Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27 mai 2007

Algérien

 

 

 

 

 

Nom et adjectif, algérien est attesté en 1721 dans le Dictionnaire dit de Trévoux. Il a pour sens "qui est d’Alger", lequel est illustré par cet exemple : "les Algériens, ou les pirates algériens, n’ont osé attaquer les vaisseaux français depuis que le Roi a fait bombarder Alger". Aujourd’hui, ce sens est celui d’Algérois, les deux sens "qui est d’Alger" et "qui est d’Algérie" étant soigneusement distingués. En revanche, algérien, qu’il soit employé comme adjectif ou comme nom, n’est relevé dans aucune des éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1932-35.

Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), ignore le nom et ne recense que l’adjectif, auquel il ne donne pas de sens ethnique, à la différence des auteurs du Dictionnaire de Trévoux. C’est "qui a rapport à l’Algérie". Le rapport à l’Algérie alors était économique et financier, du moins si l’on en croit les exemples : "la Société générale algérienne, nom d’une société fondée en exécution d’une loi du 12 juillet 1865 et d’un décret du 18 septembre 1865", "les obligations algériennes, titres émis par cette société". Il est vrai que l’Algérie était habitée de Français, d’Européens et d’indigènes – non d’Algériens. De fait, le nom propre Algérien, désignant l’habitant de l’Algérie, n’a pas d’existence dans la langue. Ou Littré se borne à constater une réalité (l’entité Algérie n’a pas d’existence), ou il se plie à l’idéologie de l’époque : si le nom propre Algérien avait signifié "habitant de l’Algérie", c’eût été reconnaître que les premiers ou les plus anciens habitants d’Algérie (les indigènes, comme on disait alors) étaient les seuls qui aient une légitimité à le revendiquer comme leur.

La langue conserve les traces de l’histoire des hommes. L’Algérie étant indépendante, il existe donc des Algériens, qui peuvent ne pas être fiers de leur pays (on compatit à leurs malheurs) et de ce qui s’y passe de tragique ou de bouffon depuis quarante-cinq ans. Le Trésor de la Langue française (seize volumes publiés entre 1972 et 1994) a été conçu et rédigé après l’indépendance de l’Algérie : il y est tenu compte de la situation que cet événement a produite. Algérien, substantif, désigne "celui qui habite l’Algérie ou qui en est originaire" et, adjectif, il a pour sens "ce qui est relatif à l’Algérie ou à ses habitants". De Littré, n’est conservé qu’une partie de la définition de l’adjectif : "ce qui est relatif à l’Algérie".

 

Le nom algérien, qu’il soit masculin ou féminin, a pris au cours de la période française d’autres sens : c’est une "voiture publique de Paris, du genre de celles qu’on appelle omnibus" (1842), une préparation culinaire dite "à l’algérienne", une "étoffe à rayures de couleurs", "une écharpe faite de cette étoffe". Ces sens, c’est ce qui reste dans la langue des cent trente-deux ans de présence française outre Méditerranée. Au fil des décennies, ces sens s’éteignent, en même temps que les traces que la France a laissées là-bas. Ainsi, les auteurs de dictionnaires notent que algérienne, au sens relevé en 1842 de "voiture publique de Paris", était tombé en désuétude à la fin du XIXe siècle et remplacé par omnibus. Ce sens disparaît dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française, dans lequel les sens retenus sont "relatif à l’Algérie" pour ce qui est de l’adjectif (les Académiciens oublient "et à ses habitants") et, pour ce qui est du nom : "personne originaire d’Algérie ou qui a la nationalité de ce pays", "dialecte arabe parlé en Algérie" et (au féminin) "tissu à rayures multicolores". En réalité, le "dialecte" parlé en Algérie est une langue berbère fortement mâtinée d’arabe et de français ; et l’algérienne ou "tissu à rayures multicolores" a disparu des étals. Les sens divers se réduisent peu à peu à un seul sens : habitant de l’Algérie ou qui en est originaire. En perdant ses sens anciens, ce nom s’appauvrit. Souhaitons aux Algériens que le destin de ce nom ne soit pas à l’image de leur pays.

 

 

 

Les commentaires sont fermés.