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09 avril 2007

Opposable

 

 

Opposable et droits opposables à

 

 

 

Ce terme d’anatomie a été fabriqué par Cuvier et employé dans Anatomie comparée en 1805 à propos du pouce, au sens de "qui peut être mis en face" ou "qui est mis vis-à-vis de". Un demi siècle plus tard, Bescherelle, dans son Dictionnaire national ou Dictionnaire universel de la Langue française, y donne le sens figuré de "qui peut être donné comme argument contraire". Émile Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1877), relève ces deux sens : "qui peut être mis en face, vis-à-vis" (ainsi "le pouce est opposable aux autres doigts") et "qui peut être dit contre, mis contre" (ainsi "il n’y a pas d’argument opposable à ce dilemme").

Les Académiciens, dans la septième édition (1878) de leur Dictionnaire, relèvent aussi cet adjectif. Dans la huitième édition (1932-35), il est défini ainsi : "qui peut être opposé, mis en face, vis-à-vis". Les Académiciens notent qu’il "s’emploie spécialement en termes d’anatomie", reprenant l’exemple de Littré ("le pouce est opposable aux autres doigts"), et se contentant d’illustrer le sens figuré d’un exemple, sans le définir : "figuré, cet argument n’est pas opposable à ma façon de voir".

Jusqu’en 1935, opposable a donc un sens anatomique qui a été étendu par figure (par métaphore) à des arguments qu’un orateur ou un clerc oppose à une thèse ou à d’autres arguments.

Le sens juridique et social, qui est en vogue aujourd’hui dans les media ou les discours militants ("droit opposable au logement", "droit opposable à la garde d’enfants", "droit opposable à l’éducation", etc.), est à la fois récent et moderne. Récent, il est attesté en 1981 : "que l’on peut faire valoir contre un tiers" (cité dans le Trésor de la Langue française, 1972-1994). Il est vrai que le nom opposabilité, employé dans un sens juridique, est plus ancien, puisqu’il apparaît en 1936 : "caractère d’un droit ou d’un moyen de défense que son titulaire peut faire valoir contre un tiers", cité dans le même Trésor et illustré par une phrase quelque peu sibylline, extraite d’un ouvrage de M. Vedel, Droit constitutionnel (1949) : "mais par la promulgation, le texte est devenu de façon complète une loi et produit déjà des effets, abstraction faite de son opposabilité aux citoyens regardés comme des tiers qui, eux, ne sont liés que par la publication". Cet adjectif n’est pas seulement récent, il est aussi moderne, au sens où il condense en lui ce qui fait l’essence (souvent détestable) de la modernité. Le tiers à qui un droit peut être opposé est aujourd’hui, dans quasiment tous les cas, non pas un citoyen, mais l’Etat ou une collectivité publique. C’est contre l’Etat que des citoyens sont invités à se retourner pour jouir d’un droit, lequel était jadis un devoir. En effet, dans la morale commune et dans la France de naguère, il était fait obligation aux citoyens de se loger ou aux familles de loger leurs enfants ou de garder et d’éduquer leurs enfants. Désormais, c’est à l’Etat, c’est-à-dire aux autres citoyens, qui, eux, remplissent leurs devoirs, qu’il incombe de remplir les obligations des citoyens défaillants, négligents, légers ou irresponsables.

 

 

 

 

Commentaires

Petite trace de mon passage!
Bonne journee
Deborah

Écrit par : Deborah | 11 avril 2007

des mots , des mots !

toujours des Maux !

quelle démo !

http://decadence-europa.over-blog.com/article-6322290.html

Écrit par : le comte vert | 11 avril 2007

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