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31 janvier 2007

Révisionniste

 

 

 

Révisionniste, révisionnisme

 

 

 

En voilà deux beaux mots modernes qui sentent fort l’idéologie – des mots putois en quelque sorte. Révisionniste, adjectif et nom, est attesté en 1851 : Hugo l’emploie dans le discours pompeux qu’il prononce à l’Assemblée nationale au cours des débats sur la constitution de 1848, la dixième constitution que la France a eue en 57 ans et qui a été remplacée en 1852 par une nouvelle constitution, la onzième en soixante ans : une sorte de record digne d’une république bananière qui ne produit pas de bananes, mais qui couvre de peaux de banane la voie étroite de la démocratie. Quant à révisionnisme, il est attesté en 1897 pour désigner la volonté qui anime ceux des hommes politiques (alors ils étaient aussi nombreux qu’ils ne le sont aujourd’hui) qui exigent que la constitution soit révisée une énième fois.

C’est Littré qui, le premier dans le Supplément (1877) à son Dictionnaire de la Langue française (1863-1872), enregistre le mot révisionniste, adjectif et nom. Quand il est adjectif, il a pour sens "relatif à la révision d’une constitution". Ainsi, d’une assemblée qui a pour objet la révision de la constitution, on peut dire qu’elle est révisionniste. Chirac veut réunir le parlement pour que soit inscrite dans la constitution l’interdiction de la peine de mort. Ce parlement pourra être qualifié de révisionniste, mais ce qualificatif étant désuet, on ne le lira nulle part. Quand révisionniste est un nom, il désigne, selon Littré, un "critique qui fait la révision d’un texte", comme dans cet exemple (1876) : "aucune preuve positive ne démontre que la rédaction suivie dans l’Inde du Schahnameh (ancien poème persan) soit plus rapprochée de l’original perdu ; tout au plus doit-on faire çà et là quelques réserves en faveur des révisionnistes musulmans de l’Inde, qui ont conservé si fidèlement l’instinct de la vieille langue, le respect des formes archaïques et de la prononciation régulière". Dans cet emploi encore, révisionniste est désuet.

Ce qu’il y a de réjouissant dans ces mots idéologiques, c’est qu’ils passent vite : à peine fabriqués, ils sont morts ou leur sens premier a évolué. Même les sens relevés dans le pourtant très moderne Trésor de la Langue française (1972-1994) sont en train de sortir de l’usage. Quand il est adjectif et qu’il se rapporte à une personne, révisionniste a pour sens "partisan d’une révision de la constitution, d’un procès ; qui y est favorable ; qui y procède", comme dans cet extrait de Proust (1921) : "Mme Sazerat (...) était dreyfusarde. Mon père (...) était convaincu de la culpabilité de Dreyfus. Il avait envoyé promener avec mauvaise humeur des collègues qui lui avaient demandé de signer une liste révisionniste". Clemenceau évoque en 1899 "l’agitation révisionniste" et Barrès en 1923 "les idées révisionnistes". Quand il est employé comme nom, il désigne un partisan de la révision de la constitution ou d’un procès, comme dans ces exemples de Proust (1922, "toute la Chambre étant à un certain moment devenue révisionniste, c’était forcément parmi d’anciens révisionnistes (...) qu’on avait été obligé de recruter le parti de l’ordre social, de la tolérance religieuse, de la préparation militaire") et de Lefèvre (1963), auteur d’une Révolution française, qui qualifie le révolutionnaire Sieyès de révisionniste, adjectif incongru et anachronique, qui n’existait pas en 1795 : "le révisionniste par excellence était Sieyès qui, dès l’an III, opposait son plan à celui qu’on adopta (...). Une révision immédiate étant impossible, Sieyès méditait un coup d’état depuis son élection". Employé dans ce sens, ce mot est en train de devenir propre au domaine de l’histoire et de tout ce qui est révolu. Il en va de même du sens tout idéologique de révisionniste, "partisan du révisionnisme", nom attesté (1903) dans le sens de "attitude de ceux qui remettent en question les fondements d’une doctrine" et, plus particulièrement, "pratique politique qui, sous couvert d’adapter la théorie marxiste à la conjoncture en dénature le caractère révolutionnaire". La théorie marxiste étant morte, et enterrée au cimetière des horreurs inhumaines, sauf à Cuba, en Corée du Nord et dans les universités d’Occident, elle a entraîné dans sa tombe le révisionnisme, qui n’est plus que l’écho sinistre d’une folie meurtrière, comme l’atteste le très comique réviso, que relèvent les auteurs du Trésor de la Langue française avec ce sens : "Ce mot constitue, de la part des gauchistes, une injure à l’adresse des communistes, regardés comme infidèles à l’intransigeance révolutionnaire" et qu’ils illustrent de cet exemple : "un beau jour retentit sur le campus de Vincennes le chant Dehors, révisos ! Dehors révisos !" (Le Figaro littéraire, 1969). Dans ce campus, qui est aujourd’hui implanté à Saint-Denis, et dans tout le 9-3, aux injures usées jusqu’à la corde, réviso ou révisionniste, se sont substitués désormais les cris Allah akbar ou "le Coran est notre constitution", le Coran ayant la propriété de ne pas être révisable.

 

 

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