Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04 mai 2007

Rafle

 

 

 

 

 

Voilà un vieux mot français. Emprunté à l’ancien allemand raffel signifiant "instrument pour racler le feu", il est attesté dans ce sens au XIIIe siècle et, en 1371, au sens de "jeu de dés où l’on peut enlever toutes les mises d’un seul coup". A partir de ce sens, le mot désigne au XVIe siècle le "butin" et, en 1645, faire rafle est employé par Corneille, dans la Suite du Menteur, au sens de "tout enlever".

Les Académiciens, dans toutes les éditions publiées de leur Dictionnaire, définissent à tort, dans la même entrée rafle, deux mots distincts : la "grappe de raisin qui n’a plus de grains" (exemples : "le vin est plus prompt à boire quand on égrène les raisins et qu’on ne met point la rafle dans la cuve", "il n’y a quasi point de grains, il n’y a que la rafle") et "une sorte de jeu aux dés, dans lequel il faut que deux des trois dés, ou tous les trois amènent un même point, comme deux quatre, deux six, trois quatre, trois six, etc.", dont le sens "butin" est une extension : "on dit proverbialement et figurément faire rafle pour dire enlever tout sans rien laisser" (exemples : "les sergents, les soldats, les voleurs ont été dans cette maison et y ont fait rafle" ; première, quatrième, cinquième, sixième éditions, 1694, 1762, 1798, 1832-35).

Dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), Littré est le premier à distinguer trois homonymes : "grappe de raisin qui n’a plus de grains" ; "dans quelques provinces, maladie éruptive de la vache, nommée aussi échauboulure, rave ou feu" ; et "action de rafler, d’enlever" (citation de Corneille : "Ville prise d’assaut n’est pas mieux au pillage ; La veuve et les cousins, chacun y fait pour soi, Comme fait un traitant pour les deniers du roi ; Où qu’ils jettent la main, ils font rafles entières"), sens moderne, dont Littré rappelle qu’il est une extension du jeu de dés ("coup où chacun des dés amène le même point, ainsi dit parce qu’il rafle, gagne").

C’est dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35) que les Académiciens relèvent dans un même article, outre le sens de "grappe de raisin", "l’action de rafler" et celui du jeu de dés, le sens social et policier moderne : "il se dit aussi d’une opération de police qui consiste à cerner une rue mal famée, un mauvais lieu et à appréhender tous ceux qui s’y trouvent" (exemple : il a été pris dans une rafle). Rafle a été employé dans ce sens, à savoir "arrestation en masse faite à l’improviste", par le policier Vidocq, célèbre pour avoir été un voyou redoutable, avant d’entrer dans la police (Mémoires, 1828-29).

Comme Littré, les auteurs du Trésor de la Langue française distinguent deux homonymes rafle, dont ils définissent le second ainsi : "familier, action de s’emparer de tout ce qui tombe sous la main sans rien laisser"  (synonyme razzia) et "arrestation massive opérée par la police à l’improviste" (synonymes : descente de police, coup de filet). Les exemples cités sont "rafles de prostituées sur la voie publique", "la police opère des rafles", "être pris dans une rafle", "les rafles de la Gestapo" ; "Alexis, à Saint-Pétersbourg, fut ramassé au bout de deux jours (...) dans quelque rafle, et jeté en prison" (Leroux, 1912) ; "un jour où il avait été pris dans une rafle, car il aimait les filles, mon père lui avait évité le poste" (Giraudoux, Bella, 1926) ; "Louise s’était fait choper à Lyon, une malchance... Prise dans une rafle ordinaire, elle avait été identifiée, une rare déveine, et évidemment aussitôt embarquée" (Elsa Triolet, 1945). De tous ces exemples, seul le dernier se situe pendant la deuxième guerre mondiale. Il n’est cité aucun exemple qui fasse référence à la "rafle" du Vélodrome d’hiver de juillet 1942, laquelle est aujourd’hui, dans les discours militants, le prototype de la rafle immonde, puisque toute arrestation de clandestins est assimilée, par une analogie forcée, abusive et tout idéologique, à cette rafle historique. Il est évident qu’interpeller dans la rue des individus afin de vérifier leur identité et, éventuellement, de les inviter à rentrer dans leur pays, s’ils sont clandestins, ce qui se fait dans tous les pays du monde, n’a strictement aucun rapport ni avec une rafle, au sens policier de ce terme, ni avec la rafle du Vélodrome d’hiver, à savoir l’arrestation massive, inspirée par la haine raciale et répondant à un plan concerté, de malheureux Juifs, réfugiés politiques, ayant le droit de séjourner sur le territoire français ou même ayant la nationalité française, et cela pour les livrer aux autorités nazies et à la mort. Dans le premier cas, c’est la loi qui est appliquée et la "sanction", si tant est qu’il y en ait une, est le retour au pays (ce qui n’est pas une sanction, où que ce soit au monde) ; dans le second cas, c’est la loi qui a été violée : celle de la France et même, celle, universelle, de l’humanité.

Il est vrai que le Trésor de la Langue française a commencé à être rédigé dans les années 1960, alors que le gauchisme échevelé et écervelé épargnait encore les auteurs de dictionnaires, qui ne s’aventuraient ni à injurier les Français en les traitant de nazis, de collabos ou de disciples de la Gestapo, ni à assimiler les uns aux autres des faits et des événements, éloignés dans le temps, distincts et qui n’ont aucun point en commun.

 

 

Les commentaires sont fermés.