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26 janvier 2007

Comité

 

 


    Ce mot a été emprunté à l’anglais au milieu du XVIIe siècle, à une époque où l’anglomanie était encore discrète en France. Il est vrai que le verbe anglais commit (“confier une mission”), dont committee est dérivé, est emprunté au verbe français commettre. En anglais, committee a été un terme de droit ayant pour sens “commis” (1495) ; puis il a désigné, comme terme politique, un nombre restreint de personnes “désignées pour délibérer sur une question” (1621). C’est dans ce sens qu’il a été introduit en français en 1652, puis dans un sens familier (1710, Mme du Deffand) : “je souperai demain avec lui ; mais ce ne sera pas dans un petit comité (id est en tête-à-tête), dont je suis très fâchée”. Dans la quatrième édition (1762) de leur Dictionnaire, les Académiciens en font un terme spécifique de la vie politique anglaise (cf. dans l’extrait ci-dessous “chez lesquelles” et “membres de la Chambre”), comme si, dans leur esprit, il n’existait pas de réalité en France qui puisse être nommée ainsi : c’est un “terme emprunté des Anglais, chez lesquels il signifie un Bureau composé de plusieurs membres, soit de la Chambre haute, soit de la Chambre des Communes, commis pour examiner une affaire”.
    Un siècle plus tard, les définitions (il y en a trois) et les exemples de Littré attestent que le mot a fini par s’acclimater en France. C’est la “réunion d’un nombre restreint de personnes ou de membres d’une assemblée” pour régler des “affaires déterminées, donner un avis, préparer une délibération” (comité consultatif, exécutif, de surveillance). L’extrait cité (Mémoires, duc de Saint-Simon) illustre bien le sens de ce mot : “le régent (à la mort de Louis XIV) me dit qu’il formerait un comité (car on ne parlait plus qu’à l’anglaise) de quelques-uns du conseil de régence”. C’est aussi, dans comité secret, la “délibération d’une assemblée à laquelle le public n’est pas admis” et dans petit comité, une réunion de “personnes intimes”. Au théâtre, c’est enfin le comité de lecture qui décide ou non de jouer une pièce.
    Les Académiciens (huitième édition 1935) et les auteurs du Trésor de la langue française donnent à comité le même sens que Littré. La différence tient aux exemples qu’ils citent, plus divers et plus nombreux que ceux de Littré, et surtout qui se rapportent au social ou au politique : “comité consultatif, les membres, le président, le secrétaire d’un comité, comité de bienfaisance, de patronage, d’action, électoral” (Dictionnaire de l’Académie française) et "comité exécutif, de direction, d’une section de la Ligue des droits de l’homme, central du Parti communiste, d’action, de bienfaisance, électoral, formé pour l’érection d’une statue de Jeanne d’Arc, de défense, de vigilance," etc. (Trésor de la Langue française).   
    Dans l’histoire, il a existé de sinistres comités, dont le Comité de Salut public. Le seul dictionnaire qui en signale l’existence est le Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours de publication) : “Histoire, nom donné à divers organes de gouvernement, notamment pendant la Révolution française : comité de salut public, créé par la Convention en avril 1793 pour exercer le pouvoir exécutif, et dont la dissolution fut prononcée en octobre 1795”. Le très progressiste Trésor de la Langue française l’ignore, du moins à l’article comité. Aurait-il fait tache ?
    La nature des comités politiques ou sociaux est révélée par le nom comitard, “péjoratif” et “familier”, écrivent les auteurs du Trésor de la Langue française, et qui signifie “membre d’un comité d’un parti politique”. Si le nom est péjoratif, c'est que, longtemps, l'appartenance à un comité a été le marche-pied d'une carrière tout entière politique. 

 

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