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29 avril 2007

Humanitaire

 

 

Ce mot moderne, attesté en 1835 (Lamartine : "c’est un épisode de mon poème humanitaire"), est enregistré dans les dictionnaires à compter de la fin du XIXe siècle : d’abord, dans le Dictionnaire de la Langue française de Littré ("néologisme : qui intéresse l’humanité entière"), puis dans la septième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1878) : "il se dit de certaines opinions, de certaines doctrines qui visent au bien universel de l’humanité" (exemple "des tendances humanitaires"). Littré, comme les Académiciens, note que cet adjectif est aussi employé comme un nom pour désigner un "partisan de l’humanité considérée comme un grand être collectif", ce qui ne signifie rien, sinon que ce mot se rapporte à la nouvelle grande religion, sociale et humanitaire, qui, en Europe, a supplanté la religion chrétienne. Les Académiciens, dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35), précisent que ce mot "se dit aussi des personnes qui professent des opinions, des doctrines humanitaires" et que, "dans ce sens, on l’emploie quelquefois comme nom" (exemple "un humanitaire").

Le sens idéologique "partisan de l’humanité considérée comme un grand être collectif" est tellement creux qu’il est souvent ironique : "on rabâche des vieilleries humanitaires ou esthétiques" (Flaubert, 1852) ; "George Sand est plus que jamais dans l’humanitaire aussi ; elle appelle cela croire" (Sainte-Beuve, 1842). Au XXe siècle, le sens tout idéologique s’estompe, mais ne disparaît pas. Humanitaire se rapporte aux actions qui peuvent être accomplies en faveur de l’humanité qui souffre. Jadis, c’était les bonnes sœurs qui venaient au secours de l’humanité souffrante ; aujourd’hui, ce sont des diplômé(e)s du lycée ou de l’université. Les premières agissaient par charité, c’est-à-dire par amour ; les seconds par idéologie : ils croient dans un grand être collectif. Autrement dit, ce qui donne un sens aux actions humanitaires, c’est l’idéologie. L’humanité s’est substitué à Dieu, au Christ, au peuple, à la classe sociale, aux relations de bon voisinage. Les humanitaires ne partagent rien avec leurs voisins, mais tout avec les déshérités du Darfour, d’Afghanistan ou de Papouasie. L’être collectif est loin et ailleurs. S’il n'était pas exotique, il n’aurait pas d’intérêt. Le sens moderne d’humanitaire est le suivant : "qui s’attache à soulager l’humanité souffrante, à venir en aide aux hommes dans le besoin, dans la détresse" (in Trésor de la Langue française, 1972-1994). Il peut se dire d’une personne (un sociologue humanitaire), d’une morale, d’une doctrine ("cette avidité commerciale demeure si forte chez l’anglo-saxon qu’elle étouffe chez lui les conséquences logiques et déprimantes de l’idéal humanitaire et soulève sa combativité dès qu’il s’agit d’assurer, fût-ce par la guerre, le succès des desseins économiques", 1902), d’idées, de sentiments, des actions entreprises au nom de cette morale. Dans l’édition (en cours) de leur Dictionnaire, les Académiciens amendent la définition qu’ils ont donnée d’humanitaire en 1878 et en 1932-35, tout en conservant le sens idéologique premier : c’est encore "qui vise au bien de l’humanité", mais c’est surtout "qui cherche à améliorer la condition des plus déshérités, à lutter contre les maux et les injustices" : sont humanitaires les mesures, les missions, les organisations, les buts, les associations.

Ce qui est nouveau, c’est l’emploi d’humanitaire comme nom, non plus pour désigner celui qui, comme George Sand, croit dans le grand être collectif, mais les adhérents d’une organisation ou d’une association à but humanitaire : la presse informe à intervalles réguliers que des humanitaires sont tué(e)s ou violé(e)s ou maltraité(e)s ou pris(es) en otage. En Afghanistan, ce ne sont pas des idéologues qui ont été pris en otage et dont la vie est échangée contre une politique, mais des illuminés qui ont porté secours à des personnes qui sont sans doute moins déshéritées qu’eux-mêmes.

 

 

Commentaires

A "Boulon" : merci de vos commentaires. Il est de grands écrivains et penseurs aujourd'hui qui sont méconnus ou condamnés au silence ou dont les bien pensants se défient. Parfois, ils sont censurés. Il est de notre devoir de faire connaître leur oeuvre et de les soutenir.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 29 avril 2007

la légende dorée pourra bientôt s'enrichir , au Brésil , de
San LULA , le sympatico amigo des pauvres :

- pour essayer de combler une dette estimée à 242 milliards de § , il a choisi :

- de raser quasi-totalement l 'amazonie

- de confier ce territoire à la destruction massive pour plantation de canne à sucre et soyabean

- à la poursuite de la production des bio-carburants

- les massacres d'indiens continuent sans aucune protection " réelle "

- mais étant éffectués sous la période " LULA " , ces malheureux meurent pour la bonne cause , comme les 300 000 chouans de Vendée

Écrit par : Le comte vert | 29 avril 2007

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