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12 mai 2007

Voter

 

 

 
Etait en usage dans le latin du Moyen Age un verbe votare (dérivé du latin classique votum "vœu", supin du verbe vovere, "faire un vœu") qui signifiait "vouer, consacrer à un saint" et "faire vœu, s’engager". A ce verbe, est emprunté le verbe voter, courant dans la langue des ecclésiastiques, d’abord au sens de "faire vœu", ensuite au sens de "donner son suffrage". Les auteurs de L’Encyclopédie (1751-65) le définissent ainsi : "terme usité dans quelques ordres et communautés pour dire donner son vœu ou plutôt son suffrage, pour quelque délibération". Ce que montre cette définition, c’est que le sens de ce verbe a évolué de "faire vœu" à "donner son suffrage". Richelet, dans son Dictionnaire publié en 1680, y donne le sens moderne, mais limité à l’Eglise : "terme qui est en usage parmi quelques moines, et qui signifie donner sa vox pour quelque affaire qui regarde le couvent ou la religion". Voter est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française à compter de la troisième édition (1740) dans le sens que ce verbe avait alors dans les ordres religieux. C’est "donner sa voix, son suffrage". Les Académiciens en restreignent l’emploi : "il est principalement d’usage dans les chapitres et autres assemblées ecclésiastiques" (1740, 1762, 1798). Ce sens disparait dans les éditions ultérieures de ce Dictionnaire (1832-35, 1878, 1932-35).

Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), note que, dans ce sens, ce mot est sorti de l’usage : "autrefois, voter était employé dans les couvents et signifiait donner sa voix au chapitre". Il illustre ce sens d’un extrait d’une Histoire du Concile de Trente, de Fra Paolo (traduit par le Courayer, 1736), "la manière de donner son avis dans le concile, ce qu’on appelle autrement voter". De cet ancien usage religieux, jadis important ("faire vœu, donner un avis, donner un suffrage"), la langue française a conservé l’expression avoir voix au chapitre ou ne pas avoir voix au chapitre, comme l’attestent les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-94) qui jugent ce sens religieux vieux, se contentant de noter que des dictionnaires aux XIXe et XXe siècles l’ont restreint aux "communautés religieuses" et dans le seul emploi de "donner sa voix au chapitre".

 

Au XVIIIe siècle, le français a emprunté à l’anglais le verbe voter, entendu dans le sens de "donner son suffrage". "Plus tard, quelques historiens s’en servirent en parlant des affaires d’Angleterre ou à l’imitation des affaires d’Angleterre, pour signifier donner sa voix dans une assemblée" (Littré, Dictionnaire de la Langue française, 1863-77). En anglais, to vote a d’abord eu le sens de "vouer, jurer" (attesté en 1533) ; puis, en 1551, employé sans complément, il a pris le sens  "exprimer son avis selon une forme définie par un droit d’élection ou de délibération" et, suivi d’un complément direct, en 1568, le sens "se prononcer par un vote en faveur d’une loi ou d’une réforme ou d’un homme". En anglais, ce verbe a deux étymons : ou il est formé à partir du supin votum du verbe vovere "faire un vœu, promettre par un vœu, vouer", comme votare ; ou il est emprunté au latin médiéval votare. Voltaire, qui était anglophile, en a établi l’évolution sémantique. Dans son Essai sur les mœurs, il écrit : "les membres du parlement sous Charles I votèrent (au sens de "émirent le vœu") que la fameuse loi Habeas corpus, la gardienne de la liberté, ne devait jamais recevoir d’atteinte. C’est de là qu’il a passé dans l’usage actuel avec le sens de donner sa voix, son suffrage dans une élection, une délibération".

