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27 mars 2007

Contribuer

 

 

 

 

 

 

Ce qui caractérise l’emploi de ce verbe dans l’histoire de la langue, c’est une double réduction.

Les constructions syntaxiques ont été réduites à une seule. Au XVIIe siècle, contribuer était transitif direct : "ce village contribue une telle somme pour la réparation des grands chemins ; ce pays contribue une somme considérable à une telle place forte" (Dictionnaire de l’Académie française, 1694) et pouvait être suivi de la préposition à, comme aujourd’hui : "il n’a rien contribué à la fortune, à l’avancement d’un tel, tout ce qu’il y a contribué, c’est etc., on lui a rendu ce qu’il y avait contribué" (idem). Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1877), en fait la remarque : "les auteurs du siècle de Louis XIV emploient contribuer activement ; c’est la forme latine, et, comme on peut voir à l’historique, la forme ancienne". De nombreux extraits d’écrivains illustrent cette syntaxe : "il faut que les souverains aient le pouvoir d’obliger les citoyens de contribuer ce qui est nécessaire pour satisfaire aux besoins de la patrie" (Fénelon). Même la construction à deux compléments, l’un direct, l’autre indirect, "contribuer quelque chose à quelque chose", était courante alors : "trois arts qui semblaient devoir contribuer quelque chose à mon dessein" (Descartes) ; "si j’ai contribué quelque chose à l’agrément de votre style" (Madame de Sévigné) ; "si je pouvais contribuer quelque chose à soulager" (Bossuet) ; "et ce qu’il contribue à votre renommée" (Corneille) ; "je souhaiterais néanmoins d’y contribuer quelque chose" (Pascal). Littré ajoute : "cette construction est aujourd’hui peu usitée, sans être aucunement incorrecte". Dans le Trésor de la Langue française (1972-1994), les constructions citées sont toutes indirectes : "contribuer à quelque chose" et "contribuer à faire quelque chose". Dans une remarque, les auteurs de ce dictionnaire relèvent une seule attestation du participe passé, employé comme adjectif, contribué, lequel est un vestige de l’ancienne construction directe, au sens de "qui est payé par les contribuables" : "cet excédent de valeurs contribuées est d’autant plus considérable que le pays est plus mal administré" (J-B Say, Économie politique, 1832).

Le sens de ce verbe aussi s’est restreint en trois siècles. Furetière, dans son Dictionnaire universel (1690), distingue cinq sens ou emplois. Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994) ne distinguent plus que deux sens ou emplois : "aider, participer (avec d’autres) à la réalisation d’un projet, d’une entreprise ; avoir une part, plus ou moins importante, dans la production d’un résultat, d’un état" et "payer sa part d’une dépense, d’une charge commune". Dans l’édition en cours du Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition), les Académiciens ne distinguent que deux emplois : "avec pour sujet un nom de personne, participer, collaborer à une œuvre commune" ; "avec pour sujet un nom de chose, concourir, avoir sa part à un certain résultat".

 

Ce verbe est emprunté au latin contribuere, "apporter sa part en commun" (in Dictionnaire latin français). Il est attesté en français à partir du XIVe siècle ; ainsi, chez Oresme : "si aucuns ont contribué pécuniairement pour mettre en marchandises, quant vient au distribuer, l’on en distribue à chacun selon la proportion des peccunes (de l'argent) qui furent contribuées". Furetière, dans son Dictionnaire universel (1690), relève cinq sens : "fournir sa part d’une imposition ou dépense commune" ; "aider de sa part, et autant qu’on peut, à l’action d’un autre, à la perfection d’un ouvrage", "se dit aussi pour des créanciers qui doivent porter une partie de la perte qu’il y a à souffrir dans une banqueroute", "se dit figurément en choses morales" ("ce ministre a beaucoup contribué à la fortune de ce prélat "), et enfin : "en termes de guerre, signifie payer à un prince ou à gouverneur ennemi des sommes auxquelles il lui plaît de taxer les villages voisins qui sont sous sa couleuvrine, pour les exempter d’être pillés ou brûlés". Dans le Dictionnaire de l’Académie française (1694, première édition ; 1762, quatrième édition ; 1798, cinquième édition ; sixième édition, 1832-35), ces cinq emplois ou sens sont réduits à trois : "aider en quelque façon que ce soit à l’exécution, au succès de quelque dessein, de quelque entreprise, y avoir part", "se dit encore pour payer extraordinairement quelque somme pour les nécessités publiques" et "se dit aussi, en parlant des sommes qu’on paye aux ennemis pour se garantir du pillage, et des autres exécutions militaires". Littré (in Dictionnaire de la Langue française, 1863-1877) relève ces mêmes sens : "payer sa part d’une dépense ou d’une charge commune" ; "avoir part à un certain résultat" ; "absolument, payer à l’ennemi une somme d’argent pour se garantir des exécutions militaires" et "faire contribuer, se dit par abus, des voleurs de grand chemin qui dévalisent les passants".

Dans les dictionnaires du XXe siècle, le sens militaire ou criminel de ce verbe, à savoir "payer à l’ennemi une somme d’argent pour se garantir des exécutions militaires" et "faire payer les voyageurs", n’est plus relevé. C'est dommage. Ce que montre ce verbe, c'est que l'action de contribuer peut être faite aussi bien par l'Etat que par une puissance étrangère armée ou des bandits de grand chemin. Cela ne signifie pas que ces trois "agents" se ressemblent ou soient identiques : l'Etat, même s'il est le seul détenteur de la violence légale, n'est pas une bande armée, ce n'est pas non plus une force étrangère. Mais il est troublant de constater une homologie entre ces préleveurs de contributions, légales ou non. Il semble cependant que ces violences aient disparu ou qu’elles aient pris d’autres formes, soit que le droit ait supprimé la force pure dans les relations entre les Etats ou entre l'Etat et les citoyens ou que la guerre se fasse avec d'autres armes, soit que les bandits de grand chemin aient été empêchés de nuire. Mais il n’est pas dit que ces emplois ne doivent pas un jour être exhumés pour décrire les réalités nouvelles de la France.

 

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