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03 février 2007

Métis

 

 

 

 

 

Ce mot vient du latin mixticius ("né d’une race mélangée"), participe passé du verbe miscere "mêler", "mélanger". En théorie, le s final n’aurait pas dû se prononcer. Il l’a été sous l’influence du portugais mestiço "sang mêlé" ou de l’espagnol mestizo qui continuent, comme métis, le mot latin mixticius. Du XVIe au XVIIIe siècle, a été en usage la forme mestif, relevée dans les premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française (1694, 1718). La première attestation en français date du XIIIe siècle : "qui est fait moitié d’une chose, moitié d’une autre", puis "de basse extraction". Au XIVe siècle, ce mot se dit d’un animal "engendré de deux espèces". En 1559, Amyot l’emploie dans le cadre de la Grèce antique : "les enfants métis, c’est-à-dire ceux qui n’étaient pas nés de père et de mère naturels citoyens d’Athènes". C’est en 1615, dans un récit de voyage aux Indes occidentales (id est en Amérique), qu’il est attesté dans son sens moderne, comme adjectif et nom : "personne née d’un homme blanc avec une Indienne, ou inversement".

Il est relevé dans ce sens par les Académiciens (1762, quatrième édition) : "on appelle ainsi un homme né d’un Européen et d’une Indienne, ou d’un Indien et d’une Européenne. En Amérique, la population est composée d’Espagnols naturels et de métis". Littré confirme ce sens : "qui est né d’un blanc et d’une Indienne (d’Amérique) ou d’un Indien (d’Amérique) et d’une blanche". Il tient à rappeler que les métis sont distincts des mulâtres : "on dit mulâtre quand il s’agit d’un blanc et d’une négresse, ou d’un nègre et d’une blanche". Mulâtre dérivant de mulo "mulet", on comprend que l’analogie avec cet animal de bât ou de trait ait rendu désuet ce nom péjoratif.

Dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1935), ainsi que dans la neuvième édition, la référence aux indiens disparaît et la distinction entre métis et mulâtre perd sa raison d’être. Un métis n’est plus né d’un indien et d’une blanche ou d’une indienne et d’un blanc, mais "de parents de races différentes" et "spécialement d’un blanc et d’une femme de couleur, ou d’un homme de couleur et d’une blanche". Les auteurs du Trésor de la Langue française ont beau rappeler le "bon" usage ("il ne faut pas confondre métis et mulâtre, ce dernier désignant seulement l’individu issu du croisement d’un Blanc et d’une Noire, ou inversement"), mulâtre est en voie de disparition et son sens est exprimé maintenant par métis.

Dans la langue classique, métis s’emploie indistinctement en parlant des hommes ou des animaux. Les Académiciens, en 1762, précisent que le mot "se dit aussi des chiens qui sont engendrés de deux espèces, comme d’un mâtin et d’une levrette, d’une épagneule et d’un barbet". Littré confirme ces emplois, que métis soit adjectif ou qu’il soit nom : "qui est engendré par deux êtres d’espèce différente, en parlant des animaux", dans les exemples "animaux métis", "races métisses ou mélangées". Métis s’applique aussi aux plantes : "terme de botanique, fleurs métisses, fruits métis, fleurs, fruits nés du mélange de deux espèces". Le fait que le mot se dise (cf. mulâtre dérivé de mulet) aussi bien des hommes que des animaux indique le peu de prix que les hommes des siècles passés accordaient au métis et au métissage, comme cela apparaît a posteriori dans le Dictionnaire de Littré : "substantif masculin et féminin, métis, métisse, se dit en parlant des hommes et des animaux". Les exemples sont méprisants : "troupeau de métis", "donner des métis en cheptel". La remarque encyclopédique qui clôt l’article est plus méprisante encore : "le produit de deux reproducteurs de races différentes s’appelle premier métis ; demi-sang, lorsque l’un des reproducteurs est de pur sang ; le produit de l’accouplement d’un premier métis avec un individu d’une des races primitives s’appelle deuxième métis ou trois quarts de sang. On dit aussi troisième métis, quatrième métis, etc." On lit les mêmes remarques dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1935) : "il se dit aussi de certains animaux qui sont engendrés de deux espèces. Ce chien n'est pas franc lévrier, il est métis. Ses mérinos ne sont pas tous de race pure, il a aussi un troupeau métis. Il se dit encore des fleurs et des fruits nés du mélange de deux espèces. Cet œillet est métis. Cette poire est métisse. Métis s’emploie substantivement en parlant des hommes et des animaux. Troupeau de métis. Donner des métis en cheptel".  

Les auteurs du Trésor de la Langue française s’efforcent de distinguer les deux emplois de métis, fût-ce formellement, en les classant dans deux sous-parties successives : "issu du croisement de deux races de deux variétés différentes de la même espèce. 1 En parlant d’une personne ou d’un groupe de personnes. 2. En parlant d’un animal, d’une plante". Les Académiciens dans la neuvième édition de leur Dictionnaire suivent cet usage : "1. Se dit d’une personne dont les parents sont de races différentes. 2. Biologie. Se dit d’un animal, d’une plante issus du croisement d’individus de la même espèce mais qui appartiennent à des races ou des variétés différentes". Ce qu’il y a de nouveau, c’est que dans le Dictionnaire de l’Académie française, vingt ans après le Trésor de la Langue française, le sens "animal" de métis est présenté comme spécifique à la biologie. Propre à un domaine, il est en voie de devenir désuet dans la langue commune.

Il est vrai que, depuis une vingtaine d’années, les puissants, les dominants, les très bien pensants ont fait du métis une figure sociale positive et même enviable ; et ils tiennent désormais le métissage pour le nouvel horizon indépassable de la France – ce qu’étaient, dans leur esprit, la révolution et le marxisme léninisme naguère. Il est même un candidat à la Présidence de la République qui veut, du moins quand il s’adresse à des noirs et à des mulâtres, faire de la France un "pays métissé". Les autres pays du monde se gardent de se lancer dans ces expériences biologiques, un peu folles, qu’inspire la mauvaise conscience repentie, car ils savent que, s’ils sont Européens, cela n’a pas porté chance aux Allemands d’appliquer la biologie aux peuples et que, s’ils sont d’anciens territoires colonisés, le métissage n’est pas le fait du hasard, mais résulte de la colonisation d’un peuple par un autre ou par d’autres. Dans cet ersatz révolutionnaire tout vertueux, métis ne pouvait pas désigner indifféremment les hommes, les animaux, les plantes : ce nom devait être propre aux hommes. En réalité, il ne devient obligatoire qu’en France, mal gré que les citoyens en aient : c’est le fatum qui leur est imposé.

 

 

 

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