déclaration de 1789 (à savoir "le principe de souveraineté réside essentiellement dans la nation", la nation étant le seul souverain) fait l’objet de jugements opposés. Ainsi, la même "exaltation du sentiment national" est tantôt un crime, tantôt une noble inspiration. En dépit de leur objectivité apparente, les auteurs du Trésor de la Langue française prennent pourtant parti. Il n’est pas d’autre jugement que tranché et binaire : le moyen terme est inconcevable. Il n’y a pas de dégradés entre le blanc et le noir. Ou bien le nationalisme est le "courant de pensée, après la Révolution française, fondé sur la sauvegarde des intérêts nationaux et l’exaltation de certaines valeurs nationales" ; ou bien il "exalte les caractères propres, les valeurs traditionnelles d’une nation considérée comme supérieure aux autres et qui s’accompagne de xénophobie et/ou de racisme et d’une volonté d’isolement économique et culturel". C’est le progrès ou la régression, la marche en avant ou le retour en arrière, le moderne ou l’archaïque, le jacobinisme ou l’extrême droite. Les citations qui illustrent ces acceptions sont tirées d’ouvrages écrits par des marxistes qui, s’ils avaient été soviétiques, auraient envoyé sans hésiter les résistants polonais, baltes, ouzbeks, ukrainiens, etc. au Goulag. La Nation (Editions sociales, 1979) est cité deux fois. L’auteur, le dénommé Martelli, n’est pas écrivain. C’était dans les années 1970 l’idéologue attitré, en sa qualité d’agrégé, du Parti communiste, qui a toujours nié que des millions d’innocents aient été envoyés à la mort dans les glaces de Sibérie et que des millions d’autres innocents aient été exterminés. Ce pedigree apparaît dans les jugements exprimés : "dans son premier sens le nationalisme est (...) marqué dans un sens révolutionnaire et se confond avec la conscience nationale révolutionnaire (encore convient-il de noter que la référence nationale sert de justificatif dans la phase d'expansion territoriale et de conquête, pendant la Révolution elle-même)" et "le nationalisme organisé en partis politiques tend (...) à exprimer des politiques de droite, à justifier la remise en cause des acquis républicains (...) et, plus largement, à justifier idéologiquement la politique d’expansion de l’impérialisme français (le nationalisme s’articule alors aux idéologies élaborées dans le cadre de la politique d’État)". De même, sont cités le marxiste ou marxisant Jaurès ("la nation demande son salut aux conceptions les plus rétrogrades, à la politique la plus détestable et au plus stérile et avilissant nationalisme"), le progressiste Durkheim ("tout retour d’un nationalisme étroit a toujours pour conséquence un développement de l’esprit protectionniste, c’est-à-dire une tendance des peuples à s’isoler, économiquement et moralement, les uns des autres"), l’écrivain Guéhenno à propos du citoyen de la cité ouverte et tolérante de Genève qu’était Rousseau ("Jean-Jacques est (...) l’annonciateur du pire nationalisme (…) ; le mot nation est à toutes les pages : Jean-Jacques l’emploie avec une ferveur et une autorité prophétique et qui fait peur"), Roger Martin du Gard qui, par pacifisme, s’est rapproché des communistes ("la presse est à la solde des nationalismes (…) ; pour masquer leurs convoitises, tous les gouvernements ont besoin d'une presse mensongère qui persuade à leurs peuples qu'en se massacrant les uns les autres, chacun d’eux se sacrifie héroïquement à une cause sainte, à la défense sacrée du sol"). Le seul nationalisme qui trouve grâce aux yeux des auteurs du Trésor de la langue française est celui des pays du tiers-monde, bien que, dans ces pays, la prise du pouvoir par les nationalistes se fût accompagnée d’une épuration ethnique et de l’expulsion, par la menace ou violemment, de ceux qui n’étaient pas conformes à l’idée étroite ou ethnique (c’est-à-dire raciale, pour ne pas dire raciste) que ces nationalistes se faisaient de leurs concitoyens. La partialité atteint son acmé dans cette citation : "Acceptation d’un déterminisme, ce nationalisme exalte (...) la volonté de combattre tous ceux qui s’opposent au salut de l’État... Il ne se présente pas comme une opinion, mais comme l’évidence d’une condition que seuls nient les imbéciles et les criminels ; d’où son fanatisme, caractéristique des doctrines qui énoncent une fatalité de l’histoire".

Rien n’est dit de l’élimination par l’URSS de centaines de milliers de Polonais, Ukrainiens, Lettons, Estoniens, Lithuaniens, Ouzbeks, Tchétchènes, Japonais, etc. Il n’a donc servi à rien que les dissidents soviétiques aient mis en lumière que l’accusation de nationalisme dissimulait l’élimination des opposants. Il est vrai que les lexicographes de France n’ont pas fait ce long séjour au Goulag qui leur eût peut-être ouvert les yeux.

