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10 février 2007

Décryptage

 

 

Décrypter, décryptement, décryptage 

 

 

 

Le verbe décrypter est formé à partir d’un mot grec qui signifie "caché" et auquel ont été ajoutés le préfixe – (qui désigne une action contraire à celle exprimée par le "radical") et la marque verbale – er. Le sens en est "dévoiler ou découvrir ce qui est caché". Décrypter est récent. Il n’est relevé ni dans le Dictionnaire de l’Académie française (1694-1935), ni dans le Dictionnaire de la Langue française de Littré (1863-1872). Il est relevé pour la première fois dans le Larousse du XXe siècle et il s’emploie à propos des écritures secrètes ou des messages codés pour en désigner le décodage ou le déchiffrement. Le Trésor de la Langue française (1972-1994) y donne le sens de "transcrire en langage clair un message rédigé dans une écriture secrète, chiffrée, dont on ignore le code". Ainsi on décrypte un message. Les synonymes en sont déchiffrer, décoder. Dans la neuvième édition, en cours de publication, du Dictionnaire de l’Académie française, la définition de décrypter est plus précise et plus complète que celle du Trésor de la Langue française. Le premier sens est le même. C’est "traduire, mettre en clair un texte chiffré dont on ne possède pas la clef ou le code". Il est illustré du même exemple : décrypter un message. Le mérite des Académiciens est de noter que décrypter a des sens étendus ou figurés. "Par analogie", écrivent-ils, il signifie "déchiffrer une écriture inconnue" et aussi "trouver le sens d’un texte obscur ou difficilement lisible".

De ce verbe ont été dérivés des noms : décrypteur qui désigne la personne qui décrypte un texte et deux noms synonymes ou employés indifféremment l’un pour l’autre : décryptage et décryptement, "action de décrypter", dans le sens propre (comme dans l’exemple "les recherches de Markov ont permis de faire progresser les méthodes de décryptage des messages dont on ne connaît pas le code", 1964) ou dans les sens figurés de ce verbe.

De ces deux noms, il semble que décryptement soit réservé à l’expression du sens propre, comme dans ces exemples : "la section du chiffre a, dans ses attributions, le décryptement des dépêches interceptées" et "le constat que les fréquences des lettres dans un texte écrit sont assez stables avait souvent été utilisé pour aider au décryptement des messages transmis par le truchement d’une écriture secrète" (in Traité de sociologie, 1967 : si la sociologie se met au décryptement, c’est qu’il y a anguille sous roche) et que les sens figurés soient exprimés par décryptage.

Il est un emploi abusif et évidemment comique de décryptage : c’est celui qu’on peut lire dans les media, écrits ou télévisuels. Il n’est pas de journal (Le Monde, par exemple) ou de magazine de télévision de chaînes publiques, Envoyé spécial, Arrêt sur image, etc. (les chaînes privées n’ont pas de temps à perdre, elles ont du fric à gagner) qui ne propose pas de décrypter telle ou telle information, pourtant claire et sans ambiguïté, à l’intention des gogos, ou de procéder à un décryptage d’une situation, d’une affaire, d’un conflit. Ainsi, les journalistes se muent en dames pythonisses du monde païen, comme si l'Antiquité n'était pas terminée. Ces décryptages, toujours faits par les mêmes instruits de tout et exprimés sur le même ton, suffisant et prétentieux, laissent supposer que les téléspectateurs ou les lecteurs (du Monde, mazette) sont incapables de comprendre une information et qu’il faut la leur "délivrer" (comme on dit en franglais) avec un mode d’emploi ou, comme on dit chez les savants, avec une herméneutique. A moins que les journalistes ne veuillent empêcher que les téléspectateurs ou les lecteurs, qui sont pourtant des citoyens, ne donnent aux informations leur vrai sens, "incorrect" ou "insolent". En fait, le décryptage sert à indiquer la ligne ou la voie juste. De ce point de vue, il vaut un communiqué du PCUS dans feue l’URSS et ses satellites croupions.

 

 

 

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