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20 février 2007

Pacte

 

 

 

 

 

En latin, pactum, auquel est emprunté pacte, a pour sens "traité", "accommodement", "convention". C’est dans ce sens que le nom pacte, écrit souvent pact ou pat (Furetière, en 1690, continue à l’écrire pact, bien que Vaugelas, en 1647, ait décidé que "pact ne valait rien du tout" et qu’il fallait y préférer pacte), est attesté au début du XIVe siècle : "li pat vainquent les lois" (les accords sont au-dessus des lois) et qu’il est défini dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française ; en 1694 et 1762 (première et quatrième éditions), "convention" ("il y a pacte entre eux") ; 1835 (sixième édition) : est ajouté l’emploi de pacte de famille ou "accord fait entre les membres d’une famille souveraine occupant des trônes différents", que Littré définit plus explicitement ainsi : "traité conclu en 1761 entre la France et l’Espagne, par lequel toutes les branches de la maison de Bourbon s'obligeaient à se soutenir mutuellement", emploi qui n’est plus relevé dans la huitième édition (1935) du Dictionnaire de l’Académie française, sans doute parce que les histoires royales étaient devenues désuètes dans une République triomphante. Dans cette édition, le mot n’est plus défini par le seul équivalent convention, mais par la description : "convention qui est, en général, accompagnée d’actes publics qui lui donnent un caractère d’une importance particulière".

Ce que les Académiciens notent aussi en 1694, ainsi que dans les éditions suivantes de leur Dictionnaire, c’est, dans les exemples cités ("cela ne se peut sans pacte avec le diable"), l’emploi de pacte dans un contexte de diableries, cet emploi étant attesté (entrer en pacte avec le diable) au début du XVIIe siècle. Contrairement à ce qui en a été dit, le XVIIe siècle n’a pas été seulement le siècle du classicisme, de la raison, de la mesure, de l’ordre ; il a été aussi celui de l'omniprésence du diable, de l'usage des poisons, du recours à la magie et des croyances superstitieuses. Furetière, bien qu’il fût membre de l’Académie française, n’est pas retenu par les scrupules bienséants de ses collègues. Dans son Dictionnaire universel (1690), il s’étend longuement sur le sens sulfureux de pacte : "il se dit particulièrement des consentements qu’on donne aux impostures et sortilèges de ceux qui prétendent faire des choses merveilleuses par la puissance ou le ministère du Diable : et en ce cas, on distingue un pact exprès, quand on donne un consentement formel à ces impostures ; et un pact tacite, quand on pratique leurs enseignements ou cérémonies sans faire une renonciation expresse à tout commerce avec les puissances infernales", confirmant de fait que le siècle du Roi Soleil a pactisé avec le Diable d’abondance.

C’est au XVIIIe siècle que Rousseau emploie pacte suivi de l’adjectif social ("le pacte social établit entre les citoyens une telle égalité qu’ils s’engagent tous sous les mêmes conditions et doivent tous jouir des mêmes droits", in Contrat social), déclenchant de fait l’extension de ce nom à toutes les réalités imaginables, à condition qu’elles soient sociales : pacte pour l’emploi, pacte pour le logement, pacte écologique et pacte présidentiel d’un candidat de premier plan à l’élection présidentielle. Le phénomène est enregistré dans le Trésor de la Langue française (1972-1994). A l’origine, selon les auteurs de ce Trésor, pacte serait un terme de droit ("convention expresse ou tacite, en principe immuable, entre deux ou plusieurs parties"), ce que d’ailleurs les exemples cités ne confirment pas : "on viole le pacte non écrit qui lie les gens d’une certaine caste ; on devient celui contre qui, s’il s’obstine, tout sera permis" (Mauriac, 1940) ; "l’amitié est un pacte, où l’on fait la part des défauts et des qualités" (Maupassant, 1884). Du droit, du droit civil (pacte commissoire, "clause d’un contrat par laquelle il est stipulé que la résolution sera encourue de plein droit en cas d’inexécution totale ou partielle" ; pacte de préférence, "convention par laquelle le propriétaire d’un bien, pour le cas où il le vendrait, le réserve au bénéficiaire de la clause, de préférence à toute autre personne, pour un prix déterminé ou déterminable" ; pacte sur succession future, "contrat dont l’objet est une succession non encore ouverte") et du droit international ("accord conclu entre Etats" ; pacte de non-agression, pacte de la Société des Nations, pacte atlantique), le nom pacte passe à l’histoire économique (pacte de famine, "accord qui aurait été conclu entre des financiers au XVIIIe siècle pour s’assurer le monopole des grains"), à la société (pacte social, "convention par laquelle les hommes sont unis en société et défèrent pouvoir et autorité à certains d’entre eux"), à l’économie (pacte colonial, "système élaboré pour régler les relations douanières entre les colonies et les puissances européennes, par lequel le marché colonial est réservé à la métropole et le monopole du pavillon est réservé à la marine métropolitaine").

Outre "convention", les auteurs du Trésor de la Langue française donnent à pacte le sens de "résolution par laquelle quelqu’un décide de rester fidèle à quelque chose" et, par métonymie, celui de "accord constant" avec la chance, l’enfer, la lâcheté, la mort.

Soit le pacte présidentiel. Ce serait de l’impiété inutilement insolente que de supposer que le candidat qui fait de ce pacte le fondement de sa propagande a passé un pacte avec le diable ou avec d’autres forces malfaisantes. Il est évident aussi qu’aucune convention n’a été signée entre ce candidat et les citoyens, ni accord, ni traité, ni accommodement. Aussi pacte ne peut-il signifier rien d’autre que "résolution". Le candidat annonce qu’il a pris une résolution, qu’il s’engage, qu’il est décidé - ce qui, pour un candidat, est redondant. Pourquoi se présenterait-il s’il n’était pas résolu à aller jusqu’au bout ou à appliquer son programme ? C’est ce que les citoyens attendent de tout candidat. Il est superflu de le préciser.

 

 

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