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15 janvier 2007

Animation

 

 

 

 

 

 

Dans le Dictionnaire illustré latin français de M. Gaffiot, animatio est traduit par 1) "qualité d’un être animé" et 2), au sens figuré, "ardeur". Dans le sens 1), il tient au nom anima (féminin) "souffle vital, âme" ; dans le sens 2), au nom animus (masculin), "ensemble des facultés de l’âme", "esprit". Ces deux sens se retrouvent dans animation. Au XIVe siècle, est attesté le sens de "principe vital, force qui donne la vie" ; au XVe siècle, le sens de "colère, emportement".

Dans le Dictionnaire de l’Académie française, jusqu’à la fin du XIXe siècle, seul le premier sens est relevé. En 1762, les Académiciens (quatrième édition) en font un "terme didactique", qui appartient à la théologie – chrétienne, est-il besoin de le préciser, pas de l’Autre. C’est "l’union de l’âme au corps", en particulier dans le fœtus. Le seul exemple cité est "l’animation du fœtus". Ce sont les deux premiers sens que relève Littré dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1872) : "action d’animer, de donner de la vie" et "en particulier, union de l’âme au corps dans l’embryon humain" (exemple "l’animation du fœtus"). Dans les huitième et neuvième éditions du Dictionnaire de l’Académie française, le sens particulier d’animation du fœtus n’est plus exposé, alors qu’il l’est dans le Trésor de la Langue française, sous la rubrique théologie, "le fait de l’union de l’âme à un corps organisé" et qu’il est illustré de trois exemples : "Le corps est animé dès que l’âme vient en lui" (in Théologie catholique, 1909) ; l’habituelle "animation du fœtus" ; un autre extrait de la Théologie catholique de 1909, "les partisans de l’animation immédiate affirment que c’est au moment même de la conception que l’âme est créée et unie au corps. Les partisans de l’animation médiate retardent l’entrée de l’âme dans le corps et la fixent à l’époque (...) où le corps est construit, du moins dans ses organes principaux".

Le second sens est relevé dans le Dictionnaire de Littré : c'est "vivacité, chaleur" et il est illustré d’un seul exemple du cru de ce lexicographe : "l’animation qu’il met dans ce qu’il dit . C’est sur ce sens que s’étendent les Académiciens en 1935 : "il désigne aussi figurément la vivacité, la chaleur que l’on met à faire une chose", comme dans "l’animation de ses gestes", "il parle, il discute avec animation", "mettre de l’animation dans une réunion", "l’animation d’une ville". Dans la définition, telle qu’elle est exposée dans la neuvième édition, en cours de publication, du Dictionnaire de l’Académie française, ce mot, qui a été longtemps propre à la théologie, est presque uniquement social. Le sens théologique, cité en premier, est précédé de la mention vieilli : c’est "l’action d’animer ou résultat de cette action". Il est illustré de l’exemple "l’animation de la matière par le souffle de Dieu". Les autres sens relèvent du social. C’est " la vivacité, la chaleur, l’entrain que l’on met dans une action, un geste, un mouvement". Exemples : "il mettra un peu d’animation dans le débat", "discuter avec animation", "l’animation d’un orateur à la tribune". C’est encore "l’activité, le mouvement dans un lieu, dans un groupe", comme dans "l’animation des fêtes foraines", "l’animation de la foule un jour de marché". Enfin, le quatrième sens est celui du cinéma : "film d’animation, film mettant en scène divers personnages tels que poupées ou marionnettes, animaux fabriqués ou même objets, dont les modifications successives donnent, à la projection, l’illusion du mouvement".

Dans le Trésor de la Langue française, le premier sens du nom animation, celui qui date du XIVe siècle et qui est propre à la théologie, est précédé de la mention rare. C’est "l’action de communiquer ou de posséder la vie", comme dans la phrase de Volney (1791) : "Dieu fut l’esprit vital qui, répandu dans tous les êtres, anima le vaste corps du monde". Les autres sens se rapportent, quand ils ne sont pas propres au visage ou aux gestes d’une personne, aux réalités sociales : rue, ville, grands centres de commerce, bourse, banques, immeubles commerciaux, etc. Il est donc dans l’ordre des choses que la sociologie s’approprie l’animation : "en méthodologie des sciences psychologiques et sociales, l’animation est la propriété générale des méthodes de conduite des groupes, méthodes qui ont pour but d’accroître la participation et de favoriser la progression du groupe vers ses objectifs" (Mucchielli, 1969). Le social, comme la théologie, exige que soit insufflée de l’âme dans les choses, non pas un souffle divin, mais le souffle du politique ou de l’idéologique. Citons un aménageur de grands ensembles d’habitation (on désignait ainsi dans les années 1960 et 1970 les clapiers ou les cages à humains) tout entier confit en social : "il ne suffit pas de fonder des maisons, voire des centres de jeunesse pour subvenir aux loisirs extra-sportifs au sein du périmètre d’habitat, mais (...) il faut rendre ceux-ci attrayants et les faire fonctionner sous l’impulsion de "meneurs de jeu". C’est en fait une profession nouvelle qui se crée, tenant du moniteur de colonies de vacances, de l'éducateur sportif, du metteur en scène, etc. Il faut donc une équipe d’animation avec des camarades plus âgés, engagés dans une activité professionnelle qui assure à titre de référence leur droit à guider. Il faut enfin un chef. Pour le moment, on ne saurait faire appel qu’à des animateurs bénévoles" (1963). Il suffit de constater ce que sont devenus ces grands ensembles d’habitation pour estimer à sa juste valeur – proche du rien – ce que les experts en sciences sociales et en aménagement urbain ont fait de l’animation. A quoi bon se prendre pour Dieu si c’est pour tomber aussi bas ?

 

 

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