Quand le verbe voter, emprunté à l’anglais, est employé en français pour la première fois, intransitivement en 1704 dans Histoire des guerres civiles d’Angleterre et transitivement en 1756 (Voltaire, Essai sur les mœurs), il se rapporte à la situation de l’Angleterre d’alors. C’est donc un terme spécifique de la civilisation anglaise. Ce n’est que plus tard, en 1762, puis en 1789, que ce verbe s’étend à la France et à tout autre pays. Cet usage est enregistré dans la cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1798) : "il est d’usage aussi dans certaines élections et délibérations politiques". Il est vrai que, pendant les événements nommés Révolution, les délégués du peuple français ont souvent voté. Dans le Dictionnaire de l’Académie française à compter de la sixième édition (1832-35), le sens religieux n’est plus défini ; seul est relevé le sens politique : "donner sa voix, son suffrage dans une élection, dans une délibération" et, employé activement, "voter une loi, un impôt : exprimer, au moyen des votes, son consentement à une loi, à un impôt proposé". Dans la huitième édition, la définition est identique, mais les exemples sont plus nombreux : "il n’a pas voulu voter, je vote comme vous, voter par assis et levé, voter à main levée, voter au scrutin secret, j’ai voté pour lui". 

Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-94) se contentent d’exposer les deux sens de voter suivant que ce verbe est intransitif ("exprimer son opinion, son choix par un vote") ou transitif ("se prononcer par son vote en faveur de, décider"). Ce qu’ils apportent de nouveau, c’est la variété des constructions de ce verbe : suivi de la préposition par ou à (voter par ordre, par tête, voter par assis et levé, à scrutin secret, à main levée), suivi d’un adjectif ou d’un adverbe (voter blanc, utile, conservateur, socialiste; Dupont, radical), suivi de pour ou de contre (voter pour le candidat de la majorité, de l’opposition, contre le gouvernement, un projet de loi, pour la gauche à Paris, pour les communistes), de à (voter à droite, à gauche, au centre), suivi d’un complément direct (voter un impôt, un projet de loi, une motion, le budget, des crédits, les contributions, un tronçon de route, id est voter les crédits nécessaires à la construction d’un tronçon de route), de deux compléments (quelque chose à quelqu’un : "les Assemblées feraient mieux de ne pas nous voter tant d’habits, d’argent, de munitions, et de nous en donner", Balzac, 1829), de que ("la Législative a voté que le Conseil de la Commune devait se soumettre à la légalité", Bainville, 1924). La multiplication de ces constructions atteste que ce verbe est entré dans l’usage et que l’action qu’il désigne est devenue banale. 

 

Que voter soit emprunté au latin du Moyen Age ou qu’il soit emprunté à l’anglais, ce verbe et les deux sens dont il est porteur (faire vœu, donner sa voix) plongent leurs racines dans la chrétienté. Qu’il ait été longtemps en usage dans les communautés religieuses, dans le sens de "faire vœu de", puis dans celui de "donner son suffrage", le prouve, s’il en était besoin, comme si les pratiques de ces communautés avaient essaimé dans le corps social et qu’elles eussent légué le vote qu’elles avaient inventé aux laïcs. La démocratie qui rend les modernes si fiers d’eux-mêmes est autant chrétienne que grecque. Le concept est grec ; la pratique (le vote) est chrétienne. Mais il est interdit de le dire. C’est aussi une des raisons pour lesquelles il est si difficile d’établir la démocratie en dehors du monde judéo-chrétien. Cette double matrice, grecque et chrétienne, fait du vote un des derniers actes sacrés de la France nihiliste arasée par les déconstructeurs. Pendant combien de temps cet acte restera-t-il sacré ? Il ne l'est déjà plus pour les gauchistes écervelés et autres "jeunes" qui incendient les écoles, les bâtiments publics et les voitures, parce qu'un candidat issu de l'immigration et qui a un grand-père juif a été élu et que les électeurs l'ont préféré à une candidate qui porte un nom fleurant bon la monarchie d'Ancien Régime et dont l'un des mérites est de ressembler à la Sainte Vierge.    

 

 

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