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01 juin 2007

Girouette

 

 

 

 

Voilà un vieux mot, attesté au XIIe siècle sous la forme de l’ancien normand wirewire, issu, semble-t-il, de l’ancienne langue nordique en usage en Normandie au moment où les Vikings s’y sont installés. La forme française gyrouette est attestée en 1501.

Ce mot, sous quelque forme qu’il apparaisse, ancien nordique, ancien normand, ancien français, désigne le même objet, à savoir : "ce qu’on met sur le haut d’une tour, d’une cheminée, etc. qui tourne à tout vent et sert à faire connaître d’où il vient" (Dictionnaire de l’Académie française, première édition, 1694). La girouette couronne aussi le mât d’un navire (le mot d’origine viking désigne, semble-t-il, un objet de navigateur) et elle a des formes variables : flèche empennée, banderole, coq, etc. comme le dit, plus clairement que les Académiciens, Furetière : "plaque de fer-blanc (…) mobile (…) qu’on met sur les tours et les pavillons pour connaître de quel côté le vent tourne" et "en termes de marine, pièce d’étoffe légère en guise de pavillon qu’on arbore sur le haut des mâts, particulièrement dans les petits bâtiments" (Dictionnaire universel, 1690).

Dans L’Encyclopédie (1751-65), l’objet nommé girouette (terme d’arts) est décrit ainsi : "plaque de fer-blanc qui est mobile sur une queue ou pivot, qu’on met sur les clochers, les pavillons, les tours et autres édifices, pour connaître de quel côté le vent souffle". L’objet est aussi en usage dans la marine : "petites pièces d’étoffe, soit toile ou étamine, qu’on met au haut des mâts des vaisseaux ; elles servent à marquer d’où vient le vent. Ordinairement les girouettes ont plus de battant que de guindant, c’est-à-dire qu’elles sont plus longues que larges, en prenant le guindant pour la largeur et le battant pour la longueur".

L’objet était familier à nos ancêtres, puisque, dès le XVIIe siècle, le sens de girouette a été déplacé aux personnes pour désigner quelqu’un "qui change souvent d’opinion". La métaphore a été rapidement lexicalisée. Elle est relevée comme un sens figuré de girouette dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie française, de la première (1694) à la neuvième (en cours de publication) : "on dit figurément d’une personne inconstante dans ses sentiments que c’est une girouette, qu’elle tourne à tout vent comme une girouette" (1694) et : "figuré, personne qui, par intérêt ou par inconstance, change souvent d’avis, de sentiment, de parti" (neuvième édition), qu’illustrent les exemples "c’est une girouette, une vraie girouette", "tourner à tous les vents comme une girouette".

Les girouettes ont mauvaise réputation. La métaphore est presque toujours condescendante ou méprisante, ce qui apparaît dans la définition qu’en donne Furetière : "girouette se dit figurément en morale d’une personne qui a la tête légère, qui n’a point de fermeté ni de constance dans ses résolutions". Elle n'est pas seulement versatile, elle est aussi velléitaire.

 

Les écrivains des siècles classiques ont recouru à cette métaphore, alors que, encore vive ou vivante, elle pouvait exprimer une signification forte et frapper les lecteurs. A la différence de Furetière et de Saint-Simon ("un chancelier à qui les exils n’avaient laissé que la terreur et une flexibilité de girouette"), Voltaire aime les girouettes. C’est, il est vrai, un esprit paradoxal qui prend volontiers le contre-pied de tout ce qui est communément admis. Selon lui, la girouette est ce qui définit le mieux l’homme. Elle bouge sans cesse et tourne tantôt vite, tantôt lentement. De même, il est dans la nature de l’homme d’être en mouvement et de changer au gré de ses humeurs : "vous n’avez qu’à regarder une girouette ; elle tourne tantôt au doux souffle du zéphyr, tantôt au vent violent du nord : voilà l’homme". Il est dans la nature de l’homme d’être changeant et même inconstant, comme chez Marivaux (L’heureux stratagème) : "adieu donc, soubrette ennemie, adieu, mon petit cœur fantasque ; adieu, la plus aimable de toutes les girouettes". Il y a loin entre la girouette à la tête légère de Furetière et "la plus aimable de toutes les girouettes" de Marivaux. Voltaire se décrit lui-même plaisamment comme une girouette : "je suis assez semblable aux girouettes qui ne se fixent que quand elles sont rouillées" (1759). Il recourt même à la métaphore pour définir insolemment Dieu : "l’Être nécessairement éternel ne peut pas être une girouette". S’il l’était, il ne serait pas Dieu, justement.

Ce mot ne ressemble pas à l’objet qu’il désigne, il n’est pas une girouette ; en trois siècles, il ne change ni de sens, ni d’emploi. Féraud (Dictionnaire critique de la Langue française, 1788) et Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) répètent les Académiciens. Au XIXe siècle, les incessants changements de régime, puis la démocratie d’opinion, élargissent aux hommes politiques ou aux notables les emplois de la métaphore lexicalisée girouette, et accentuent sa valeur dépréciative, comme l’atteste l’article girouette du Trésor de la Langue française (1972-94). "Au figuré, personne versatile, qui change fréquemment d’opinion" : la définition est à peu près neutre, mais les girouettes sont jugées avec férocité. "Il est de plus en plus aigu dans ses changements de jugement : c’est une girouette qui n’est pas graissée" (Goncourt, 1863) ; "l’évêque est une girouette, qui tourne dès que le Faujas ou le Fenil souffle sur lui ; aujourd’hui l’un, demain l’autre" (Zola, 1874) ; "les théoriciens sont comme les météorologistes : ils disent, en termes scientifiques, le temps non pas qu’il fera, mais qu’il fait. Ils sont la girouette, qui marque d’où souffle le vent" (Rolland, 1911).

Le comble est atteint dans le Dictionnaire des Girouettes, publié au XIXe siècle et dans lequel sont recensées les personnalités connues pour leurs revirements. "Le moulinet tourne comme Monsieur Talleyrand. On pourrait mettre ce moulinet-là dans le Dictionnaire des girouettes" (Hugo, 1866). Le mépris pour les girouettes est si fort qu’il a donné naissance au verbe girouetter (exemple : "a-t-il ou n’a-t-il point changé d’avis? Moi, je ne peux pourtant pas attendre qu’il décède ou qu’il girouette, par un jour de bon vent, du côté où je suis", Huysmans, 1879) et au nom girouettisme ("avant et pendant l’émeute, il soutenait la dynastie de Juillet ; mais, dès que le procès politique arrivait, il tournait aux accusés. Ce girouettisme assez innocent se retrouvait dans ses opinions politiques", Balzac, 1850).

A force d’être utilisée, la métaphore lexicalisée perd de sa force, s’use et disparaît peu à peu de la langue actuelle. Il est vrai que l’objet est en voie de lente disparition aussi. Les architectes ne placent plus de girouettes sur le toit des immeubles qu’ils construisent ou des maisons de lotissements périurbains. La métaphore est remplacée par de nouvelles métaphores, vives elles, méprisantes, éloquentes et qui parlent au peuple, comme retourner sa veste ou aller à la soupe.

 

 

Commentaires

j'entendis , ces jours-ci , pour mr
SARKOUCHNER ,quelqu'un

-parler de " décision FROMAGERE "

( hors l 'appât de l 'orgueil et du pouvoir )
( et malgré ses multiples retraites d'Etat déjà perçues , à 67 ans , pour ce " JEUNE PREMIER " )

Écrit par : le comte vert | 01 juin 2007

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