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07 mars 2007

Eponyme

 





Comme tous les mots comprenant onyme («nom»), tels antonyme, paronyme, synonyme, patronyme, toponyme, etc., éponyme est composé de mots grecs qui signifient « sur » et « nom ». En grec, c’est un surnom. En français, adjectif ou nom, il désigne des réalités propres à la Grèce antique. C’est au XVIIIe siècle, dans l’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot (1751-1765) qu’il est attesté pour la première fois et employé au sujet de la civilisation grecque. Il n’est relevé dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à partir de la sixième édition (1832-35) : ce «terme d’antiquité grecque désignait, à Athènes, celui des neuf archontes qui donnait son nom à l’année». Eponyme qualifie donc celui qui donne son nom à l’année pendant laquelle il exerce le pouvoir – et cela, afin de constituer, en fixant un comput, les annales d’une cité ou d’un Etat. C’est la définition de Littré (Dictionnaire de la Langue française) : «archonte éponyme, ou, substantivement, éponyme, le premier des neuf archontes d’Athènes qui donnait son nom à l’année» et des Académiciens, dans les huitième et neuvième éditions de leur Dictionnaire : 1935, «celui des neuf archontes qui, à Athènes, donnait son nom à l’année» et, dans l’édition en cours, «en histoire ancienne, se dit des magistrats qui donnaient leur nom à l’année». Les Académiciens ne s’illusionnent plus sur les connaissances de leurs compatriotes, même cultivés, en matière d’histoire de l’antiquité : ils traduisent prudemment archonte par magistrat, évitant aux lecteurs, dont aucun n’est spécialiste d’antiquité grecque, de se reporter à l’article archonte. C’est ce choix pour lequel ont opté les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994), qui donnent une plus grande extension que les Académiciens à ce mot. Il est propre aussi l’antiquité romaine : «magistrat qui donnait son nom à l’année pendant laquelle il exerçait sa charge», comme dans les exemples «archonte, éphore, roi, empereur et dignitaires éponymes» (in L’Histoire et ses méthodes, 1961).
    Le mot a un sens plus étendu encore que ne l’indiquent les Académiciens dans la sixième édition (1832-35) de leur Dictionnaire. Selon Littré, éponyme «se dit aussi des divinités qui, donnant leur nom à une ville, l’avaient sous leur protection» (ainsi «les dieux éponymes, et, substantivement, les éponymes»). De même les Académiciens en 1932-35 : «il se disait aussi des dieux, des héros, dont une ville, une tribu portait le nom» (ainsi «les héros éponymes des dix tribus d’Athènes»). Dans le Trésor de la Langue française et dans la neuvième édition (en cours) du Dictionnaire de l’Académie française, l’ordre dans lequel les deux sens sont exposés est renversé : le sens étendu est cité en premier et le sens de «magistrat donnant son nom à l’année pendant laquelle il exerce son mandat» est cité en second ou mentionné comme spécial ou étendu : «en Grèce, divinité, héros, qui donnait son nom à un groupe de personnes, en particulier à une cité, à une tribu», in Trésor de la Langue française (ce sens est illustré d’un exemple tiré de Mérimée, 1855 : «il y avait quatre tribus qui reconnaissaient chacune pour héros éponyme un des quatre fils d’Ion») et, en histoire ancienne, «qui donne son nom à une ville, à une tribu, à une dynastie, etc.», in Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, en cours de publication (les exemples cités sont «Athéna était la déesse éponyme d’Athènes», «héros éponyme, dont une cité, une tribu tirait son nom», «les héros éponymes ou, substantivement, les éponymes des dix tribus d’Athènes». Cet ordre justifie l’extension ultime de ce nom à des réalités autres que les dieux, les magistrats, les héros, etc. et qui sont spécifiques du monde actuel : c’est, selon les auteurs du Trésor de la Langue française, «celui, celle, ce qui donne son nom à quelque chose ou à quelqu’un, à qui l’on se réfère, que l’on vénère» (ainsi, cité dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française, cet emploi jugé littéraire : «Washington est l'éponyme de la capitale fédérale des Etats-Unis»), et non un tout qui donne son nom à une partie, comme chez Péguy: «une autre patronne que l’histoire sera votre éponyme » (1914). En revanche, les emplois, dans l’extrait cité de L’Histoire et ses méthodes (1961, in Trésor de la Langue française : «le moulin à eau exigeait une chute d’eau appelée kataractê en grec, cataracta en latin ; de ce dernier mot sont sortis les noms de moulins éponymes des villages de Chalette, Charrette, etc.») et les emplois d’éponyme étendus à la critique sont conformes au sens grec premier de « qui donne son nom à quelque chose », à savoir un tout dont l’élément baptiseur fait partie. Lucien Leuwen et Andréi Roublev donnent leur nom à un roman et à un film. Ils en sont les personnages ou les héros éponymes.

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