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10 avril 2007

Ordinateur

 

 

 

 

 

Emprunté au latin impérial ordinator, au sens de "celui qui met en ordre, qui règle", le mot ordinateur, nom et adjectif, est attesté en 1491 : "Jésus-Christ... était le nouvel instituteur et ordinateur du baptême". A la fin du XVIe siècle, l’historien Pasquier l’emploie dans le sens de "celui qui est chargé de régler les affaires publiques" et Bossuet, en 1703, "celui qui confère un ordre dans l’Église".

Ce vieux mot français, un peu savant et qui sent son latin, n’est enregistré dans aucune des éditions du Dictionnaire de l’Académie française (1694-1935). En revanche, Jean-François Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) le relève : "on trouve ce mot, écrit-il, dans l’Histoire d’Angleterre pour signifier "qui fait des ordonnances". Il est vrai que le traducteur l’a mis (écrit) en italique pour faire voir (comprendre) qu’il le risquait". L’exemple est : "le Roi permettait que ces ordinateurs s’unissent entre eux et leurs amis". Féraud fait suivre ce relevé d’une remarque tout à fait inappropriée : " ce mot, forgé peu heureusement (en fait, il est emprunté au latin), a l’air d’être longtemps barbare". En réalité, il désigne, comme le montrent les exemples cités ci-dessus, de hautes réalités et il est l’un des plus civilisés qui soient. "Il se dirait plutôt, continue Féraud, d’un Évêque qui fait des ordinations, mais l’usage est pour ordinant – sauf chez Bossuet".

 

Littré est le premier lexicographe qui distingue dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1877) deux emplois : l’un adjectif, l’autre nom. Adjectif, il signifie "qui met en ordre, qui arrange". Diderot en use : "il pensait que la cause universelle, ordinatrice et première était bonne". Littré précise que, entendu dans ce sens, ordinateur est en concurrence avec ordonnateur. Employé comme nom, il désigne la personne qui "confère un ordre de l’Église" ; ainsi chez Bossuet : "quel crime c’est de reconnaître pour Églises celles qui ne peuvent pas rapporter la suite de leurs pasteurs aux apôtres comme à leurs ordinateurs". Les apôtres sont les ordinateurs des pasteurs : ceux-ci tiennent leur caractère sacré de ceux-là.

Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-94) jugent que ces deux sens sont vieux, aussi bien l’adjectif que le nom. Le nom est un terme de liturgie. Le sens en est : "celui qui confère le sacrement d’un ordre ecclésiastique". C’est ainsi que le mot est défini dans les dictionnaires des XIXe et XXe siècles. L’adjectif au sens de "qui ordonne, dispose, met en ordre" est supplanté par ordonnateur, ordonnatrice. Il est illustré d’une phrase d’Alain (1921) : "le geste humain met la chose en place et la considère ; tout est spectacle pour l’homme, et même son action. Non point doux par cela seul ; redoutable au contraire par cette activité ordinatrice".


C’est en 1956 qu’ordinateur est utilisé en informatique, pour traduire le nom anglais computer, lequel signifie proprement "calculateur". Or, un ordinateur n’est pas seulement une machine qui fait des calculs, comme l'atteste la définition du Trésor de la Langue française : "machine algorithmique composée d’un assemblage de matériels correspondant à des fonctions spécifiques, capable de recevoir de l’information, dotée de mémoires à grande capacité et de moyens de traitement à grande vitesse, pouvant restituer tout ou partie des éléments traités, ayant la possibilité de résoudre des problèmes mathématiques et logiques complexes, et nécessitant pour son fonctionnement la mise en oeuvre et l’exploitation automatique d’un ensemble de programmes enregistrés". De ce point de vue, le mot français ordinateur, même s'il est très éloigné du sens premier de ce mot, est plus juste, au sens où il est adéquat à la chose qu'il désigne, que le mot américain computer ou sa traduction par calculateur.  

Le Trésor de la Langue française a été rédigé à partir des années 1960 et publié dans les deux décennies qui ont suivi. Alors, les ordinateurs étaient utilisés surtout par des entreprises ou des administrations. La vogue des PC (ou ordinateurs personnels) n’avait pas commencé. Les auteurs du Trésor se contentent de nommer quelques mots composés avec ordinateur : micro-ordinateur, mini-ordinateur. Les autres, tels PC, portable, ordinateur personnel, ne sont pas encore entrés dans l’usage.

 

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