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05 mai 2007

Profanation

 

 

 

Il ne se passe pas de semaine dans notre belle France "tolérante", "ouverte" et "multiculturelle", en avance dans tous les domaines de plusieurs décennies sur les autres pays du monde, qui, eux, refusent de suivre la France dans cette voie moderne et restent intolérants, fermés, monoculturels - il ne se passe donc pas de semaine (et parfois même de jour) sans que des fous furieux ou des crétins s’introduisent la nuit dans des cimetières, que ceux-ci se trouvent dans de grandes villes, dans des bourgs ou à la campagne, qu’ils soient civils ou militaires, pour y dégrader des tombes ou les barbouiller de peinture rouge ou noire et pour détruire les quelques symboles religieux discrets qui y sont posés ou qui les surmontent. Bienheureux Chinois ! Ils sont intolérants, fermés, monoculturels. Leurs ancêtres reposent donc en paix pour l’éternité.

Le nom profanation est emprunté à la langue latine de la chrétienté. Dans son Dictionnaire illustré latin français (1934), M. Gaffiot traduit profanatio par "profanation, sacrilège" et il relève un seul emploi de ce nom chez l’écrivain chrétien de Carthage, Tertullien, mort vers 240 après Jésus-Christ. Ce nom est dérivé du verbe latin classique profanare, qui a un rapport avec le sacré et que M. Gaffiot traduit par "rendre à l’usage profane une chose ou une personne qui avait été auparavant consacrée" et "profaner, souiller". En français, profanation est attesté en 1433 et en 1549 et il est enregistré dans toutes les éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française. Le sens y est clairement exposé. C’est "l’action de profaner les choses saintes, l’irrévérence commise contre les choses de la religion" (1694, 1762, 1798, 1832-35, 1932-35). D’une édition à l’autre, la définition ne change pas, les exemples qui l’illustrent sont quasiment les mêmes : c’est "profanation horrible", "la profanation des églises", "la profanation des vases sacrés", "l’usage des paroles de l’Écriture pour des pratiques superstitieuses est une profanation". Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), répète cette définition : "action de profaner les choses saintes" ; "la profanation des églises, des vases sacrés", tout en distinguant la profanation du sacrilège : "la profanation est une irrévérence commise envers les choses consacrées par la religion", "le sacrilège est un crime commis envers la divinité même".

Dans les dictionnaires, il est noté que profanation s’étend à d’autres réalités que les choses sacrées ou saintes. "Il se dit aussi du simple abus qu’on fait des choses rares et précieuses", écrivent les Académiciens en 1694, illustrant ce sens de cet exemple : "c’est une profanation que d’employer de si beaux meubles dans un si vilain logis", remplacé en 1762 et 1798 par celui-ci, plus juste : "c’est une espèce de profanation d’employer l’or et l’argent à ces sortes d’usages", auquel est ajouté en 1832-35 cet autre exemple : "employer un si beau talent à un si indigne usage, c’est une profanation, une vraie profanation", le seul qui soit cité dans la huitième édition (1932-35). Littré aussi relève ce sens étendu, qu’il juge "figuré" : "abus des choses rares et précieuses", l’illustrant de l’exemple "ces œuvres sont des profanations de l’art" et de cet extrait d’une lettre de Mme de Maintenon (1718) : "Mme de Dangeau me propose de coucher dans le lit de M. l’évêque de Chartres : il ne s’en servirait de sa vie après une telle profanation".

Dans tous ces dictionnaires, il est fait référence à la profanation des églises, des vases sacrés ou même à l’emploi étendu de ce nom. Nulle part, il n’est évoqué une seule fois la profanation des cimetières, ni dans les définitions, ni dans les exemples, ni dans les citations, comme si ces actions étaient inconcevables ou qu’elles ne se soient jamais produites. Certes, la profanation touche le sacré ou la religion, et les cimetières, du moins depuis la loi de 1905, ont perdu leur caractère sacré ou religieux. Mais au XVIIIe siècle, les cimetières se trouvaient autour des églises. Ils n’en étaient pas pour autant profanés, alors que les églises pouvaient l’être ou l’étaient. Autrement dit, le respect des morts a longtemps été en France, et ce depuis la nuit des temps, un absolu, que personne ne violait ou que personne n’avait l’idée d’enfreindre. D’ailleurs, il est parfois écrit Requiescant in pace à la porte des vieux cimetières : qu’ils reposent en paix. Hélas, les modernes sont désormais incapables d’entendre cette injonction.

Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-94) se contentent de définir profanation comme dans les vieux dictionnaires  : "action de profaner ce qui est saint, sacré" et "au figuré, action d’avilir, de dégrader quelque chose de vénérable, de précieux ou qui est considéré comme tel". Pour ce qui est du sens propre, les synonymes sont pollution (vieilli), sacrilège, violation. Ce sens est illustré des exemples suivants : profanation des choses saintes, d'un lieu sacré, d'une église, d'un cimetière, d’hosties. C’est dans le Trésor de la langue française que, pour la première fois dans l’histoire de la langue, il est fait référence à la profanation des cimetières. De cela, on peut inférer que le phénomène est récent et surtout moderne. Il faut vraiment que la France soit à l’agonie pour que, outre les écoles, les personnes âgées, les enfants, les églises, les autobus, les bâtiments publics, les maîtres d’école, les biens publics ou privés, etc., les morts à leur tour soient l’objet de la haine moderne. Il est vrai que les bien pensants, dès qu’ils évoquent le passé de la France, se guindent sur un piédestal pour crier haut et fort qu’ils sont supérieurs en tout à ceux qui les ont précédés sur le sol de France, que les Français, dans le passé, n’ont accompli que des forfaitures et qu’ils doivent se repentir d’être français. Le discours de ces puissants du jour, de la presse, du CNRS et de l’Université est sans aucun doute un carburant de la haine vouée aux morts. De fait, rien ne retient plus les pervers : ni la foi, ni la morale, ni l’histoire, ni la crainte de la loi, ni la dignité, ni l'opinion, etc. Profaner les morts est leur raison de vivre, puisque c’est aussi la raison de vivre des puissants.

 

 

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