Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30 avril 2007

Mobilisation

 

 

 

 

 

Ce nom, dérivé du verbe mobiliser, est attesté pour la première fois en 1771 dans une des dernières éditions du Dictionnaire, dit de Trévoux, ou dictionnaire des Jésuites. C’est un terme de droit dont le synonyme est ameublissement et qui est défini ainsi : "terme employé dans quelques coutumes pour signifier l’ameublissement des immeubles que l’on veut faire entrer dans la communauté de biens entre mari et femme". Ce nom n’est pas relevé dans L’Encyclopédie. En revanche, le sens en est clairement exposé dans l’entrée mobiliser de ce même dictionnaire : "(Jurisprudence) signifie ameublir, faire qu’un immeuble réel, ou réputé tel, soit réputé meuble. L’ameublissement n’est, comme on voit, qu’une fiction qui se fait par convention. Ces sortes de clauses sont assez ordinaires dans les contrats de mariages, pour faire entrer en communauté quelque portion des immeubles des futurs conjoints, lorsqu’ils n’ont pas assez de mobilier". C’est dans ce sens que mobilisation est défini dans le Dictionnaire de l’Académie française : "terme de jurisprudence, action de mobiliser" (sixième et huitième éditions, 1832-35 et 1932-35) ; par Littré : "terme de jurisprudence, action d’assimiler aux meubles" (Dictionnaire de la Langue française, 1863-1877) ; dans le Trésor de la Langue française (1972-1994) : "droit civil, transformation, par convention, d’un bien généralement considéré comme immeuble par la loi, en bien meuble ; résultat de cette action". Les auteurs de ce Trésor précisent que le synonyme est en ameublissement. Dans l’édition en cours de leur Dictionnaire, les Académiciens ignorent ce sens.

Du droit, le mot s’étend à la finance, dès 1843, chez Proudhon, qui évoque la "mobilisation des capitaux". Ce sens n’est relevé dans les dictionnaires qu’à la fin du XXe siècle : d’abord dans le Trésor de la Langue française ("action de provoquer des mouvements de valeurs ou de biens afin de se procurer des liquidités ou d’effectuer de nouveaux placements" ; puis dans la neuvième édition (en cours) du Dictionnaire de l’Académie française : "droit commercial, opération financière permettant de mobiliser les éléments d’un actif jusqu’alors indisponibles et, spécialement, opération facilitant la circulation d’une créance à terme par sa constatation dans un titre négociable". Il existe même une "caisse de consolidation et de mobilisation des crédits à moyen terme".

 

A partir de 1834, ce nom s'étend au domaine de la défense et de l’administration militaire, ce qu’attestent les auteurs de dictionnaires : c’est un "terme de jurisprudence et d’administration militaire, action de mobiliser" (Dictionnaire de l’Académie française, sixième édition, 1832-35), un "terme d’administration militaire, action de faire passer un corps sédentaire au service actif de guerre" (Littré, Dictionnaire de la Langue française, 1863-77), et "il signifie, en termes d’administration militaire, action de mobiliser des troupes" (exemples : "l’ordre de mobilisation a été affiché dans tout le pays", "la mobilisation des troupes de couverture", "la mobilisation générale", Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-35).

Au XIXe siècle, la mobilisation était balbutiante. Les guerres du XXe siècle en ont fait une affaire nationale. De fait, les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994) la définissent avec plus de justesse que Littré et les Académiciens : "défense, mise sur le pied de guerre d’une partie ou de l’ensemble des forces armées d’un pays ; affectation de chaque citoyen qui y est apte, à un poste militaire ; résultat de cette action". Les exemples sont nombreux : "mobilisation générale, partielle, des réservistes ; décret, ordre, plan de mobilisation" ; "la mobilisation du 20e corps se poursuit dans d’excellentes conditions d’ordre et de rapidité" (Foch, 1929) ; "nous savions que la mobilisation et la concentration russes étaient fort lentes en raison du peu de densité des chemins de fer russes" (Joffre, 1931) ; "Paul Boncour avait déposé un projet de loi militaire décrétant la mobilisation des femmes, et la revue Europe ouvrait une campagne de protestation" (Beauvoir, 1958).