02 mars 2006

Mythologies intellotes 6

 

La langue fasciste

 

 

En 1974, cela faisait plus de trente ans que le fascisme, qui n’avait jamais touché la France, était mort en Europe de l’Ouest. A la bonne heure, il a été ressuscité. Barthes l’a sorti des oubliettes. Chassé du réel, il a été intégré à la langue et à la langue d’abord, avant d’être diffusé dans toute la France, où il est étranger et où il a pu contaminer les esprits. "La langue... n’est ni réactionnaire, ni progressiste ; elle est tout simplement : fasciste ; car le fascisme, ce n’est pas empêcher de dire, c’est obliger à dire". En 1977, Barthes déclare au monde : "Dès qu’elle est proférée, fût-ce dans l’intimité la plus profonde du sujet, la langue entre au service d’un pouvoir (...) Parler, ce n’est pas communiquer, comme on le répète souvent, c’est assujettir : toute la langue est une rection généralisée".

Certes, c’est la langue en général qui est ou serait fasciste ou germe de fascisme. Dans les faits, c’est la seule langue française qui en est accusée, Barthes s’étant bien gardé, lors des nombreux séjours qu’il fit au Maroc, d’accuser l’arabe d’être fasciste. On ne sait s’il agit ainsi sur les conseils de Dame Prudence ou sur les ordres de Messire Aveuglement, comme il s’est bien gardé, entre 1940 et 1945, alors qu’il était dans la force de l’âge, de combattre réellement par les armes ou par l’action militante, les fascistes, les vrais, ceux dont l’objectif était de nettoyer la France de tous les insectes nuisibles qui la contaminaient.

"Le langage est une législation, la langue en est le code. Nous ne voyons pas le pouvoir qui est dans la langue, parce que nous oublions que toute langue est un classement, et que tout classement est oppressif : ordo veut dire à la fois répartition et commination". L’assertion est si absurde et si peu dérangeante qu’elle n’a pu avoir été assénée que par un esprit dérangé. Le problème - car il y en a un - tient à ce qu’elle a été proférée en 1977 du Collège de France, qui est le repaire de l’élite. Barthes n’est pas le patient ordinaire d’un asile d’aliénés. Il est intello, professeur, essayiste, admiré, critique, linguiste, loué, sémiologue de l’image, journaliste, écrivain - pardon scripteur -, spécialiste de théâtre national populaire, de Brecht, des écritures bourgeoises, du degré zéro de l’écriture, des mythes modernes, du Tour de France, de Poujade, du décapage des idées reçues, de Sade, de Loyola, de Fourrier, de Racine, de la langue classique, du texte, de Hjelmslev et de Saussure, de Paris Match, du désir, de Japon, de l’avant-garde, de Tel Quel, de contre écritures, de sémiographie, de Michelet, de subversion, de Balzac (Honoré, pas Guez), de Sarrazine - que sais-je encore ? : du décryptage des photos en noir et blanc et de la rhétorique des publicités de Panzani, etc. La liste n’est pas close. Pourquoi ne serait-il pas aussi expert en langue fasciste ? Barthes n’est pas le seul à avoir asséné cette énormité. Avant lui, Foucault, du même Collège, enseignait que le discours formait l’armature des dispositifs de pouvoir. Après lui, le léniniste Bourdieu, du même Collège, découvrait dans le fascisme la justification des accusations qu’il portait contre la langue légitime (id est le dialecte parisien), la culture, l’école, la démocratie, l’Université, fascistes elles aussi à n’en pas douter.

Pour Barthes, la langue force les sujets parlants à suivre des règles qu’ils n’ont ni élaborées, ni votées. S’exprimer, c’est donc cesser d’être "citoyen". Tout mot étant régi par un autre mot (nom, verbe, préposition, adjectif), il y a entre les mots recteurs et les mots régis une hiérarchie qu’il juge semblable, à la suite d’une aberration mentale dont on se demande pourquoi elle n’est pas critiquée, à la hiérarchie qui prévaut dans les sociétés injustes entre les puissants et les faibles ou entre les dominants et les dominés. Que la langue soit organisée n’est pas imaginaire, seule l’interprétation qui en est faite l’est. Les règles, la rection, l’ordre s’imposent à tous, rois, esclaves, professeurs, écrivains. Il n’y a rien de fasciste dans cet "ordre", sans lequel il serait impossible de dire quelque proposition sensée que ce soit.

