Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

18 mai 2007

Partenaire

 

Partenaire (et partenaires sociaux)

 

 

 

 

Ce mot est la francisation de partner, attesté en anglais à la fin XIIIe siècle. Il est vrai que ce mot anglais est l’ancien mot français parçonier ou parcenier, employé dans la Chanson de Roland et dérivé du nom d’ancien français parçon ou pareçon, lequel est issu du latin partitio, au sens de "partage, division, répartition". Partenaire est attesté en français deux fois sous la forme partner en 1767 : dans une lettre de Diderot, au sens de "personne qui partage quelque chose avec une ou plusieurs autres personnes", et dans une lettre de Mme du Deffand, au sens de "personne avec qui on danse" ; en 1773, sous la forme parthenaire, dans le Mercure de France, au sens de "personne avec qui on est associé dans un jeu ou un sport" ; en 1781, sous la forme partenaire, chez Beaumarchais, qui était aussi un homme d’affaires, dans le sens de "associé dans le travail ou en affaires" ; enfin, en 1822, chez Stendhal, sous la forme partner, au sens de "personne avec qui l’on a des relations amoureuses".

Ce mot anglais est donc employé à la fin du XVIIIe siècle et au début du siècle suivant par les meilleurs écrivains, ce qui atteste l’existence d’une vive anglomanie parmi les élites de la France d’alors, et dans les sens que ce mot a au XXe siècle : en 1903, Anatole France l’emploie dans un sens inédit alors, mais courant aujourd’hui, celui de "personne avec laquelle on est en représentation dans un spectacle".

Bien que ce mot soit employé couramment par les meilleurs écrivains, il n’est relevé dans les dictionnaires qu’à compter de 1832-35 : "substantif des deux genres ; terme dont on se sert à plusieurs jeux, et principalement au jeu de whist, pour désigner l’associé avec lequel on joue" et "il se dit aussi d’une personne qui figure avec une autre dans un bal" (Dictionnaire de l’Académie française, sixième édition : il est précisé que "quelques-uns écrivent partner") ; "associé avec lequel on joue" et "personne avec qui l’on danse" (Littré, Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) ; "nom des deux genres, terme de jeux : celui, celle qui, dans certains jeux, est associé à un autre joueur" et "il se dit, par extension, de celui, de celle qu’on s’associe dans une entreprise, de quelque sorte qu’elle soit" (Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-35). Notons qu’aucun de ces lexicographes ne relève le sens dans lequel Stendhal emploie partenaire, à savoir "personne avec qui l’on a des relations amoureuses". Ce sens serait-il "frappé d’interdit" ? Le fait est qu’il n’est pas explicitement exposé, sinon par vague et lointaine allusion dans la définition des Académiciens (1932-35) : "celui, celle qu’on s’associe dans une entreprise, de quelque sorte qu’elle soit". On peut inclure dans "de quelque sorte qu’elle (l’entreprise) soit" les entreprises amoureuses. Ces sens sont relevés dans le Trésor de la Langue française (1972-94) : terme de jeu, personne avec qui on forme un couple à la danse, avec qui on est associé dans la présentation d’un numéro au spectacle, dans l’exercice d’un sport, à qui on donne la réplique à la scène, dans un film, avec qui on a des relations sexuelles, avec qui on forme un couple, avec qui on peut tenir conversation.

Le nom partenaire n’échappe pas aux règles qui régissent la langue française depuis plus d’un siècle. Il était propre aux jeux de société. Il est extrait des jeux pour s’étendre à la société. C’est la "personne, le groupe, la collectivité avec qui on est associé, allié dans une affaire, une entreprise, une négociation". Tout est partenaire : les affaires évidemment, et l’économie, le gouvernement, l’action gouvernementale, le commerce international, l’Union européenne, la discussion, la négociation, le commerce, les finances, la politique, les élus locaux, les ouvriers, les syndicats, le patronat, au point que la délicieuse expression de partenaires sociaux (id est "le patronat, le salariat, les interlocuteurs habituels des pouvoirs publics") apparaît pour ce qu’elle est, à savoir un pléonasme inutile ou un pur exorcisme. Il n’y a plus de partenaires que sociaux, puisque tout est social ou socioculturel ou socio-économique ou socio-politique, etc.

 

 

Les commentaires sont fermés.