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06 avril 2007

Efficacité

 

 

 

 

Ce nom est un emprunt au latin efficacitas qui signifie "force, vertu". Il apparaît en français en 1495 au sens de "caractère de ce qui est efficace" et s’applique d’abord aux sacrements chrétiens (baptême, mariage, communion, etc.). C’est dans ce sens que le relèvent les Académiciens dans les quatre premières éditions de leur Dictionnaire (de 1694 à 1762) : encore l’emploi est-il restreint à la seule "grâce". Dans les autres cas, nos lointains ancêtres employaient le nom efficace. "Il signifie la même chose qu’efficace, substantif, mais il est moins en usage, et il se dit principalement de la grâce" (exemple : l’efficacité de la grâce) (1694, 1762). Dans la cinquième édition, en 1798, le mot garde le sens d’efficace. Ce qui change, c’est l’usage : entre deux éditions que séparent trente-six années, ces mots ont échangé leur fréquence d’emploi : "il signifie la même chose qu’efficace, substantif ; mais il est beaucoup plus en usage". Il s’étend aussi à d’autres réalités que la grâce, qu’elles soient religieuses ou non, prières ou remède, comme l’attestent les exemples cités (l'efficacité d’un remède, l’efficacité des prières, l’efficacité de la grâce). Dans une remarque de l’article efficacité, Littré cite des grammairiens du XVIIe siècle : "il y a des prédicateurs et des écrivains qui usent de ce mot ; il n’est point français ; il faut dire efficace" (le père Bouhours). Un des contemporains de Bouhours, d’Aisy, in Le Génie de la langue française, 1685, "rejette aussi efficacité". Littré conclut ainsi : "maintenant ce mot est pleinement reçu, et efficace a vieilli".

D’ailleurs, les Académiciens cessent, dans la sixième édition (1832-35) de leur Dictionnaire, de définir efficacité comme un équivalent plus ou moins fréquent du nom efficace. C’est la "force, la vertu de quelque cause, pour produire son effet", les causes pouvant être un remède, des prières, la grâce. Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1877), réduit l’efficacité à la "qualité de ce qui est efficace" et ne l’applique qu’à deux réalités : un remède et la grâce.

 

Ce mot ne se dit de personnes que dans la langue moderne. Il est employé dans le sens de "qualité d’une personne efficace" en 1861 par le philosophe Cousin, encore que la "personne" efficace soit la transcendance ou Dieu : "toute efficacité n’appartient qu’à un seul être, à l’être infini, devant lequel la nature et l’homme sont si peu de chose". Cousin, en 1861, continue à rapporter ce mot à la théologie – et ce, conformément à l’histoire de ses sens : 1495, il se dit des sacrements, longtemps il ne s’est dit que de la grâce. Il ne se dit de remèdes que depuis la fin du XVIIIe siècle. Cette évolution confirme le phénomène déjà noté à propos d’une dizaine d’autres mots, tels militant, création, propagande, manifestation, etc., à savoir le lent effacement de la théologie et l’utilisation d’une partie de son vocabulaire pour désigner des faits sociaux.

Dans la huitième édition (1932-35) de leur Dictionnaire, les Académiciens continuent de faire de l’efficacité une qualité de choses matérielles ou d’une cause quelconque : "force, vertu de quelque cause pour produire son effet" (un remède, une loi, la grâce). Ils ne relèvent pas l’emploi d’efficacité à propos d’une personne. Ces deux emplois sont nettement distingués dans le Trésor de la Langue française : "caractère de ce qui est efficace" : la prière, les sacrements, l’armée, la violence ouvrière dans les grèves, les masques, un texte, le théâtre, et "qualité d’une personne dont l’action est efficace" (synonymes : efficience, rendement), définition qui est exprimée avec plus de justesse par les Académiciens dans la neuvième édition (en cours) de leur Dictionnaire : "aptitude d’une personne à accomplir sa tâche avec succès, à réussir dans ses entreprises". A la différence des auteurs du Trésor de la Langue française et de leurs prédécesseurs qui n’en pipent mot depuis 1832-35, les Académiciens, dans la neuvième édition (en cours) de leur Dictionnaire, ont le mérite, notant l’emploi d’efficacité en théologie, de rappeler, sans le dire directement certes, qu’efficacité a longtemps eu un sens théologique. Certes, ils se contentent de le gloser par un synonyme, à savoir le nom efficace, et de l’illustrer du vieil exemple : l’efficacité de la grâce. Ainsi, un pan de la vieille langue française n’a pas totalement disparu.


 

 

 

 

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