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24 avril 2007

Ensemble

 

 

Grands Ensembles

 

 

 

L’adverbe ensemble s’emploie comme un nom depuis la fin du XVIIe siècle. Dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1762), ce sens est relevé : "ensemble s’emploie substantivement pour dire ce qui résulte de l’union des parties différentes qui composent un tout", comme dans ces phrases : "il y a de belles figures dans ce tableau, de beaux morceaux dans ce bâtiment, mais l’ensemble n’en vaut rien". Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), ajoute à cet emploi ("union des parties dans un tout ; l’effet qui en résulte") le terme de musique, le terme militaire ("cohésion qui est entre les parties d’un corps de troupe") et le sens de "totalité" : "l’ensemble des hommes qui peuplent la terre, l’ensemble des nations européennes, l’ensemble des ordonnances des anciens rois de France".

Au XXe siècle, le nom ensemble s’étend à de nouvelles réalités, surtout sociales. L’article qui y est consacré dans le Trésor de la Langue française (1972-1994) est beaucoup plus long que celui du Dictionnaire de Littré ou que les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française. La modernité pense en termes de totalité, d’assemblage, de cohésion. Elle a fait du mot ensemble, qu’il soit nom, au singulier et au pluriel, ou qu’il soit adverbe ("ensemble, tous ensemble, tous" des supporteurs de l'OM et "ensemble, tout devient possible", slogan d'un candidat à l'élection présidentielle), une de ses oriflammes, comme l’exprime assez justement Flaubert : "car le monde, (...) forme un ensemble dont toutes les parties influent les unes sur les autres, comme les organes d’un seul corps"  (1874).

Le nom s’emploie dans l’ameublement ("ensemble Empire, Louis XVI ; la salle à manger est un de ces ensembles Renaissance ; ensemble de style, plaqué bois de rose, traité en ébénisterie") et surtout dans l’architecture, ou bien dans le sens de "corps de monuments civils"  ("ensemble architectural, immobilier, ces beaux ensembles comme la Place Vendôme, la Place de la Concorde"), ou bien, précédé de l’adjectif grand, dans le sens de "corps de bâtiments d’habitation couvrant une grande superficie et comportant les services commerciaux nécessaires à la vie quotidienne des résidents". Dans la neuvième édition (en cours) du Dictionnaire de l’Académie française, il est défini, comme terme d’architecture, de la même façon : "un grand ensemble, groupe d’immeubles d’habitation disposant d’équipements collectifs communs".

Le mot grand ensemble date du début des années 1960 : "un second cercle de 12 km de rayon environ peut délimiter la zone d’influence GEH (grand ensemble d’habitation) situé à moins d’une demi-heure de trajet du centre. Dans cette zone, les habitants du grand ensemble peuvent être desservis en partie par les équipements généraux du grand ensemble". Voilà comment des architectes d’avant-garde, inspirés par le génial Le Corbusier, formalistes et progressistes à tout crin, ont construit en lieu et place de villes des "paradis" ou des mondes nouveaux, qui se sont révélés rapidement être des enfers. Ces architectes avaient beau être à l’avant-garde du progrès en marche, il ont été sages : ils ont prudemment évité de s'installer, eux, leur famille et leurs descendants, dans ces "paradis".


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