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25 janvier 2007

Dévoration

 

 

Ce nom n’est enregistré dans aucune des éditions du Dictionnaire de la Langue française (1694-1935). Littré le relève dans le Supplément (1877) de son Dictionnaire de la Langue française (1863-1872) au seul sens de “action de dévorer” et il l’illustre d’une phrase dans laquelle dévoration est employé dans un sens figuré : “c’est, permettez-moi cette expression un peu vulgaire mais énergique, cette dévoration du capital qui se manifeste de tous côtés” (Enquête sur la Banque, 1867). Dans le Trésor de la Langue française (1972-1994), la définition “action de dévorer” est précédée de la mention “rare”. Deux exemples l’illustrent : “qu’importent ces dévorations d’insectes ?” (Paul Valéry, 1898) et, métaphoriquement, “la dévoration de la mystique royaliste par la politique royaliste” (Charles Péguy, 1910). Les auteurs du Trésor notent que ce nom est en concurrence avec dévorement (“loi du dévorement des créatures”, Goncourt, 1859, et “une impression qui le protégeât contre les dévorements de sa pensée” (Bloy, 1886).     

Emprunté au bas latin devoratio “action de dévorer” (une seule occurrence dans le Dictionnaire Latin Français de Félix Gaffiot chez Tertullien, père de l’Eglise, IIIe siècle), du verbe devorare, “avaler”, “engloutir des aliments”, il est attesté en français en 1393 dans “vexation et dévoration des oiseaux”, au sens de “action de dévorer”.     

Il est un écrivain contemporain, Richard Millet, qui a sorti ce nom de l’oubli et l’a employé au pluriel dans le titre, assez énigmatique, de son dernier roman Dévorations (2006, Gallimard). Pour en comprendre le sens, il faut étudier les différents sens du verbe dévorer. Dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française, en cours de publication, ce verbe a cinq sens : “manger en déchirant avec les dents” (comme les bêtes sauvages) ; “manger avidement, avaler goulûment”, “dévorer des yeux une personne, une chose, la contempler avec insistance, avec convoitise”, “dévorer les paroles de quelqu'un, les écouter avec un intérêt passionné”, “lire un livre avec avidité et promptitude”, “consumer, épuiser entièrement” (par les flammes ou la fièvre), “être dévoré d’ambition” et, dans ce sens classique, “en parlant de ce que l’on veut cacher ou que l’on est contraint de cacher” : “dévorer ses chagrins, ne pas les laisser paraître”, “dévorer ses larmes, retenir ses larmes quand elles sont près de s'échapper”, “dévorer un affront, une injure, cacher le ressentiment qu’on en éprouve”. Les dévorations, dans ce roman, sont diverses : celles des convives du restaurant Chastaing, celles d’Estelle et d’autres qui dévorent le maître d’école, ancien romancier, celles du romancier qui dévore ses chagrins et ses humiliations.

 

 

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