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21 mars 2007

Assistance

 

 

 

 

Il n’y a pas d’entrée assistentia dans le Dictionnaire latin français de M. Félix Gaffiot. Le mot est de la langue latine de la chrétienté, employé par Saint Augustin au sens de "aide" aux IVe et Ve siècles. Il est attesté au début du XVe siècle dans le sens de "aide, secours" ("la seigneurie a eu métier (besoin) jusqu’ici de prince sachant et d’assistance de gens qui aient savoir") et au milieu de ce même siècle dans le sens "action d’assister à quelque chose", et cela, en conformité avec le sens du verbe latin assistere ("se tenir debout près de", "se placer auprès de"), dans Mystère du Vieil Testament ("Là m’assiérai par excellence au siège de la Trinité, Et vous autour, en assistance de ma gloire et félicité"), et, à la même date, au sens de "ceux qui assistent à quelque chose", à une cérémonie, par exemple : "honneur a la noble assistance, sages et prudents chevaliers".

Au XVIe siècle, Montaigne l’emploie dans ces trois sens : "chacun de l’assistance (ou assemblée) en ayant été abreuvé cent fois", "celui qui appelle Dieu à son assistance (ou aide) pendant qu’il est dans le train du vice", "c’est une intelligence qui se refroidit par une trop continuelle assistance (ou présence)". Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694), assistance est relevé avec ces trois mêmes sens : "présence" ("il a honoré cette cérémonie de son assistance") ; "assemblée en quelque lieu" ("j’en prends à témoin toute l’assistance") ; "aide, secours" ("prêter assistance"). Dans les éditions ultérieures, assistance est défini de la même manière avec des nuances. Ainsi, dans la quatrième, cinquième, sixième éditions (1762), il est précisé que le nom assistance, entendu dans le sens de "présence", "n’a guère d’usage qu’en style de pratique, soit en parlant de la présence d’un juge, ou d’un autre officier de justice dans quelque affaire du palais, soit en parlant de la présence d’un curé ou d’un autre prêtre dans quelque fonction ecclésiastique" ; ou encore assistance "en quelques ordres religieux"  ("corps des assistants qui composent le conseil de l’ordre").

Il en va de même dans le Dictionnaire de la Langue française (1863-1877). Littré note dans le Supplément de 1877 l’extension de ce nom à tout ce qui est social ou y ressemble, phénomène qui caractérise la NLF : "assistance publique, ensemble de l’administration et des établissements qui viennent au secours des malades et des nécessiteux". Le sens social se développe au XXe siècle, grand siècle de la religion sociale. Dans la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française, il est relevé les emplois œuvres d’assistance, assistance judiciaire, assistance privée (ou "secours de tout genre donné par les sociétés particulières"). Le développement du sens social entraîne la lente disparition du vieux sens de "présence", mentionné comme rare ou vieilli dans le Trésor de la Langue française (1972-94). Même le sens ancien (attesté au XVe siècle, cf. ci-dessus) de "action d’aider quelqu’un dans ses fonctions" a vieilli, au profit du sens religieux (secours charitable) et du sens "action de secourir quelqu’un" propre à la législation sociale. Ainsi chez Jaurès : "les dépenses vraiment communes et humaines, dépenses pour les travaux publics, pour l’instruction à tous ses degrés, pour l’assistance et l’assurance sociales, ne représentent encore qu’une faible fraction des budgets d’Etat". En un siècle, tout ce dont Jaurès notait l’absence est devenu la réalité massive : la "fraction des budgets d’Etat" est presque le tout ; le social qui était réduit à la part congrue est devenu l’essentiel. Les auteurs de ce Trésor relèvent les innombrables emplois d’assistance : éducative, judiciaire, médicale gratuite, psychiatrique, publique, et même dans le domaine international : assistance technique des Nations Unies, internationale, nucléaire, maritime. Même les sociétés d'assurance vendent de l'assistance aux personnes dans le monde entier. Les Académiciens, dans la neuvième édition (en cours) de leur Dictionnaire, prennent acte de ce phénomène.

En un siècle donc, le mot a été accaparé par les juristes et autres spécialistes en droit social et la chose qu’il désigne fait la seule activité des acteurs sociaux. Voilà qui donne une image, en miniature certes, mais fidèle, de l’ordre nouveau de la France ou, comme on voudra, des rets dans lesquels elle est enserrée.

 

 

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