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19 avril 2007

Progrès

 

 

 

 

 

En latin, progressus, auquel est emprunté progrès, a pour sens "marche en avant". Il tient ce sens concret du verbe progredior, dont il dérive et qui signifie "aller en avant". En français, progrès est attesté au milieu du XVIe siècle dans le sens de "mouvement en avant" ou "d’accroissement" ou "d’amélioration". Ce sont ces sens que relèvent les Académiciens dans la quatrième édition de leur Dictionnaire (1762) : "proprement avancement, mouvement en avant" (le progrès du soleil dans l'écliptique, le progrès journalier du soleil, arrêter le progrès du feu, de l'incendie) ; "il se dit particulièrement d’une suite de conquêtes" (ce général a fait de grands progrès en peu de temps, et avec peu de troupes) ; "il se dit aussi de toute sorte d’avancement, d’accroissement, d’augmentation en bien ou en mal" (le commencement, le progrès et la fin d'une maladie, faire du progrès dans les études, dans les sciences).

Le sens moderne, celui que les prétendus progressistes vont imposer au XIXe siècle, à savoir "mouvement en avant de la civilisation vers un état de plus en plus florissant", est récent. Il date de 1757 (Mirabeau). Littré, qui était positiviste, homme de science et de progrès, ne consacre, dans son Dictionnaire de la langue française (1863-1877), qu’un tout petit articulet à ce sens nouveau. C’est en 7° : "absolument, il se dit du mouvement progressif de la civilisation, des institutions politiques" (exemples : "nier le progrès", "être partisan du progrès"). Les autres sens sont les sens classiques : "mouvement en avant" (le progrès du soleil dans l’écliptique) ; "suite de succès militaires et autres" ; "toute sorte d’augmentation, d'avancement en bien" (il fait des progrès dans ses études).

Dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35), les Académiciens glosent le sens idéologique nouveau en ces termes prudents : "il se dit absolument du mouvement en avant de la civilisation", l’illustrant de cet exemple éloquent : "l’idée de progrès chère au dix-huitième siècle". Les auteurs du Trésor de la langue française (1972-1994) semblent exprimer plus d’enthousiasme que les Académiciens vis-à-vis de cette idée, qu’ils définissent ainsi : "comme mot de civilisation, le plus souvent avec une majuscule : évolution de l’humanité vers un terme idéal". Le terme est idéal, il n’est pas près d’arriver. Bien entendu, l’inévitable Hugo est cité. Il croyait dans le Progrès sans limite : "ce jour-là vous adopterez (...) comme point de départ absolu et nécessaire du Progrès, l’enseignement gratuit et obligatoire" (1864). Aujourd’hui, s’il constatait le désastre de l’école, il en rabattrait de ses illusions. Progrès a fini aussi par contaminer la politique. Les hommes ou les gens ou les républicains de progrès se déclarent tous capables d’atteindre le terme idéal. On les préfèrerait un peu moins sots, un peu moins cupides, un peu moins méprisants pour leurs semblables.

 

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