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26 mars 2007

Environnement

 

 

 

 

 

Longtemps, ce nom a été d’un emploi rare et limité. Il n’est enregistré dans aucune des éditions du Dictionnaire de l’Académie française publiées entre 1694 et 1935. L’édition en cours de ce dictionnaire est la première qui consacre un article à environnement. Ni Furetière (Dictionnaire universel, 1690), ni d’Alembert et Diderot (L’Encyclopédie, 1751-65) ne le relèvent. Dérivé du verbe environner, il est attesté au XIIIe siècle au sens de "circuit, contour" et, au siècle suivant, au sens de "action d’environner". Au XVIe siècle, Bernard Palissy l’emploie dans le premier sens : "on ne saurait faire une lieue au travers (sans) qu’elle (la lieue) n’en monte à plus de six, à cause des environnements (c’est-à-dire des "contours" ou des "circuits") qu’il faut faire pour en sortir". Le premier lexicographe qui ait inclus environnement dans son dictionnaire est Nicot (Thresor de la langue française, 1606), mais il se contente de citer les mots latins équivalents. Le premier à l’avoir défini, conformément aux significations du mot en ancien français, est Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-1877). La définition est expédiée en quatre ou cinq mots : "action d’environner, résultat de cette action". Le seul exemple que Littré ait trouvé est la phrase citée ci-dessus de Palissy.

Comme pour pallier l’oubli de ce mot pendant trois siècles, les Académiciens en exposent, dans l’édition en cours de leur Dictionnaire, les sens de l’ancien français, exposés par Littré, à savoir "action d’environner" et "résultat de cette action", que les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994) ne relèvent pas, les considèrant sans doute (et à juste titre) comme désuets depuis des siècles. Et alors que ceux-ci mentionnent comme rare l’extension du sens "résultat de l’action d’environner" "l'ensemble des choses qui se trouvent autour de quelque chose"  (exemple, "qu’est-ce que ce palais fait ici à Recanati, au lieu d'être dans son environnement naturel : Bologne, Milan ou même Rome ?" 1927), les Académiciens en font un des sens courants de ce mot : "ce qui entoure de tous côtés" ("vivre dans un environnement de forêts, travailler dans un environnement de livres").

En fait, le sens moderne apparaît en 1827. C’est un emprunt à l’anglais environment, défini dans le Oxford Advanced Learner’s Dictionary of Current English (1974) : "surroundings, circumstances, influences". Exemple : "Students of social problems investigate the home, social and moral environments of different classes of people". Il existe aussi en Grande-Bretagne une administration nommée Department of the Environment et dont les objectifs sont présentés ainsi : "government department responsible for land planning, construction industries, transport, preservation of public amenities, control of air and water pollution, the protection of the coast and the countryside".

Ce sont les géographes qui ont acclimaté en français ce sens anglais, à la place, ou comme synonyme, de milieu. Le grand géographe du début du XXe siècle, Vidal de la Blache, auteur de ces séries de cartes de France qui étaient naguère accrochées aux murs des salles de classe, l’écrit en des termes explicites : "les animaux et l’homme sont mieux armés que la plante pour réagir contre les milieux ambiants. Mais, si l’on réfléchit à tout ce qu’implique ce mot de milieu ou "d’environnement" suivant l’expression anglaise, à tous les fils insoupçonnés dont est tissée la trame qui nous enlace, quel organisme vivant pourrait s’y soustraire ?". Néologisme sémantique en 1921, il est entré au XXe siècle dans l’usage et il est même le seul sens courant d’environnement, que relève le Trésor de la Langue française : "ensemble des éléments et des phénomènes physiques qui environnent un organisme vivant". Il s'est soumis aussi, comme toute la nouvelle langue française,  à l'ordre social et a débordé de  cette "science humaine" assez bonasse qu'est la géographie vers le  social  : c'est donc aussi "ensemble des conditions matérielles et des personnes qui environnent un être humain". L'environnement est social (évidemment), culturel (évidemment), maternel (évidemment).

Le Trésor de la langue française a commencé à être rédigé à la fin des années 1960, avant que les seize volumes qui le composent n’aient été publiés entre 1972 et 1994. Alors, l’écologie n’était pas autant à la mode qu’aujourd’hui. Aussi le sens d’environnement, tel qu’il est exposé dans ce Trésor, est-il neutre ou surtout intellectuel : c’est un facteur explicatif ou une hypothèse qui rend compte de faits. Tout change trente ans plus tard dans l’édition en cours du Dictionnaire de l’Académie française : c’est "l’ensemble des agents chimiques, physiques, biologiques, et des facteurs sociaux exerçant, à un moment donné, une influence sur les êtres vivants et les activités humaines". Les "agents chimiques ou biologiques" s'ajoutent "aux éléments et phénomènes physiques" du Trésor. De plus, environnement vaut, par ellipse de l’adjectif, pour environnement naturel : "ensemble des éléments naturels de la biosphère". Les emplois cités sont protection de l’environnement et ministère de l’Environnement. En quelques années, l’idéologie dominante ou à la mode s’est emparé de ce mot et en fait son oriflamme. Il est écologique, alors qu’il ne l’était qu'en partie, quand il était un équivalent savant de milieu.

 

 

 

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