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16 février 2007

Assimilation

 

 

 

 

De ce nom, les Académiciens, dans la neuvième édition de leur Dictionnaire (en cours), écrivent qu’il est "rare avant le XIXe siècle". C’est donc un mot moderne, qui a quelques-uns des traits propres à la NLF. Employé d’abord dans les domaines religieux et scientifiques, il s’applique aujourd’hui à tout ce qui est social ou qui relève des sciences humaines et sociales.

En latin, le nom assimulatio ou adsimulatio ou assimulatio ou assimilatio, auquel, au XIVe s., a été emprunté assimilation, a deux sens. Dans le Dictionnaire latin français de M. Gaffiot, il est traduit par "reproduction simulée, feinte, simulation" et "action de rendre semblable, ressemblance, comparaison". Seul le second sens a subsisté en français. Assimilation est attesté pour la première fois dans le sens figuré "action de bien intégrer un élément extérieur", mais dans un contexte religieux : "nous avons la signifiance de ces noms en nous par la grâce de Dieu, et, par assimilation d'iceux, ils nous enseignent à faire la volonté de Dieu". Selon les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994), assimilation est encore en usage dans la langue de la théologie, mais avec un sens différent. C’est la "ressemblance que soutiennent les êtres avec leurs modèles divins". Ainsi dans ce long extrait d’un ouvrage philosophique (1968) : "l’assimilation comporte un sens plus profond, plus vital, plus spirituel : elle est intussusception, inhabitation, coopération, union, union non de nature, mais d’action et d’amour : ainsi comprise, l’assimilation n’est plus seulement recopiage et reproduction, elle est production, synthèse, faisant de la vie des êtres infiniment divers et infiniment solidaires une réalité toujours originale et une création continue". L’attestation de 1367 est dite isolée, ce qui signifie que, pendant des siècles (au milieu du XIXe siècle, on dit assimilation d’idées), elle a été un hapax. Au début du XVIe siècle, assimilation est employé dans un sens médical ou physiologique : "action de bien intégrer les aliments absorbés par le corps".

Furetière, dans son Dictionnaire universel (1690), le relève comme un "terme de physique" : "il se dit de l’action par laquelle des choses sont rendues semblables" et ce sens est illustré par deux phrases de science, qui ne sont pas très claires, surtout la seconde, qui réfère à d’obscures théories, obsolètes depuis longtemps  : "La nourriture se fait par le changement de l’aliment en la substance de l’animal par assimilation des parties" et "l’assimilation des parties se fait par un mouvement local" ( ? !). Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694), l’article consacré à assimilation ou "action d’assimiler" est moins obscur. Le mot a deux emplois : "il se dit ordinairement de l’action par laquelle deux ou plusieurs choses sont présentées comme semblables" (exemples : "vous faites là une fausse assimilation", "une assimilation injurieuse") et "il se dit aussi, dans le langage didactique, de l’action par laquelle un corps vivant s’empare de certaines matières étrangères à sa substance, se les approprie, et les fait entrer dans le système organique qui le constitue" ("faculté d’assimilation").

Etrangement, dans la quatrième édition (1762), les Académiciens réduisent assimilation au second emploi et ils en font un "terme de physique" : "action par laquelle les choses sont rendues semblables", comme dans la phrase "l’assimilation se fait par le mouvement", alors que dans la sixième édition (1835), ils reprennent les deux définitions, très claires, de 1694. Littré, dans son Dictionnaire de la langue française (1863-1872), ajoute aux deux sens relevés dans le Dictionnaire de l’Académie française ("action de présenter comme semblable : une assimilation injurieuse" et "terme de physiologie : action commune à tous les êtres organisés et par laquelle un corps vivant rend semblables à soi, et transforme en sa substance les matières alimentaires"), un sens propre à la grammaire ("règle euphonique par laquelle une consonne transforme la consonne qui la précède en une autre consonne de même degré qu’elle : dans in-lisible, l’assimilation change l’n en l : il-lisible") et un sens en usage dans l’administration militaire : "correspondance de grade entre les officiers qui commandent le soldat et les fonctionnaires qui ne le commandent pas". Dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1935), les Académiciens ajoutent aux deux sens de 1694 ("action d’assimiler : l’assimilation de l’homme au singe, une assimilation injurieuse", "en termes de physiologie, action par laquelle un corps vivant s’empare de certaines matières étrangères à sa substance, se les approprie et les fait entrer dans le système organique qui le constitue"), le sens intellectuel moderne, tel qu’il apparaît dans "faculté d’assimilation" : "faculté de s’initier aux idées, aux connaissances, aux principes d’un art ou d’un métier".

C’est dans le Trésor de la Langue française (1972-1994) que l’extension de ce mot à des réalités sociales est clairement exposée : en psychologie, "acte de l’esprit qui affirme (à tort ou à raison) une ressemblance plus ou moins étroite entre choses numériquement différentes" ; en pédagogie, "acte de s’assimiler ce qu’on apprend" ; dans le raisonnement en général, "action de comparer en allant du différent au semblable pour rechercher ou établir l’identité" ; dans la fonction publique, "analogie de situation établie soit entre les cadres de l’armée proprement dits et certains cadres civils hiérarchisés, rattachés à l’armée en temps de guerre ou en temps de paix" ; dans la langue juridique, "droit reconnu à l’administration des douanes par la loi, et qui comporte uniquement la désignation de l’article du tarif le plus analogue, sans que la taxe correspondante puisse être ni augmentée, ni diminuée" ; en linguistique, "action par laquelle deux phonèmes, du fait qu’ils sont contigus à brève distance, tendent à devenir identiques ou à acquérir des caractères communs" ; en sociologie enfin, "processus par lesquels un groupe social modifie les individus qui lui viennent de l’extérieur et les intègre à sa propre civilisation".

Depuis vingt ou trente ans, les sociologues dissertent savamment des mérites ou des démérites de l’intégration, jugée bonne (elle est le paradis de la France multiculturelle), et de l’assimilation, jugée satanique ou diabolique (elle est l’émanation du Mal en personne). Or, dans les dictionnaires actuels, qui sont assez bien pensants, intégration est défini par assimilation et assimilation par intégration. Les deux noms sont le miroir l’un de l’autre. On est en droit de se demander à quoi riment les innombrables débats sociologiques, et politiques, puisque la politique n’est plus que de la sociologie, au cours desquels sont distingués deux processus, assimilation et intégration, qui sont identiques ou qui reviennent au même. Est-ce pour cacher que les étrangers dont il est de bon ton, quand on est sociologue, de déclarer qu’ils sont français ou qu’ils doivent le devenir aspirent à ce qui leur est prodigué avec générosité (RMI, allocations diverses, logement social, AME, soins gratuits, etc.), sauf à être français ?

Dans la neuvième édition de leur Dictionnaire (en cours), les Académiciens n’ont cure des savantes dissertations sur ce qui, dans l’intégration, diffèrerait de l’assimilation : pour eux, l’assimilation est "l’action de rendre ou de présenter comme semblable ou identique", laquelle se fait "par comparaison ou par intégration". Par comparaison, c’est "l’affirmation d’une ressemblance ou d’une identité entre deux données" (assimilation ingénieuse). Par intégration, c’est le "processus par lequel une personne ou une collectivité tend à se confondre avec le milieu où elle vit, en perdant certains de ses caractères propres : une politique d’assimilation, l’assimilation des immigrés, se refuser à toute assimilation". Ce qui est dit nettement, c’est que l’assimilation n’est rien d’autre qu’une intégration.

 

 

 

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