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23 avril 2007

Conformiste

 

 

 

En anglais, conformist, dérivé du verbe to conform, emprunté au français conformer, est attesté comme terme de l’histoire religieuse de l’Angleterre depuis 1634. Il a été introduit en français en 1666 comme terme de civilisation anglaise et enregistré dans les dictionnaires à compter de la deuxième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1718). Dans la quatrième édition (1762), il est défini ainsi : "celui qui fait profession de la religion dominante en Angleterre". Les Académiciens précisent que, dans ce pays, "on y appelle non-conformistes tous ceux qui sont d’une autre communion" (que la religion anglicane). Émile Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1877), reprend cette définition : "dans le langage ecclésiastique de l’Angleterre, celui, celle qui se conforme au culte établi par les lois du pays : ceux qui professent une autre religion sont appelés non-conformistes", illustrant ce sens d’une citation de Bossuet : "l’église anglicane met les calvinistes puritains au nombre des non-conformistes". Dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), c’est la définition retenue : "celui, celle qui fait profession de la religion de l’église anglicane".

C’est dans la seconde moitié du XXe siècle que le mot s’étend à d’autres réalités qu’à celles de l’Angleterre. En 1930, Paul Valéry emploie non conformiste pour désigner les personnes "qui ne se conforment pas aux coutumes traditionnelles, aux opinions reçues", ce qu’atteste l’article conformiste du Trésor de la Langue française (1972-94) : "Par analogie et péjorativement, personne qui se conforme passivement aux usages établis, aux traditions". Ainsi, un esprit peut être "conformiste". L’antonyme n’est plus non conformiste, mais anticonformiste.

En 1961, Mauriac, a compris que le sens de ce nom et ce qu’il désigne étaient affectés de profondes modifications : "on est conformiste aujourd’hui comme jamais, il me semble, on ne le fut. Hors la sexualité, point de salut". Le paradoxe tient en ceci : tout le monde se conforme à la religion dominante, qui n’est pas la religion anglicane, mais la religion sociale et humanitaire – celle des bons sentiments et des intentions pures : plus exactement, le conformisme consiste à faire comme tout le monde dans le show-biz et à singer ce que Debouze, Canal +, France 2 et 3, Arte, etc. font, à savoir se plier aux comportements les plus largement répandus, qui auraient été jugés contraires aux lois ou aux mœurs un siècle auparavant.

Dans la neuvième édition (en cours) de leur Dictionnaire, les Académiciens avalisent l’évolution du sens de ce mot : le conformiste "adopte une conduite conforme à celle qui est en usage dans le milieu où il vit". Ce sont les prétendus rebelles, les anticonformistes de profession de soi, les subventionnés de la subversion qui sont les grands conformistes de notre millénaire : ils imposent des comportements et ils exigent de tous qu’ils s’y plient, en se conformant "en toutes circonstances aux idées reçues, aux façons de vivre en usage dans leur milieu, aux coutumes, aux traditions". La modernité offre aux tartufes un réservoir inépuisable de poses. L’anticonformisme y est la conformité absolue au modèle dominant.

 

 

 

 

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