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02 juin 2007

Paume

 

Paume, jeu de la paume, longue paume, courte paume, jouer à la paume

 

 

 

C’est au milieu du XIVe siècle que le vieux mot paume attesté au XIe siècle et signifiant "creux de la main" ("le dedans de la main entre le poignet et les doigts", Dictionnaire de l’Académie française, 1694) a désigné, par métonymie, le jeu de la paume (1373, jouer à la paume). Quant à jeu de paume, au sens de "lieu où l’on joue à la paume", il est attesté au XVIe siècle. L’écrivain et historien de la seconde moitié du XIVe siècle, Jean Froissart, évoque ce jeu : "je vous chargeai que vous apportassiez des pelotes (id est des balles ou éteufs) de Paris pour nous ébattre moi et vous à la paume". Henri Estienne, ce philologue du XVIe siècle, tient le jeu de la paume pour une des passions françaises : "je donnerai le premier lieu au jeu de la paume, auquel on peut aussi dire la nation française être plus adonnée qu’aucune autre : témoin le grand nombre de tripots (id est de jeux ou de terrains) qui sont en cette ville de Paris".

La partie de l’article paume du Dictionnaire de l’Académie française (1694) qui traite du "creux de la main" est courte ; en revanche, celle qui traite du jeu de la paume est longue, précise, détaillée. Elle renferme un doux parfum de vieille France amuïe. Arouet le Jeune ne résiste pas au plaisir de la citer : "le jeu de la paume : sorte de jeu de deux ou de plusieurs personnes, qui poussent et se renvoient une balle avec une raquette ou avec un battoir. Originairement on ne se servait pour cela que de la paume de la main, et on y joue encore de la sorte en quelques endroits. Quand on dit simplement la paume, on entend la courte paume. Le jeu de paume est le lieu où l’on joue à la paume". Les exemples sont : "jeu de longue paume, jouer à la paume, c’est un grand joueur de paume, j’ay vu jouer de belles parties à la paume". Les Académiciens précisent que "paume se met quelquefois absolument pour le jeu de paume". Exemples : "la paume est un exercice trop violent pour un vieillard, il aime la paume". Ainsi, on apprend qu’un paumier est un "maître du jeu de paume", que le verbe empaumer a pour sens "recevoir un éteuf (nom de la balle au jeu de la paume) à plein dans le milieu de la paume de la main ou du battoir et le pousser fortement" et que, entendu dans un sens figuré, ce verbe signifie "se rendre maître de l’esprit d’une personne pour lui faire faire tout ce qu’on veut". Exemples : "c’est un homme dangereux, s’il empaume une fois ce jeune homme, il le ruinera", "ils l’ont empaumé, ils lui font croire tout ce qu’ils veulent", "il s’est laissé empaumer comme un sot". En français moderne, on dit paumé. Même Madame de Sévigné semble avoir joué à la paume : "je revenais le soir à Auray après une légère promenade, comme si je fusse revenue de jouer une partie de longue paume".

Dans la quatrième édition (1762), la différence entre les deux jeux (ou terrains) de longue paume et de courte paume est clairement expliquée : "on appelle jeu de longue paume un long espace de terrain ouvert de tous côtés et accommodé exprès pour y jouer à la longue paume" et "on appelle jeu de courte paume un carré long enfermé de murailles, ordinairement peintes en noir et pavé de pierre". Les exemples sont nombreux : "jeu de paume couvert, jeu de paume découvert, jeu de paume carré ou simplement un carré, jeu de paume à dedans ou, simplement, un dedans". Nos ancêtres nommaient jeu à la fois le jeu et ce que nous nommons terrain ou court ou trinquet : d’où la distinction entre le jeu de la paume (le jeu) et le jeu de paume (le terrain où se joue la paume). Selon Voltaire, Corneille, faute de théâtre, faisait représenter ses pièces dans "nos jeux de paume étroits".

