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08 février 2007

Opposable

 

 

 

 

 

 

La formation et le sens de cet adjectif ne soulèvent pas de difficulté. A l’opposé, l’emploi que l’on peut en faire est malaisé. Opposable ne continue pas un mot latin, il n’a pas été emprunté à une autre langue, c’est un adjectif de formation française. Au verbe opposer, a été ajouté le suffixe – able, qui a un double sens : à la fois passif et éventuel. De fait, opposable a pour sens : qui peut (éventuel) être opposé (passif) à quelque chose ou à quelqu’un. La première attestation, 1805, est récente, eu égard à la très longue histoire de la langue française. C’est Cuvier, le spécialiste de sciences naturelles, qui a fabriqué cet adjectif et l’a employé dans son Anatomie comparée au sens de "qui peut être mis en face, vis-à-vis". En 1846, est attesté le sens rhétorique, juridique, philosophique d’opposable : "qui peut être donné comme argument contraire". Il n’a pas d’autre sens.

Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1862-1872), relève les deux sens sans les distinguer et sans préciser les domaines dans lesquels ils sont en usage, se contentant de les illustrer d’un exemple : "qui peut être mis en face, vis-à-vis" (exemple d’anatomie, "le pouce est opposable aux autres doigts") ; "qui peut être dit contre, mis contre" (exemple de droit ou de rhétorique ou de philosophie, "il n’y a pas d’argument opposable à ce dilemme"). Les Académiciens, dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1935), relèvent ces deux sens, mais la description qu’ils en font est plus précise que celle de Littré : "qui peut être opposé, mis en face, vis-à-vis". Ils ajoutent qu’opposable "s’emploie spécialement en termes d’anatomie", comme dans l’exemple cité par Littré, "le pouce est opposable aux autres doigts". Le second sens est dit figuré. Il n’est en rien spécifique du droit ou de la philosophie, comme l’indique l’exemple cité qui vient de la langue commune : "cet argument n’est pas opposable à ma façon de voir". Il est vrai que le verbe opposer se rapporte aussi bien à une position dans l’espace (être en face de) et qu’à l’expression d’une divergence.

Pourtant, aucun de ces articles n’explique le sens que prend opposable dans la formulation de la loi, dite du droit opposable au logement ou du droit au logement opposable, votée récemment à l’Assemblée nationale. C’est dans le Trésor de la Langue française (1972-1994), un siècle après que le mot a été enregistré par Littré, que le sens juridique est enfin exposé. Deux sens sont distingués, qui sont l’un et l’autre spécifiques à un domaine spécialisé, anatomie et droit, de sorte que l’adjectif opposable n’est plus, à proprement parler, un mot de la langue commune. En anatomie, il a le sens que Cuvier y a donné : "qui peut être mis en face de quelque chose", comme dans ongle, orteil opposable. En droit, il signifie "que l’on peut faire valoir contre un tiers". Le droit opposable au logement est donc un droit qu’un citoyen peut faire valoir contre un tiers, à savoir les autorités ou l’Etat, à charge pour ceux-ci de tout faire pour que le citoyen "sans abri" puisse être logé quelque part.

Les sens anatomique et juridique de cet adjectif sont passés dans le nom opposabilité. Le sens anatomique est illustré par une phrase de zoologue : "le gros orteil a perdu son opposabilité dans un pied ne servant plus qu’à marcher". En droit, c’est le "caractère d’un droit ou d’un moyen de défense que son titulaire peut faire valoir contre un tiers".

Dans le cas du droit nouveau, que la multiplication de tentes Quechua, vendues par la chaîne d’hypermarchés Décathlon, plantées au centre des grandes villes, comme les pavillons d’une foire exposition, a rendu soudain nécessaire, du moins selon les cadreurs de télévision et les photographes gauchistes bien pensants, le tiers, contre lequel x ou y peut faire valoir son "droit au logement", est l’Etat : toujours et encore l’Etat, comme si l’Etat était la seule matrice de la France ou comme s’il était devenu la Déesse Mère, nouvelle Isis ou Cérès, seul recours des habitants maternés d’un pays ruiné, français ou autres. Comme l’Etat logeur est plus démuni que les Etats dont relèvent les quémandeurs du droit au logement et qui, eux, se gardent bien de se faire logeurs, et qu’il est en faillite, le droit opposable a un seul effet trangible : accroître les dettes colossales de l'Etat.

 

 

 

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