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17 janvier 2007

Progressisme

 

 

 

Progressisme et progressistes

 

 

 

Voilà deux mots modernes. La langue française ne les a empruntés à aucune autre langue. Ils sont bien français, tels terrorisme et terroriste, par leur mode de formation : adjonction d’un suffixe (iste et isme) au nom progrès. Ils ne sont relevés dans aucune des éditions du Dictionnaire de l’Académie française publiées à ce jour (1694-1935). Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1872) et le Supplément (1877), est le premier lexicographe à les enregistrer. Progressiste est attesté comme adjectif en 1830 et comme nom en 1841 dans le Manifeste de l’école sociétaire de Fourier. Progressisme y est contemporain : il est attesté en 1842 au sens de "système de progrès, continuel progrès", et en 1877, sous la forme progressisme allemand, dans la Revue des Deux Mondes (emploi que cite Littré dans son Supplément : "naguère encore Berlin était la capitale du progressisme allemand, il y régnait en maître").

Littré mentionne progressiste comme un néologisme. Il y donne le sens de "qui partage les idées de progrès" (au sujet d’une personne) et de "qui est consacré au progrès politique et social" (pour ce qui est des choses). Dans le Trésor de la Langue française, progressiste a trois sens, qui sont tous en relation avec le social. Il désigne celui qui est partisan d’une modification de la société par des réformes ou des moyens violents (le contraire est conservateur, réactionnaire) ou il qualifie les idées de ceux qui prônent cette modification. Il désigne ceux que l’on nommait jadis les "républicains", comme dans cette phrase de Zola ("le conseil municipal était coupé par moitié, une moitié cléricale et réactionnaire, une moitié républicaine et progressiste, toujours en lutte", 1902). Enfin, il désigne les partisans d’une politique d’extrême gauche. En quoi l’extrême gauche a-t-elle fait progresser qui que ce soit ou quelque pays que ce soit ? Les seuls progrès dont elle est responsable appartiennent à l’ordre des crimes sans nom.

Dans ce même Trésor, progressisme désigne à la fois une doctrine et, surtout après la seconde guerre mondiale, un mouvement politique. La doctrine présuppose que l’homme est capable de progresser de façon continue et toujours dans le bon sens : vers le haut. "(Il faut) éviter deux tendances également redoutables : l’une qui, en voulant sauver et conserver l’essentiel, conserve en même temps ce qui ne l’est pas et qui nous fait tomber dans le mauvais traditionalisme, dans l’intégrisme ; l’autre qui, en voulant changer ce qui doit être changé, change aussi ce qui ne doit pas l’être et qui nous conduit au progressisme, au modernisme" (cardinal Jean Daniélou, 1974). Après 1945, le progressisme, en tant que "mouvement politique et religieux" touche les catholiques qui veulent marier le christianisme au marxisme : "dans le sein du catholicisme, l’ascension du clergé indigène, la naissance du progressisme (...) divisent et inquiètent l’église romaine" (1957). Il se rapporte aux chrétiens qui ont des idées politiques "très avancées" (Mauriac, 1957 : "le miracle de la multiplication des pains (...) voilà ce qu’est l’Église (...) Que je me sens étranger, au fond, à la bataille du progressisme et de l’intégrisme !"). Il fallait que ces pauvres chrétiens fussent aliénés pour espérer que ces idées "très avancées" pussent apporter quelque progrès que ce soit à qui que ce soit.

Le progrès prend des formes diverses, dont certaines sont honorables, en particulier quand elles se rapportent à la médecine ou aux techniques. Là, le progrès est tangible. De nombreuses vies ont été sauvées grâce à la pénicilline. N’importe qui sait qu’il est plus facile et plus efficace de faire creuser une tranchée par une machine que de la creuser à la pioche. Or, les noms progressisme et progressiste ne se rapportent pas à ces inventions, avancées, faits louables qui sont autant d’incontestables progrès, mais à la fiction ou aux ombres du politique et du social. En quoi la société que forment les habitants actuels de l’Amérique du Nord est-elle préférable (ou même meilleure) à celle que formaient leurs prédécesseurs avant le début du XVIe siècle ? La seule réalité sociale ou politique qui distingue la France du XVIIe siècle de la France du XXe siècle est le remplacement de la vieille religion catholique par la nouvelle religion du tout social ou du social sacralisé. Le progressisme n’est rien d’autre que la substitution d’une croyance à une autre. Croire que cette substitution a été un progrès, c’est s’abuser.

 

 

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