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22 mars 2007

Extrémisme

 

 

 

Extrémiste et extrémisme

 

 

Voilà deux mots qui puent leur modernité. Extrémiste, adjectif et nom, est attesté en 1915, extrémisme en 1918. Dérivés l’un et l’autre de l’adjectif extrême, ils sont enregistrés plus tard dans les dictionnaires : extrémiste en 1932-35 dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française avec le sens de "celui, celle qui est partisan des idées et des résolutions extrêmes" (même les femmes peuvent donc être des extrémistes). Les Académiciens précisent que ce mot "s’emploie surtout dans la langue politique". Exemples : "le parti des extrémistes" et, adjectivement, "le groupe extrémiste". Il n'est pas précisé ce que sont dans la réalité des choses des "idées extrêmes". Pour comprendre ce qu'elles sont, il faut se reporter au réel. Après l’armistice de 1918, la guerre continue dans la politique : chacun rêve d’étriper l’ennemi de classe, de race, de voisinage, d'intérêts, etc. La politique, c’est la guerre avec d’autres moyens.

Le nom extrémisme n’est pas relevé dans le Dictionnaire de l’Académie française (1932-35). Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-94) le définissent comme la "tendance à adopter des opinions, des conduites extrêmes" et l’extrémiste comme "celui, celle, qui est partisan de l’extrémisme, notamment en politique". Des deux citations qui l’illustrent, il en est une dérisoire, qui infirme la définition : "j’étais extrémiste : je voulais tout ou rien" (Mme de Beauvoir, 1958). C’est une "jeune fille rangée" qui s’exprime. Alors, cette jeune fille, capricieuse, gâtée, insupportable sans doute - un embryon de la vieille fille revêche qu’elle est devenue -, n’était pas encore partisan de l’extrémisme en politique. Ayant signé l’allégeance à Pétain, elle a attendu quelques années encore avant de rallier la cause des tyranneaux de la Révolution. En revanche, la seconde citation illustre parfaitement ce qu’est l’extrémisme : "la fuite du roi avait accru l’audace des extrémistes qui demandaient la déchéance de Louis XVI. Si la monarchie disparaissait, ce serait le triomphe des plus violents. Les constitutionnels, qui croyaient toucher au port et fermer l’ère des révolutions, craignirent une anarchie sans fin" (Bainville, Histoire de France, 1924). La seule réserve que l’on puisse opposer à cet emploi d’extrémiste est son anachronisme. Peut-on désigner des hommes de la fin du XVIIIe siècle d’un terme qui n’existait pas à leur époque et qui leur est postérieur de plus d’un siècle ? Non, évidemment – sauf à transformer le passé en sujet de polémiques.

Dans la neuvième édition (en cours) du Dictionnaire de l’Académie française, les deux mots sont relevés. Un extrémiste est un "partisan des idées et des solutions les plus tranchées". La différence avec la définition de 1932-35 est dans solutions et tranchées, qui remplacent résolutions et extrêmes. En 1932, l’extrémiste s’en tenait à des résolutions. Soixante-dix ans plus tard, il a des solutions – appliquées entre 1939 et 1945 ou entre 1917 et 1989 (?). L’adjectif tranchées qui qualifie les solutions est-il une allusion à la guillotine ? Peut-être. Les exemples cités sont "les extrémistes de ce parti, un extrémiste de droite, un groupe extrémiste". Les Académiciens devraient savoir que les extrémistes sont plus nombreux et plus virulents à gauche qu’à droite : entre 85 millions de victimes (à gauche) et 10 millions de victimes (à droite), il n’y a pas d’égalité. Les Académiciens auraient été mieux inspirés s’ils avaient remplacé "de droite" par "de gauche" ou complété "un extrémiste de droite" par "et de gauche". Mais, c'eût été faire preuve d'insolence.  

En soixante-dix ans, les Académiciens ont compris que l’extrémisme n’était pas fait seulement d’idées, de résolutions ou de grands coups de gueule, mais qu’il avait une cohérence et qu’il reposait sur une vision du monde et une idée de l’homme. C’est une idéologie et cette idéologie a produit dans le monde des régimes, des décisions, des mesures, des lois, des modes de gouvernement. Ils le définissent comme "l’attitude ou la doctrine de l’extrémiste". Les exemples cités, à savoir "être gagné par l’extrémisme, l’extrémisme de ses idées, de ses positions", moins dérisoires que l’extrait de Mme de Beauvoir cité dans le Trésor de la Langue française, attestent, en particulier "être gagné par l’extrémisme", que l’extrémisme ne reste pas dans le ciel des idées, mais devient une réalité sinistre. Si de très nombreuses personnes sont ou ont été "gagnées par l’extrémisme", le risque est que l’extrémisme gagne partout dans le monde.

 

 

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