 

Dans les éditions anciennes (1694, 1762, 1798, 1832-35) du Dictionnaire de l’Académie française, l’article consacré au jeu de la paume est détaillé, précis, long, illustré. Alors, la paume, jeu aristocratique, attirait de nombreux curieux, dont beaucoup de dames, qui se tenaient dans la galerie et que les joueurs tentaient d’épater par leur façon de jouer ou d’être (d’où épater la galerie). Certains pariaient sur les résultats des parties. Les Révolutionnaires étaient des gens très sérieux pour qui le jeu était un péché mortel, surtout s’il était un sport ou un loisir aristocratique. En coupant en deux les ci-devant, ils ont tué la paume, laquelle a été ressuscitée en partie dans le tennis. Les joueurs de paume suspects, les jeux sont devenus des lieux de réunion. Il en est un qui est célèbre dans l’histoire de France : c’est celui de Versailles, où, explique Littré, "les députés du tiers état firent le serment de ne point se séparer sans avoir donné une constitution à la France. Cette séance s’appelle absolument le Serment du jeu de paume".

Dans le Dictionnaire de la Langue française (Littré, 1863-77), l’article paume est aussi complet que dans le Dictionnaire de l’Académie française. Il est vrai que ce dictionnaire fait un état de la langue française des XVIIe et XVIIIe siècles. La paume est une "sorte de jeu où l’on se renvoie une balle avec une raquette ou un battoir ; longue paume, celle à laquelle on joue dans un terrain qui n’est pas fermé de murailles et qui est disposé exprès ; courte paume, celle à laquelle on joue dans un carré long enfermé de murailles ordinairement peintes en noir, et pavé de dalles de pierre ; absolument, la paume, le jeu de la paume (exemple : j’ai perdu de l’argent à la paume) ; jeu de longue paume, le terrain où l’on joue à la longue paume ; jeu de paume, le lieu où l’on joue à la courte paume ; jeu de paume carré ; jeu de paume à dedans, jeu de paume qui a, à l’un des deux bouts, une petite galerie ouverte ; demi paume, raquette légère".

 

Dans la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française, l’article paume est plus court que dans les éditions précédentes. Il est vrai que les Académiciens ont conscience que ce jeu ne se pratique quasiment plus : "la paume était un jeu très en usage dans l’ancienne France", celle d’avant la Révolution. Dans le Trésor de la Langue française (1972-1994), la définition de la paume est expédiée en quelques lignes : "jeu, sport qui consistait à se renvoyer une balle avec une batte ou une raquette de part et d'autre d'un filet et suivant des règles précises dans un lieu aménagé à cet effet ; longue paume (en plein air), courte paume (en lieu clos)". Les verbes des dictionnaires sont généralement au présent. Dans ce cas précis, les auteurs du Trésor de la Langue française emploient l’imparfait : ce jeu "consistait" à se renvoyer une balle… Le passé vaut avis nécrologique. Le jeu de la paume, longue ou courte, est quasiment mort. Qui le ressuscitera ?

 

Ce jeu a laissé dans la langue des vestiges, que personne ne sait interpréter. "Qui va à la chasse perd sa place" : la chasse est, au jeu de la paume, la zone du sol où l’éteuf a rebondi une deuxième fois, avant que le joueur ait pu la frapper de sa raquette. Le joueur fautif se tient à cet endroit (la chasse) et il perd sa place (son service). "Enfants de la balle" : les gens du cirque ont été nommés enfants de la balle, parce que, au XIXe siècle, le jeu de la paume étant tombé en désuétude, les cirques se sont installés dans les jeux de paume désertés par les joueurs. "Epater la galerie" : la galerie, dans le jeu de courte paume (le jeu est clos de murs), est le passage couvert, le long d’un des côtés du jeu, où se tenaient les curieux, dont les jeunes femmes, que les joueurs tentaient d’épater. "Rester sur le carreau" : c’est tomber à terre après avoir été frappé par l'éteuf (les balles étaient lourdes). "Paumé" ou empaumé (cf. ci-dessus).

 

 

 

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