L’horizon indépassable de la guerre s’estompe peu à peu. Si de nouvelles guerres éclatent, ce sera sous des formes inouïes. Il semble qu’il n’y aura pas avant longtemps de mobilisation. L’article qui y est consacré dans la neuvième édition (en cours) du Dictionnaire de l’Académie française est plus court que celui du Trésor de la Langue française : "action de mobiliser des troupes ; résultat de cette action". 

En temps de guerre, la mobilisation touche même les civils, comme le précisent les auteurs du Trésor de la Langue française ("à propos d’un secteur civil, mise au service des autorités militaires : la mobilisation des établissements industriels susceptibles d’alimenter en temps de guerre cet approvisionnement en munitions") et, dans la neuvième édition de leur Dictionnaire, les Académiciens : "par extension, mobilisation se dit de l’ensemble des dispositions d’ordre administratif ou économique assurant, en cas de menace, la sécurité et l’intégrité du territoire, ou destinées à servir l’effort de guerre d’un pays".

Au XXe siècle, le mot s’étend au social. Le premier à y avoir donné un tel sens est évidemment un sociologue. En 1893, Durkheim, dont on ne peut pas lire les livres sans sourire, tant ils sont naïfs, l’emploie dans le sens de "action de rassembler les énergies, les forces morales, etc." et en 1912, il écrit : "ces émotions dénotent (...) un état d’effervescence qui implique une mobilisation de toutes nos forces actives". Cet emploi est ignoré dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), mais il est relevé dans Trésor de la Langue française (1972-94) : "au figuré, fait de faire appel à toutes les forces physiques ou intellectuelles d’une personne ou d’un groupe de personnes pour faire face à une situation difficile".

Le "groupe de personnes" en question est le plus souvent une "classe" sociale, les adhérents d’un syndicat ou d’un parti politique ou encore les fameux "travailleurs" de la logorrhée, comme cela est noté dans le Trésor de la Langue française : "fait d’être mis ou de se mettre en mouvement en vue d’une action concertée". Exemples : "mobilisation des masses, des travailleurs", "malgré la mobilisation actuelle de l’opinion sur cette question (...), certains indices permettent pourtant de penser que la situation continue de se dégrader", "le P.C. veut contraindre le P.S. au maximum d’actions communes de masse. Le parti socialiste est hésitant. Il craint que cette même mobilisation des masses par le P.C. (expert en la matière) ne serve un jour d’arme à Marchais pour faire pression sur un gouvernement de la gauche après une éventuelle victoire P.S.-P.C. aux prochaines élections". Ce dernier extrait (1973) a été écrit il y a trente-quatre ans. C’est peu. Il semble exhumé de la préhistoire. Jamais un écrit n’aura vieilli aussi vite. Dans l’édition en cours de leur Dictionnaire, les Académiciens écrivent : "figuré, action par laquelle des individus sont appelés à unir leurs forces au service d’une cause ou se rassemblent en vue d’une entreprise commune ; mobilisation de l’opinion publique, mobilisation syndicale".

 

Terme juridique, puis propre à l’armée, mobilisation s’est étendu par métastase aux domaines social, syndical, politique. Ce que raconte à sa manière ce nom, c’est la genèse de la modernité sociale, qui s’est en quelque sorte imprimée dans la langue.

 

 

Commentaires

Racine DUR DURETé DURABLE RESPECT
j'ai trouvé , dans ma boite ,des tracts d'une Madame ROYAL ( concubine Hollande ,sauf révélations ultérieures : certaines rumeurs parlant d'un mr Schweitzer , de la Halde )
La France Présidente , avec photos type buste de Marianne
qui veut faire triompher la république du " RESPECT " ( grand mot des " quartiers" < RESPECT , BOUFFON ! > )

elle parle beaucoup de DUR DUREté ( à assimiler à un certain Sarcome )

ainsi DUR DURETé semblent pris dans un sens horrible ( et même dur ! )

-alors même que DURABLE ( fausse translation de SUSTAINABLE ( lui-même venant de SOUTENABLE ( souteneur ? )
DURABLE parait super-cool
DUR y en a pas bien ! ( si ji bien comprendo )

Écrit par : Le comte vert | 30 avril 2007

Les commentaires sont fermés.