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29 janvier 2007

Spécieux

 

 

 

 

 

 

En latin, l’adjectif speciosus a pour sens "de bel aspect" ou "d’extérieur brillant" et, par métaphore, il prend le sens de "qui n’a qu’une apparence de vérité" - vu que tout ce qui brille n’est pas d’or ou que les apparences sont trompeuses.

En français, spécieux est attesté à la fin du XIVe siècle au sens de "qui a une belle apparence". En 1601, il prend, quand il qualifie le nom prétexte, le sens de "qui paraît être juste" et en 1692, il est employé comme nom pour désigner  "ce qui a une apparence de vérité et de justice". En 1762 et en 1935, les Académiciens ne relèvent que le sens moderne : "qui a apparence de vérité et de justice", dans "prétexte spécieux, raisons spécieuses, ce qu’il dit est fort spécieux". Même l’arithmétique pouvait être spécieuse, quand elle a pour objet "le calcul des quantités représentées par des lettres". "On la nomme plus ordinairement algèbre", écrivent les Académiciens. Pourtant, spécieux est encore employé à la fin du XVIIIe siècle par Chénier dans le sens classique de "qui a une belle apparence".

Littré et les auteurs du Trésor de la Langue française sont plus précis et plus complets que les Académiciens : ils relèvent le sens classique de spécieux. "Dans le sens latin, qui est le sens propre", écrit Littré, spécieux signifie "qui a une belle apparence", comme dans ces extraits de Massillon : "le citoyen, qui, sous des dehors encore spécieux, cache une profonde misère" et "tous nos projets les plus spécieux, que l’imagination n’enfante et n’embellit que pour endormir nos peines, les réveillent et les aigrissent". Selon Littré, si l’algèbre était nommée arithmétique spécieuse, c’est que, se servant de lettres et non de chiffres, elle était plus belle que l’arithmétique. Ce sens ("qui a une belle apparence", "qui est plein d’attrait") est mentionné vieilli dans le Trésor de la Langue française. Balzac emploie spécieux comme synonyme de séduisant dans César Birotteau (1837) : "l’huile de Macassar se défendra ! Elle est spécieuse, elle a un nom séduisant".

La relation entre le sens classique et le sens moderne est bien mise en lumière dans le Trésor de la Langue française. Quand spécieux se rapporte à une construction de l’esprit, il signifie "qui séduit" ou "qui fait illusion" par de belles apparences et, plus précisément, "qui est destiné à tromper, à induire en erreur" et "qui repose sur un mensonge". Ce que l’esprit invente n’a pas besoin d’être beau ou brillant pour emporter l’adhésion de tous, il suffit que ce soit logique ou rigoureux, le bel aspect ne servant qu’à masquer le faux ou l’erreur, comme le montrent tous les cinq ans les campagnes électorales ou tous les jours la publicité. Le sens moderne de spécieux est éclairé par les synonymes : captieux, fallacieux, faux, mensonger, trompeur.

 

 

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