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03 mai 2007

Durable

 

 

 

 

 

Voilà un adjectif moderne par quelques-uns de ses emplois, dont le célèbre développement durable, cette oriflamme à laquelle se rallient les ressortissants de l’empire du Bien. Durable, c’est bien ; son contraire (éphémère ? provisoire ? fugace ?), c’est mal.

Accaparé par les modernes, il est pourtant un des plus vieux mots de la langue française. Emprunté au latin impérial durabilis, que M. Gaffiot traduit dans son Dictionnaire latin français par durable, il est attesté à la fin du XIe siècle dans ce merveilleux récit qu’est la Vie de Saint Alexis ("bref est ce siècle, plus durable attendez"). Il est enregistré dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1935 et aujourd’hui, dans l’édition en cours de publication, toujours avec le même et unique sens, dans les première, quatrième, cinquième éditions : "qui doit durer longtemps" (exemples : ouvrage, paix durable, chose durables (1694), auxquels sont ajoutés en 1762, 1798 : bonheur, félicité durables) ; dans les sixième et huitième éditions (les exemples ne changent pas) : "qui est de nature ou fait de manière à durer longtemps" ; et, dans la neuvième édition (en cours) : "qui est de nature à durer longtemps"  (exemples : édifice, ouvrage, résultat, bonheur, paix durables et l’expression faire œuvre durable, au sens de "faire une œuvre qui résiste au temps"). Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), y donne le même sens : "capable de durer longtemps", comme dans "des monuments durables".

L’article qui y est consacré dans le Trésor de la Langue française (1972-94) est plus long et plus fouillé que dans les diverses éditions du Dictionnaire de l’Académie française ou chez Littré. Trois sens sont distingués : "qui est susceptible de durer longtemps" ; "qui dure longtemps, qui est de longue durée, qui présente de la stabilité et de la constance dans le temps" ; "qui dure toujours ou du moins très longtemps". Ou bien la durée attribuée à une chose ou à un processus est un fait, ou bien, éventuelle ou optative, elle relève d’un souhait ou d’une intimation verbale. Le processus de développement, dit durable, est-il un fait ou un souhait ? Est-il établi ou éventuel, avéré ou verbal ?

Dans la réalité, les pays dits développés préfèrent faire l’histoire plutôt que de rester fidèles à une essence ou à une identité ou à une idéologie. Le développement économique, social, scientifique, technique, humain, y a commencé il y a plusieurs siècles (aux Xe et XIe siècles pour certains, au XVIe siècle pour d’autres, à la fin du XIXe siècle au Japon) ; il ne s’est jamais interrompu. Il est durable par essence. Durable est un pléonasme quand il qualifie développement.  Comme cela est dit dans le Trésor de la Langue française, ce développement "dure longtemps", il "est de longue durée", il "présente de la stabilité et de la constance dans le temps", il "dure toujours ou du moins très longtemps". C’est un fait avéré ou établi. Or, ce n’est pas ce sens qu’a développement durable. Il n’est pas un fait, mais un souhait ou une éventualité : il "doit" durer, il est "susceptible" de durer. Il ne relève plus de la réalité, mais de l’idéologie ou de la morale ou de l’intimation. C’est pourquoi il ne durera pas. Les idéologues et les gogos qui les singent, un jour, se lasseront de répéter développement durable, quand ils constateront qu’aucun développement n’advient, comme dans le conte "Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?", sinon la route qui poudroie et le soleil qui flamboie, l’une et l’autre durablement.

 

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