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05 janvier 2007

Moyenner

 

 

 

 

 

Ce verbe français et de formation française (dérivé du nom moyen) n’est plus en usage que sous la forme moyennant, préposition ayant pour sens "en contrepartie de" ou "au prix de". Pourtant, il est relevé dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie française (de 1694 à aujourd’hui) et dans tous les dictionnaires de langue. Il est attesté pour la première fois à la fin du XIIe siècle dans le sens, disparu en français moderne, de "atteindre le milieu de" (moyenner sa vie, ses jours) et à la fin du XIVe siècle dans un autre sens disparu "diviser en deux". Le sens qui s’est maintenu en français apparaît au début du XIIIe siècle : c’est "se procurer ou procurer quelque chose" grâce à la médiation de quelqu’un.

Dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française, ce sens est exposé, parfois dans les mêmes termes : "procurer quelque chose par son entremise" (1762, les exemples cités sont "moyenner un accommodement", "moyenner une entrevue, une réconciliation entre deux personnes", "moyenner un accord entre les Princes") ; "procurer quelque chose par son entremise" (1932-1935, les exemples cités sont "moyenner un accommodement, une entrevue, une réconciliation entre deux personnes") ; "ménager, procurer par son entremise" (en cours de publication : "moyenner un accommodement"). D’une édition à l’autre, les exemples se font moins nombreux et plus courts – indice certain d’une désuétude croissante. En 1762, les Académiciens précisent que moyenner "vieillit" ; en 1932-35, qu’il "est vieux" ; dans l’édition en cours de publication, ils se contentent de la mention vieilli.

Les auteurs du Trésor de la Langue française confirment la mention vieilli. La définition qu’ils donnent est plus explicite et plus complète. Moyenner, selon eux, c’est "mener des tractations pour un arrangement entre deux parties". Le synonyme en est arranger. Le sens est illustré par les exemples suivants : "ils avaient admis dans la société deux éléments inconciliables, entre lesquels ils ne pouvaient que moyenner des arrangements, et jamais les amener à une union intime" (Destutt de Tracy, 1807) ; "on a essayé l’autre jour de moyenner une réconciliation entre Walewski et Morny" (Mérimée, 1862) ; "le roi, qui depuis cinq ou six mois devenait chaque jour plus ennemi des résolutions décisives, avait envoyé son fils chez le ministre des finances afin de moyenner un raccommodement avec le vieux maréchal" (Stendhal, 1835). Est relevé aussi, en remarque, le nom moyenneur, mentionné comme vieux et dont le sens serait "personne qui s’entremet, qui mène une tractation". Sainte-Beuve l’emploie : "la méthode de cet artificieux Bouillon, c’est de se rendre nécessaire de tous côtés, de nouer avec tous, puis de retenir tous les fils dans sa main, et de rester, en fin de compte, le maître et le moyenneur des situations" (1856).

Le seul auteur de dictionnaire qui ne fasse pas précéder la définition de moyenner ("procurer par entremise, par secours") de la mention vieux ou vieilli est Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-1872). En revanche, à la différence des Académiciens, il cite l’expression dont il précise qu’elle se dit populairement : "il n’y a pas moyen de moyenner", au sens de "la chose est impossible", et qui est attestée en français dès 1640. Les auteurs du Trésor de la Langue française la relèvent aussi et la font précéder de la mention familier : "il n’y a pas moyen de moyenner", au sens de "il est impossible d’arriver à un résultat".

Ce verbe et le dérivé moyenneur pourraient être rétablis dans l’usage contemporain. Les occasions de les employer ne manquent pas, surtout dans le social, où tout se négocie, où médiation, transaction, accommodement sont la règle et où la bonne gouvernance fait du compromis un idéal. Leur ancienneté et le sens précis qu’ils ont toujours eu les rend préférables, du point de vue verbal, à médiateur, jouer (faire le) au médiateur, médiation, série à laquelle il manque un verbe qui serait le pendant de moyenner (médiatiser ?). A la différence de médiateur, moyenner n’a rien de christique : il n’a donc pas sa place dans la langue moderne, ne pouvant pas nimber d’une auréole mystique, même amuïe, le social.

 

 

 

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