L’accusation insensée de fascisme a été portée d’abord contre le français classique, cet idiome qu’auraient imposé la monarchie, l’Etat et l’Eglise, l’ordre royal, etc. Barthes a cru en découvrir les racines dans l’article 111 de l’Ordonnance de Villers Cotterets (1539), dans la fondation de l’Académie Française, dans le purisme grammatical des années 1620-1650. Or les faits infirment ce roman noir. Au XVIe siècle, la langue du pouvoir n’est pas le " langage maternel français " (article 111 de l’Ordonnance de 1539), mais le latin, langue de domination, d’empire, de vérité théologique, la seule langue qui soit digne d’être étudiée. Dans les années 1620-1660, Vaugelas, Guez de Balzac, Malherbe, les grammairiens et les écrivains puristes ont chassé de la langue les impuretés, grossièretés, injures, constructions ambiguës, obscurités de sens, etc. Ils voulaient que la langue ne serve plus à attiser les haines inexpiables qui se sont assouvies dans les meurtres de masse des guerres de religion. Enfin, en décrétant que, dans la langue, le seul souverain était l’usage, ils ont retiré au pouvoir la domination sur la langue. Même le Souverain s’y plie. Le français n’est pas, comme l’affirme Barthes, un instrument au service du pouvoir absolu et centralisé, mais le lieu d’un contre-pouvoir qui a arraché au pouvoir unique des libertés publiques dont les Français ont bénéficié pendant trois siècles.

L’accusation de fascisme ne recèle que des commodités. Il n’est pas besoin de l’étayer, elle est reçue sans preuves. Enoncée du haut d’une chaire, par une autorité instituée, elle se mue en Vérité. Voilà donc la langue mise en examen, chargée de péchés sans nom, inculpée d’une litanie de crimes. Elle est ou elle serait l’instrument du Pouvoir de l’Etat ou du Capital, la marque de la bourgeoisie vorace, une source d’abus, le sceau de la tyrannie, la chape de béton qui condamne les opprimés au silence, etc. Le péché originel, auquel les théologiens ne croient plus, a été revivifié, ressuscité en quelque sorte, inscrit dans la langue.

De même, en dépit de leur violence, les attaques que les écrivains dits d’avant-garde, dont Sollers et les membres du groupe Tel Quel, ont lancées dans les années 1960-70 contre la langue française ne vont pas au-delà d’une farce de potaches, anodine et stupide. Les boules puantes jetées dans les salons ont amusé les bien pensants. Les mauvaises odeurs dissipées, que reste-t-il du remplacement des signes ,. ? : par les mots virgule, point, point d’interrogation, deux points ? A vrai dire, rien. Tout est enfoui au fond de lourdes malles et oublié. Désormais, dans les articles qu’il vend au journal de la révérence vespérale, Sollers ponctue ses phrases en y mettant l’application bornée d’un lauréat cantonal du certificat de fin d’études primaires. Quant à Lénine et Mao, il les a expulsés sans ménagement du Panthéon, leur préférant désormais, ce en quoi il n’est pas si fou qu’il en a l’air, le pape Jean-Paul II. Le changement de titre de la revue où il officie, du formaliste Tel Quel au mystique L’Infini, résume le virage à cent quatre-vingts degrés pris par l’avant-garde anti-fasciste dans les années 1980, au risque calculé de se retrouver tout à l’arrière-garde, loin derrière la grande armée progressiste.

De la même manière, à peine énoncée, l’accusation fasciste s’effondre, tant elle est absurde, et elle se retourne même contre ceux qui la portent. Si le fascisme se reconnaît à la présence obligatoire d’un article devant un nom, Barthes est de la secte haïssable. Certes, estampillé vérité, répété dans les universités, les lycées, les collèges de France, le fascisme dont la langue a été accusée a causé des dégâts. Fasciste, la langue a été combattue. On ne compose pas avec l’ennemi. L’enseigner, ça aurait été propager une idéologie de mort. François 1er a consacré le Collège de France au savoir. Des siècles plus tard, des maîtres à penser l’ont voué au désavoir. A la maîtrise de l’écrit, aux normes, à la raison de la langue, à l’expression cohérente, au respect des règles, sans lesquels le savoir reste lettre morte, ont été préférés l’incorrect, le marginal, l’anomique des parlers jeunes, du verlan, des sabirs banlieue, du charabia javanais ou des orthographes phonétiques, etc., qui, étant censés subvertir la langue, ont été érigés en modèles. On entrait en résistance sans risquer quoi que ce fût, même pas sa carrière, puisque les autorités issues du 10 mai 1981 ont tout cautionné.

