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11 février 2007

Pactole

 

 

 

 

 

Pactole est un nom propre et un nom commun : plus exactement le nom propre d’une rivière de Lydie, province de l’Asie mineure des anciens auteurs grecs ou latins (en Turquie, aujourd’hui) - un hydronyme, disent les savants -, qui a été employé comme un nom commun et qui est en usage en français moderne comme nom commun. L’emploi d’un nom propre comme nom commun (calepin, poubelle, bic, etc.) est nommé antonomase.

Boileau, dans les Satires, emploie Pactole comme le nom propre d’un cours d’eau ou, plus exactement, d’un cours d’or : "Mais l’honneur en effet qu’il faut que l’on admire, / Quel est-il, Valincour ? pourras-tu me le dire ? / L’ambitieux souvent le met à tout brûler, / L’avare à voir chez lui le Pactole rouler". C’est le poète Delille qui, en 1800, le premier, a fait de ce nom propre un nom commun et cela par métaphore. Dans le Pactole, petit affluent de l’Hermos, coulaient, dans les légendes que racontaient les auteurs de l’Antiquité, des paillettes d’or. Le phénomène en soi n’a rien d’anormal. Aujourd’hui encore, des chercheurs d’or, en Ariège ou dans le Massif central, passent au crible les sables et les graviers de torrents ou de rivières où il leur arrive de trouver quelques paillettes dont le vente rémunère, mal à vrai dire, le travail accompli. Mais dans le Pactole des légendes, l’or coulait en abondance. Aussi suffisait-il de se baisser pour être riche. De ce fait, pactole a pris le sens de trésor ou de source inépuisable de richesses.

Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1872) relève le sens propre ("petite rivière de Lydie qui charriait de l’or") et l’antonomase ou, comme écrit Littré, le "sens figuré" : "source de richesse". Il cite aussi des exemples illustrant ces sens : hydronyme ("un petit filet du Pactole suffit à notre ambition", Marmontel) et antonomase ("les hautes classes de la société, où le Pactole roule ses flots", Brillat-Savarin).

Alors que les Académiciens dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1935) font encore référence au nom propre ("source de grandes richesses, par allusion à une rivière de Lydie qui roulait des paillettes d’or"), les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994) ne le mentionnent plus, sinon dans la rubrique "histoire et étymologie", se contentant d’énoncer le sens du nom commun : "source abondante de richesse et de profits". Et pourtant, le sens de pactole dans les exemples cités et écrit à deux reprises avec un P majuscule, ne peut pas être compris sans la référence au cours d’eau qui charrie de l’or : "comme il nageait en plein dans un Pactole imaginaire, un bruit de clef tournant dans la serrure vint interrompre l’héritier présomptueux au moment le plus reluisant de son rêve doré" (Murger, 1851) ; "le docteur Knock est un chimérique et, de plus, un cyclothymique. Il est le jouet d’impressions extrêmes. Tantôt le poste ne valait pas deux sous. Maintenant, c’est un Pactole" (Romains, 1923) ; "les marchands de la ville sainte rivalisaient d’ardeur, afin de pouvoir planter boutique le plus près possible du pactole" (1961). De même, les deux hapax dérivés de pactole, pactolien et pactoliser, pour être compris, doivent être référés au cours d’or : "Si d’amour sec et d’onde pure / L’amour, dit-on, ne vit pas bien, / Notre tirelire murmure / Le bruit du flot pactolien" (Murger, 1861) et "ils voudraient tous pactoliser avec le démon" (Aymé, 1957).

Il semble que les dictionnaires actuels se soient mis au diapason du monde moderne, dont une des règles tacites est tabula rasa : "du passé, faisons table rase", comme dit un hymne sanguinaire. Le présent efface le passé, la modernité met l’Antiquité au rebut, la Turquie extirpe toute trace de la vieille Asie mineure, les mythes mensongers de l’idéologie occultent les légendes antiques, le social achève la littérature, etc. Dans cet ordre nouveau, les légendes de l’Antiquité et l’Antiquité elle-même sont chassées de la mémoire collective, qu’elles encombrent, et n’existent plus que pour quelques érudits.

 

 

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