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05 avril 2007

Guerre civile

 

Guerre civile européenne

 

 

Le premier lexicographe à avoir défini les mots guerre civile est Furetière. Dans son Dictionnaire universel (1690), il écrit : "guerre civile ou intestine (intestine est un synonyme de civile), celle qui se fait entre les sujets d’un même royaume, entre les parties d’un même Etat". Il illustre cet emploi de deux exemples historiques, dont on peut douter de la justesse, du point de vue de l’histoire, non de celui de la langue : "les guerres civiles des Romains ont enfin ruiné (ont fini par ruiner) la République" et "les guerres civiles de Grenade ont détruit la puissance des Maures en Espagne". En 1694, les Académiciens, après avoir défini la guerre comme une "querelle entre deux princes, entre deux Etats souverains, qui se poursuit par la voie des armes", illustrent ce sens des emplois suivants : "guerre sanglante, juste, civile, intestine, étrangère, entre les chrétiens, contre les infidèles, sainte" (première édition). Dans la quatrième édition et dans les éditions suivantes du Dictionnaire de l’Académie française, les mots guerre civile sont suivis d’une définition spécifique : "on appelle guerre civile et guerre intestine la guerre qui s’allume entre les peuples d’un même État" (1762, 1798). Dans la sixième et la huitième éditions (1832-35, 1932-35), les Académiciens remplacent peuples par citoyens et ils enrichissent la définition d’un autre exemple : "guerre civile, guerre intestine, guerre qui s’allume entre les citoyens d’un même État ; guerre étrangère, guerre contre les étrangers ; le double fléau de la guerre civile et de la guerre étrangère". C’est ainsi que Littré définit guerre civile dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1877) : "guerre civile, guerre intestine, guerre entre les citoyens d’un même État" et il l’illustre d’exemples qu’il extrait des meilleurs auteurs ; de Corneille : "la guerre civile est le règne du crime" ; de Racine : "Quelle guerre intestine avons-nous allumée ?" ; de Voltaire : "la guerre civile qui désolait alors l’Angleterre et qui fit tomber sous la hache d’un bourreau la tête de Charles I, avait commencé par un impôt de deux schellings par tonneau de marchandise" ; de Raynal : "les guerres civiles prennent leur esprit des causes qui les ont fait naître". Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994) reprennent cette définition ("lutte armée entre citoyens d’un même pays"), de même que les Académiciens (neuvième édition, en cours) : "guerre civile ou guerre intestine, qui oppose les citoyens d’un même État".

En trois siècles, la définition de guerre civile est restée la même : du moins, les auteurs de dictionnaires n’ont pas noté de changement dans les emplois de ces deux mots. La seule modification notable est le remplacement de peuples (d’un même Etat) par citoyens (d’un même Etat). Elle se produit au début du XIXe siècle et elle tient surtout à l’assomption du mot citoyen dans le ciel de la politique.

 

Or, il est des "savants" qui sont en train de réviser, tout seuls, sans vergogne, ni scrupule, le sens de guerre civile, en désignant de ces mots les conflits qui ont déchiré le monde (et pas seulement l’Europe) entre 1914 et 1918 et entre 1939 et 1945. C’est la thèse dite de "la guerre civile européenne", laquelle, selon des historiens, aurait commencé en 1917 et se serait achevée en 1945 ou en 1989, et, selon d’autres, aurait déchiré de 1914 à 1945, sinon toute l’Europe (auquel cas, elle aurait duré jusqu’en 1989), du moins la seule Europe de l’Ouest. Pour que les mots guerre civile soient adéquats et qu’ils désignent de façon juste les conflits mondiaux, il faudrait que l’Europe eût été formée d’un seul et même Etat (ce qu’elle n’était pas en 1914 et encore moins en 1939, et ce qu’elle n’est toujours pas) et que les ressortissants des pays européens (Pays-Bas, Allemagne, Italie, Croatie, Tchécoslovaquie, etc.) eussent été citoyens de cet Etat unique et en eussent eu la nationalité. Aucune de ces conditions n’est remplie. En conséquence, les mots guerre civile sont faux, impropres, abusifs, mensongers, quand ils désignent les conflits mondiaux du XXe siècle. Ils n’éclairent pas, ils trompent ; ils ne disent pas la réalité des choses, ils la déforment. Ils obscurcissent la connaissance historique, en faussant la réalité des guerres de 1914-1918 et de 1939-1945. Ces guerres, surtout la seconde, ont été totales; elles n'ont pas été civiles. Ce que les mots guerre civile gomment, c’est la réalité, à savoir la nature des forces et les ambitions impériales d’un Reich, deuxième, puis troisième, du nom, qui a déclenché les hostilités, envahi les pays voisins et utilisé le premier des moyens de destruction massive : gaz de combat et bombardements aériens de civils. Parler de guerre civile européenne, c’est effacer tout cela, mettre les ennemis sur le même plan : tous coupables, même ceux qui ne faisaient que défendre leur pays envahi. C’est à la fois du révisionnisme et du négationnisme.

Que de savants docteurs labellisés soient ainsi pris la main dans le sac n’est pas nouveau. Que l’on ne s’indigne pas. C’est dans l’ordre naturel des choses. Ils procèdent toujours ainsi.

 

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