La langue bannie, il ne reste que la violence physique, la haine viscérale des femmes, les insultes grossières, les tags informes marquant un territoire à la façon de l’urine de chien, les slogans racistes, les pogroms et les ratonnades. Chassé par la porte, le fascisme revient par les baies de l’école ouverte, d’où la langue s’est évanouie. Bien entendu, la "langue antifasciste" a été imposée aux seuls enfants de pauvres travailleurs et d’opprimés, les sommités du Collège de France, de l’Université, du CNRS, de l’EHESS, du Monde, du Nouvel Observateur, de Libération ayant exigé que leurs enfants sachent les bonnes règles de grammaire, suivent les vieilles normes de l’orthographe, soient initiés aux lois surannées de l’expression élégante, dont la maîtrise assure une belle carrière dans l’Etat, dans les grandes entreprises privées ou publiques, dans la pub, la com, les media. Le seul effet de cette prétendue révolution a été d’écarter de la course aux emplois lucratifs des milliers d’enfants de pauvres, dont le seul tort est d’avoir cru à la farce fasciste de leurs maîtres. Grâce à cette sélection féroce, la progéniture gâtée des sommités de l’université, des media, de la recherche, du bien penser, etc. a été préservée de toute vraie concurrence et, seule, elle a accédé aux sinécures ou aux prébendes.

Si Sollers, Barthes, Bourdieu, Roche, Bataille et autres ont voulu détruire la langue, c’est parce que les linguistes les ont persuadés qu’elle n’est qu’un "outil" ou un "moyen". Ces mots font de la langue un simple instrument, comme le sont la faucille et le râteau. La tenant pour un outil, comme si elle était un marteau, ils se sont crus autorisés à l’attaquer. Détruire un tournevis ne porte pas à conséquence. Pourquoi en irait-il autrement de la langue ? Or, la langue n’est pas un outil de communication, ou, si elle l’est ou si elle est définie ainsi, c’est par des idéologues prêts à tout pour avoir prise sur autrui. L’accusation fasciste n’a de sens que dans cette conception fruste. Barthes n’aurait pas accusé la langue de fascisme et Sollers n’aurait pas tenté de la détruire, s’ils avaient pensé (mais en étaient-ils capables ?) que la langue pût être autre chose qu’un moyen. L’accusation fasciste et la destruction sont les bâtards de la réduction de la langue à la seule fonction de communication.

La langue n’est pas un outil ou, si elle l’est aussi, elle ne l’est que de façon accessoire. Elle donne une réalité aux révoltes, à l’être, aux identités singulières, à l’Autre, aux choses du monde. Les hommes ont conscience qu’il existe hors d’eux des réalités, parce qu’ils usent de mots qui les désignent. La langue est l’ordre symbolique par excellence. Ce qui fait la langue et y donne une raison d’être, ce n’est pas l’influence que x exerce sur y, ce n’est pas le lien que la langue noue ou nouerait entre les hommes, ce n’est pas la société qu’elle institue ou instituerait, comme le croient les naïfs, hantés par le fantôme des communautés primitives, c’est la possibilité qu’elle offre aux hommes, qui qu’ils soient, de référer aux réalités du monde, de désigner les choses, les entités fictives, les êtres, présents ou absents, d’avoir prise sur la réalité. Ce qui fait la langue et la fonde, c’est la relation instable, fragile, toujours à reconstruire, qui lie les mots aux choses et grâce à laquelle il est possible de placer les réalités au cœur de ce qui est dit, dans les discours.

Si la négation de la langue se limitait à la violation de règles ou à l’accusation de fascisme, il n’y aurait pas lieu de s’alarmer outre mesure des attaques qui la visent, mais qui ne mettent pas en péril l’ordre symbolique. Or, la négation nie la latitude dont nous jouissons de sortir de la langue et fait en sorte que nous en soyons empêchés. Elle empêche de référer les mots à des réalités du monde.

Dans Le sentiment de la langue, Richard Millet, après avoir examiné les points essentiels du programme de Sollers, à savoir : nier la langue "en tant que telle", la mettre "à mort", la ruiner "dans sa syntaxe et son esprit", les qualifie d’Auschwitz de l’esprit. Un si j’ose dire atténue la violence de cette métaphore. Il est indécent, comme Richard Millet en a conscience, d’assimiler les "menées contre la langue" à des crimes contre l’humanité et de qualifier de génocidaires les illusions de jeunes gens gâtés qui s’autorisent, par le titre écrivains qu’ils se donnent, à transférer la lutte des classes du périmètre hostile des usines au champ paisible de la langue. La métaphore est impropre si elle qualifie les farces de ces potaches. Mais, si elle désigne la lente destruction de l’ordre symbolique, qu’attestent la nouvelle langue française et les manipulations de signes, elle dit clairement que, comme les colonnes de civils pendant l’exode de 1940, comme la ville de Guernica, comme les "races" jugées inférieures, comme les classes sociales dites nuisibles, la langue est la cible d’attaques qui sapent, détruisent, nient le symbolique qu’elle fonde.