Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08 janvier 2007

Excommunier, excommunication

 

 

 

 

Voilà deux mots, un verbe et le nom qui en dérive, qui disent clairement ce que sont la communication et son avatar moderne de com. : en particulier, le lien qui unit étroitement la communication à la communion. Excommunication est, sous la forme excommunicatio, un mot latin de la vieille chrétienté européenne. Il a pour sens, dès qu’il apparaît en français, à la fin du XIIe siècle, "interdiction de communier" et, de fait, "exclusion de la communauté chrétienne". A partir de 1789, le mot s’étend aux réalités de la société autres que religieuses ou de l’Eglise, ce qui est dans l’ordre des choses, puisque Société est devenue la nouvelle divinité et Social son église. Pourtant, ce sens n’est relevé dans les dictionnaires que depuis une date récente. Dans la quatrième édition (1762) du Dictionnaire de l’Académie française, excommunication a un seul sens religieux : "censure ecclésiastique par laquelle on est excommunié". L’excommunication majeure ("qui retranche entièrement de la communion de l’Église et de toute communion avec les fidèles") est distinguée de la mineure ("qui interdit seulement l’usage des sacrements"). Dans le Dictionnaire de la Langue française (1863-1872), Littré la définit ainsi : "punition ecclésiastique séparant quelqu’un de la communion extérieure d’une Église, c’est-à-dire du corps de ceux qui la composent". L’excommunication se fulmine, écrit Littré. Dans la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française, c’est "la censure ecclésiastique par laquelle on est retranché de la communion de l’Église".

C’est dans le Trésor de la Langue française (1972-94) que le sens social d’excommunication est relevé : "exclusion d’une société, d’un parti, comportant privation des droits et avantages octroyés aux membres de cette société, de ce parti". Un exemple extrait de Camus Albert l’atteste : "la révolution triomphante doit faire la preuve par ses polices, ses procès et ses excommunications, qu’il n’y a pas de nature humaine" (1951). Dans le Trésor de la Langue française, un sens figuré est relevé : "fait de rejeter, d’exclure quelque chose comme n’étant pas conforme à un modèle, à une éthique". Le synonyme en est condamnation. Dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication), ce sens étendu est relevé : c’est "l’exclusion d’un groupe, d’une communauté, d’un parti", comme dans l’exemple "un parti où l’on brandit facilement l’excommunication".

L’extension du sens d’excommunication au social confirme un phénomène. La Société étant devenue le Dieu unique de notre temps, il est dans l’ordre des choses qu’elle emprunte ses mots à la religion amuïe et qu’elle a remplacée.

 

Ce qui se lit dans excommunication et excommunier, ce verbe ayant le sens précis de "action de retrancher de la communion de l’Eglise" (Dictionnaire de la Langue française de Littré), c’est une proximité formelle et sémantique, qui n’étonne pas ceux qui savent comment va le monde moderne, entre la communication et la communion. La première est l’usage qui est fait de la langue ou de la parole dans la société ; c’est la langue réduite à sa fonction sociale. Il était naturel qu’elle devienne, là où le social est roi, le nec plus ultra, l’horizon indépassable, le sésame qui ouvre les portes de l’interprétation, la clé de l’herméneutique moderne, le béaba de l’action politique, la condition sine qua non d’une carrière réussie de politicien et, sous la forme de la com., la pompe à aspirer le fric des chefs d’entreprise naïfs ou de l’Etat gogo. Elle a remplacé la vieille communion. Le social n’est plus dans la communion des fidèles, lors du sacrifice de la messe, ou dans le souvenir du Christ, ce qu’il a été en Europe et en France pendant des siècles, mais dans la communication : c’est-à-dire dans la communion autour du fric facile, non pas le fric gagné par le travail, mais le fric accumulé par milliards de $ ou d’€ grâce la manipulation des symboles, des mots, des signes, des images. Remplacée par la communication, la communion a changé de visage. Elle n’est plus mystique ou spirituelle : elle est dévotion au Veau d’or.

 

 

 

Les commentaires sont fermés.